Je vous regrette, Mon Général !
par admin, 4 September 2006
(article publié par Bernard Langlois, le 4 septembre 2006 pour LMC)
J’ai presque regretté d’avoir, la semaine dernière, qualifié de « barnum » l’université d’été du PS … C’est vrai, quoi ! Quand on compare à ce que l’UMP est capable de faire, dans le genre, on voit bien qu’il n’y a pas photo. Un modèle de sobriété et de bon goût, nos hiérarques socialistes. Du spectacle, oui, et pas du meilleur. Tout de même pas cette attraction foraine à deux balles dont nous ont gratifiés les héritiers du Général, qu’on a pu voir lécher … ce que vous voulez — les bottes tiens ! — des pires raclures du show-bizz.
Je pense à vous, mon Général. À votre grandeur hautaine dans l’art politique, où l’on ne vous a jamais pris en défaut. Je pense à cette « certaine idée » que vous vous faisiez de la France, et qui fait qu’on pouvait certes vous combattre, sans jamais cesser de vous respecter.
Comment peut-on respecter Sarkozy, et ce clan d’arrivistes qui l’entoure ? Tout, chez et autour de lui, suinte le mépris. Son discours est celui du bonimenteur : l’apparence de la franchise et la main sur le cœur pour vous fourguer ses rossignols. Le type qui vous la joue sympa, franc du collier, avec un talent indéniable propre à rallier les gogos ; mais qui ne peut faire illusion pour tout citoyen attentif un tantinet vacciné contre la pire des démagogies (je vais vous dire : je trouve Le Pen, dans sa brutalité et ses provocations nauséabondes, moins pernicieux que ce roublard-là) : celle qui prétend exprimer les valeurs de la république quand elle ne défend qu’un appétit de pouvoir sans limites, une vanité de condottiere, un ego boursouflé de canaille sans foi ni loi.
Qu’on puisse seulement envisager que Sarkozy devienne le président de ce pays m’effare. Sommes-nous tombés si bas ?
« Hélas, hélas, hélas ! » (J’ai plaisir à vous parodier, mon Général, vous qui gouverniez par le verbe, dont les envolées ont bercé ma jeunesse) « Mon cher et vieux pays … »
Oh ! je sais bien que du gaullisme, il ne restait déjà plus grand-chose, après qu’il s’était déjà oublié sous Pompidou, vautré sous Chirac. Au fond, Mitterrand, votre vieil adversaire, fut aussi votre seul vrai héritier, rigueur morale en moins. Mais quand on voit ces nains qui osent encore s’inscrire dans votre lignée — eux pour qui n’a jamais compté que le beurre et l’argent du beurre, et les deux mains au cul de la crémière (tiens, on me rapporte une anecdote : Sarko, dans une de ces réunions d’économistes de cour qu’il se plait à convoquer régulièrement, aurait déclaré ne pas envisager de faire plus d’un mandat « pour pouvoir ensuite passer à autre chose, faire des affaires, bâtir une fortune » ; je n’en crois rien, bien sûr : quand il aura goûté au pouvoir et ses pompes, il ne pourra plus s’en passer. Ce qui ne l’empêchera pas d’amasser pour ses vieux jours, bien au contraire), la jouissance des prébendes qu’on s’octroie et qu’on dispense, l’aphrodisiaque emprise qu’on exerce sur les êtres, toutes ces délices qu’on se promet —, quand je les contemple ces abusifs héritiers, dans le complaisant miroir que leur tendent les médias à leur dévotion, ma foi, je vous regrette, mon Général. Non que votre magistère fut toujours exempt d’erreurs, d’injustices, de zones d’ombre. D’affaires « banales et subalternes », certes non !
Au moins aviez-vous de la gueule.
B.L. (Extrait du Bloc-Notes à paraître dans Politis, jeudi 7 septembre 2006)
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