SarkoShow : Les deux articles que je n’ai pas écrit
par lmc, 4 September 2006
C’est comme ça, cela va vite, il faut capter les images, les bonnes, toutes, accumuler du rush, voir, entendre, comprendre, photographier, retranscrire. Cela va vite, oui. Très vite. On écrit 10% de ce que l’on a pensé et en général avant de le saisir véritablement. Vite. Trop vite parfois.
Il y a deux billets que j’aurais aimé écrire ce week-end.
Le premier, un rouquin que j’aime beaucoup l’a écrit à ma place. Il s’appelle Cyrille (deuxelleheu) mais à force de l’avoir appelé Vinvin il en a fait son pseudo, sa signature. Vinvin a écrit ça :
‘(…) Ce n’est pas un cirque. C’est là que tout se joue. Je sens flotter un air de pouvoir, indéfinissable et dangereusement séduisant. Je me retrouve au carrefour de mes limites, plongé dans de subtiles contradictions. Vais-je les laisser longtemps exploiter ma bonne humeur pour accompagner le petit Nicolas vers les sommets ? Au contraire, vais-je, à ma façon, sortir par la grande porte en assassinant mes hôtes, dans une ultime preuve de ma liberté de blogueur indiscipliné ? Arrgghhhh… Détends-toi mon ami, tu te prends le nombril dans des fils invisibles. Le blogueur, à la différence du journaliste, vit l’événement par rapport à ses états d’âme. Je ne cherche pas l’information, je me cherche moi dans l’information. Je ne cherche pas la France d’après, je cherche la note de dans une heure. C’est ça la limite. Ne t’inquiètes pas ami journaliste, fais ton job tranquillement, plongé dans ton micro et tes papiers. Pendant ce temps-là je fume ma clope en me demandant ce que je fous là… Je n’assassinerai pas mes hôtes car ils sont sympathiques, engagés, courtois. Ils bossent pour mon avenir et croient à leur mission. Bien que tout cela ressemble à une version démocratique du Parrain, il y a des gens ici pour qui ce n’est pas une grande farce. Je respecte ça, moi qui ne suis engagé dans rien d’autre que ma petite cellule familiale et mes rêves. Il serait facile de tirer sur cette frénésie sous prétexte qu’elle est grossière. Cette frénésie est pourtant vivifiante pour le cynique, et je me sens léger, tout à coup, à prendre les choses graves avec sérieux. La grande comédie est en place et chaque pion est à sa place. Ils m’ont eu, je me mets à réfléchir, à me demander si, quotidiennement, je ne devrais pas m’engager davantage, pour eux ou pour d’autres (ce n’est pas encore la question) un peu comme lorsqu’on rencontre quelqu’un qui s’occupe des pauvres ou des lépreux… Et puis non, réveil, je sais que demain tout ne sera plus qu’un lointain souvenir et que je retournerai à ma vie tendre et douce, me laissant diriger, comme un mouton, par l’une ou l’autre.
Je suis donc un peu perplexe, à la fois l’outil d’une magnifique organisation, et en même temps l’acteur, ou pas, de mon propre destin. Ce week-end n’aura donc pas été inutile.
Je vous laisse, je voudrais dire à Roseline Bachelot que je la trouve sexy.’
Puis il y a un autre billet que je n’ai pas écrit. Pas eu le temps. J’y reviens donc.

Hier un Homme de petite taille au nom exotique et au regard guerrier, un Alain Deloin, JFK dans les formes, 007 dans la trame, chemise blanche ouverte puis en costume sombre, a déroulé un discours tout sauf anodin. Cet homme sera peut-être amené à gouverner notre pays. Je vous parle sérieusement. Il a beaucoup de talent. Il ne me rassure en rien. Plutôt il m’effraie. Son seul idéal est sa réussite, il n’a de respect que pour les gagnants mais ce qu’il a dit hier, je souhaiterais vraiment que vous l’ayez lu. Attentivement.
Pas pour signifier l’importance de ce discours (quoi que). Non. Pour que vous vous en souveniez. Demain cet homme présentera son livre-programme. Après-demain il se présentera vraisemblablement au suffrage universel. Si vous en faites le futur Président de tous les français - c’est de votre/notre responsabilité - alors j’aimerais que ceux qui avaient 5 minutes à passer ici ce jour jettent un oeil et quelques neuronnes attentifs à ce qui suit.
Il faudra un jour demander des comptes à ceux qui promettent. J’ai entendu hier (certains éléments de) ce que je souhaitais entendre d’un aspirant Président.
Pourquoi est-ce que je ne crois absolument pas à la sincérité de celui-ci ?
‘Seul le prononcé fait foi’. Il l’a dit :
‘(…) Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c’est le droit à la création.
Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner les moyens de réaliser vos projets parce qu’ils portent en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société de créateurs et d’entrepreneurs.
Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise.
Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs.
Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions.
Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets.
Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir.
Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun.
Dans notre époque où c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir, où c’est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir.
Vous voulez être citoyens du monde.
Vous le serez par votre engagement dans le combat contre la dégradation de la planète.
Il faut sauver la planète des conséquences d’une suractivité humaine.
Chaque être raisonnable et responsable peut et doit partager ce constat. Car la Terre est menacée de mort lente par asphyxie, par épuisement des ressources, par disparition des espèces. Quand la moitié des forêts primitives ont déjà disparu de la surface du globe, quand les glaces du Groenland fondent, quand on prévoit que les
émissions mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins 75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà critique, vous sentez bien qu’on ne peut plus attendre. L’effet de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources naturelles n’auront pas pour effets que le changement climatique, la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la santé ou la mise en péril de la vie des plus fragiles comme ce fut le cas lors de la canicule il y a 3 ans.
Les guerres de la faim et les guerres de l’eau qui menacent le monde à venir pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront des guerres désespérées.
Pour éviter demain une société de privation, il nous faut organiser aujourd’hui une société de modération.
Vous sentez bien que le problème de l’environnement n’est plus seulement désormais le problème de la qualité de la vie mais le problème de la vie tout court. Votre génération ne doit pas refaire les erreurs que nous avons faites. C’est à vous qu’il appartient en priorité de sauver l’avenir. C’est à vous qu’il appartient de faire la leçon aux générations précédentes et de faire triompher le point de vue de la vie.
En matière d’environnement, ce sont les jeunes qui font l’éducation de leurs parents. Quand le tri sélectif réussit à s’imposer, c’est grâce aux enfants. Quand il s’agit de sauver des espèces animales menacées de disparition ce sont les enfants qui poussent leurs parents à s’engager. Vous héritez d’un monde au bord de la catastrophe. Ce monde vous voulez le sauver parce qu’il est
déjà le vôtre et parce qu’il sera celui de vos enfants et de vos petits-enfants. Mais personne ne sauvera la planète sans l’effort de chacun.
Pour préserver l’avenir il faut cesser de préempter toutes les ressources des générations futures au profit des générations présentes. Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir.
Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas.
L’équité entre les générations est une nécessité vitale et morale. Elle exige que chacun paye ce qu’il consomme. Elle exige que chaque génération supporte entièrement le coût des décisions qu’elle prend.
Vous voulez sauver la planète et vous avez raison ! Vous ne la sauverez pas avec les idéologues du retour à la nature.
Vous ne la sauverez pas en reniant l’économie, la science et le progrès mais en les mettant au service d’un développement durable. Le développement durable ce n’est pas la fin du travail, c’est l’emploi durable. Ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance durable.
Ce n’est pas le rejet de la technique, c’est la technologie propre.
Ce n’est pas l’abolition du marché, c’est le principe pollueur-payeur.
Ce n’est pas la frilosité, c’est la responsabilité.
Tous les partis ont failli. Nous avons tous failli. Il est temps de réagir. Je vous propose d’accomplir ensemble quatre révolutions.
La première, c’est que le libre-échange ne puisse pas s’affranchir de la responsabilité écologique.
Je propose que la France défende l’idée qu’à côté du droit international du commerce qui veille au respect du libre échange il doit exister avec la même force juridique un droit international de l’environnement, un droit international du travail, un droit international de la culture et de l’éducation ou encore de la santé, de sorte que la logique marchande ne soit pas la seule à prévaloir et que la loi de la concurrence et du profit ne soit pas la seule loi du monde.
Chacun de ces droits doit avoir sa juridiction, et chacune doit avoir l’obligation de soumettre aux autres sous forme de question préjudicielle les questions qui ne relèvent pas de sa compétence. En attendant, la France, pour elle-même, doit donner l’exemple au monde.
La deuxième révolution que je vous propose, c’est de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques.
En changeant nos modes de décision, de production, de transport. En mettant des objectifs environnementaux dans la politique de la commande publique.
En consacrant deux jours du service civique obligatoire à expliquer le développement durable à tous les jeunes.
En investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables en des
énergies nouvelles.
En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre.
La troisième révolution que je vous propose, c’est de réformer en profondeur notre fiscalité.
Puisque la délocalisation de l’emploi oblige à chercher des alternatives à la taxation du travail, je propose que l’on se décide enfin à substituer en partie la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie à effet de serre, à la taxation du travail.
Je vous propose enfin, et c’est la quatrième révolution, qu’en matière d’environnement la responsabilité des personnes morales ne soit plus limitée mais illimitée de sorte que chaque maisonmère soit pleinement engagée par le comportement écologique de ses filiales.
Il faudra aussi que la démocratie progresse. Ce sont les régimes les plus antidémocratiques qui ont été responsables de la plupart des grandes catastrophes écologiques du siècle dernier.
Il n’y a pas de place pour le débat sur l’environnement dans les dictatures.
Il faudra surtout que le problème du sous-développement soit résolu. Il est bien difficile de se projeter dans le futur quand on meurt de faim.
Mais on ne résoudra pas le problème du sous-développement seulement par la compassion et la charité. On ne le résoudra pas non plus en développant les uns au détriment des autres. On ne nourrira pas le Tiers Monde en détruisant l’agriculture européenne mais en assurant l’autosuffisance alimentaire de chaque région du monde. On ne sauvera pas la planète en faisant du Tiers Monde la poubelle industrielle de l’Occident.
Le vrai défi c’est celui du co-développement.
Je vous propose que le service civique offre la possibilité à toute la jeunesse qui le souhaite de s’engager dans les grandes causes humanitaires du monde et dans le co-développement.
Ce qui est sûr c’est que ce monde qui change a besoin d’un nouvel humanisme.
Ce nouvel humanisme nous allons contribuer à le construire ensemble (…)’
Dixit.
>Le texte intégral de son discours de Marseille (PDF) / Pour mémoire le discours de Ségolène Royal il y a 15 jours à Frangy est disponible ici.
>voir l’excellent travail de Thomas Clément sur l’UE de l’UMP
>La liste des articles publiés par les blogueurs invités
(image : photoshop Nues sur photo Thaïs pour le PoliTIC’Show)
(Via Nues Blog - Actu, Société, Politique et ronds dans l’eau,
SarkoShow : Les deux articles que je n’ai pas écrit)
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