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American parano

par Bernard Langlois, 7 September 2006

Ceux qui me reprochent mon anti-américanisme (« primaire », forcément « primaire » !) usent souvent d’un argument : « contentez-vous de critiquer George W. Bush, comme nous le faisons nous-même ! » (d’ailleurs, même chose pour Israël : l’antisionisme, c’est très vilain ; mais il est autorisé de dire du mal de Sharon, hier, d’Olmert aujourd’hui).
Sauf que, George Dubbleyou ou pas, la politique impérialiste américaine est toujours la même, grosso merdo, depuis toujours (et tout pareil en Israël, où l’on navigue de Charybde en Scylla).
Un tout récent essai, écrit sans hargne, dans un style très maîtrisé, explique très bien ça (1). Son auteur, un avocat formé aux Etats-Unis, dynamite cette idée toute faite que le « Nouveau monde » serait en avance sur l’ancien, la « vieille Europe ». C’est exactement le contraire : il est l’Europe, non pas même d’hier (nationaliste et impérialiste du XIX è) mais d’avant-hier, du Moyen-âge féodal. Et qu’il maîtrise les outils techniques de la modernité ne change rien à ses structures mentales profondes, héritées du puritanisme originel des Pilgrim’s fathers, ces pères fondateurs qui fuyaient, justement, une Europe en pleine transformation (les Lumières) où ils ne retrouvaient plus leurs valeurs, dans « cette arche de Noé du Mayflower où l’homme féodal se réfugia en attendant la fin du déluge européen de la libre-pensée. » Cette American parano se traduit, chez les Américains, par une négation du monde extérieur (il y a les Etats-Unis d’Amérique et rien) qui les destinent à la fois au despotisme (comme l’avait pressenti Tocqueville hier), et à un inéluctable déclin (comme le leur prédit Todd aujourd’hui), dont témoigne déjà l’effarante médiocrité de leur système éducatif (« Il ne sort de l’université américaine que des enfants qui ne grandiront jamais. ») Ce déclin, somme toute normal — aucun empire n’est éternel —, nous le vivrons dans la douleur, car « rien n’est plus dangereux qu’un empire qui s’effondre, si ce n’est un empire qui refuse de s’effondrer. » Si vous voulez savoir pourquoi vous avez raison de détester l’Amérique, lisez d’urgence American parano.

Et ça vous donnera aussi une raison supplémentaire de tout faire pour barrer la route à Sarko l’Américain !
B.L.

(1) Jean-Philippe Immarigeon, American parano, Bourin Editeur, 247 p., 20 euros.

(Extrait du Bloc-Notes de Politis du jeudi 7 septembre.)

6 Comments

  1. Comment by Sébastien Fontenelle on 7 September 2006 8:15

    Bernard, ce que tu fais n’est pas bien.
    Tu crois pouvoir écrire de vilaines choses, parce que Jean-François Revel n’est plus là pour stigmatiser avec ses mots à lui (”bâtards de rouges”, “enculés de bolcheviks”) notre obsession antiaméricaine.

    Mais tu vas pas t’en sortir comme ça.

    Je te rappelle que plusieurs Penseurs (noter la majuscule) continuent le combat (de Revel) contre le péril communiste.

    Parmi eux, Pascal Bruckner, qui a récemment démontré que l’antiaméricanisme est un nazisme.
    (Je l’aurais parié, mais ça va mieux en le lisant.)

    Dès le 4 février 2003, Pascal Bruckner produisait en effet, dans “Le Figaro”, cette implacable démonstration:
    “Si le débarquement de juin 1944 avait lieu de nos jours, gageons que l’oncle Adolf jouirait de la sympathie d’innombrables humanistes et radicaux de la gauche extrême, au motif que l’Oncle Sam tenterait de l’écraser”.

    Au printemps dernier, le même Pascal Bruckner écrivait, dans l’ahurissante revue “Le Meilleur Des Mondes”:
    “N’en doutons pas un instant: si le débarquement de juin 1944 avait lieu aujourd’hui, l’oncle Adolf jouirait de la sympathie d’innombrables patriotes et radicaux de la gauche extrême au motif que l’oncle Sam tenterait de l’écraser”.

    Alors bien sûr tu peux le prendre à la rigolade, genre, AH BEN IL SE FOULE PAS BRUCKNER QUAND IL ECRIT UN PAPIER DANS UNE REVUE IL RECOPIE LES CONNERIES HALLUCINANTES QU’IL A DEJA FOURGUEES TROIS ANS AVANT.

    Mais ça serait mesquin.

  2. Comment by céleste on 7 September 2006 8:52

    leur système scolaire est déficient et ils sont sousinformés. Beaucoup d’américains croient réellement et sincèrement être destinés à sauver le monde de ses turpitudes. leur cinéma en est le reflet.

  3. Comment by Yuca de Taillefer on 7 September 2006 10:30

    Si le livre peut être intéressant, je n’en partage pas les thèses, ni celles de votre antiaméricanisme, même si bien sûr la politique de la première puissance du monde fait débat partout dans le monde et donc en France.

    Les USA sont premières puissance mondiale et impose ses choix au Monde.. et alors qu’attendons-nous pour réaliser l’Europe, pour faire contrepoids.. Or le monde politique et journalistique et même le Monde n’incite pas vraiment à une relance de cette Union pourtant si nécessaire…
    Il me semble même que les Américains sont moins parano que les Français, surtout les intellectuels et journalistes de bulle…

    L’accusation contre les USA est facile n’empêche : c’est aux USA et en Europe que les démocraties sont les plus avancées et là où il y a le plus de débats : on peut ne pas apprécier la démocratie, détester la politique de Bush ou rester dans sa bulle hautaine, mais indiscutablement les faits ne peuvent être niés.

    J’ai remarqué aux USA beaucoup de gens très ouverts : le procès d’intention “chez les Américains, par une négation du monde extérieur” est certes répandu mais pas plus qu’en France : réveillez-vous et équilibrer votre propos sinon il n’a aucun sens et induit en erreur les lecteurs s’ils restent naïfs.

    Le penseur de la démocratie qu’est Tocqueville n’a pas mis le doigt sur les dérives aux USA, mais sur les possibilités de dérives dans toutes les démocraties : Tocqueville n’était pas anti-américain, son propos étant justement de mettre en garde les politiques et démocrates des dangers de dérives : d’ailleurs c’est un fait historique que cette dérive n’a pas touché les USA (où il y a de vrais contre-pouvoir comme le Congrès), mais L’Europe (Allemagne nazie, régime “démocratiquement” arrivé au pouvoir), Italie de Mussolini.. pendant ce temps les démocraties éclairées d’Europe dormaient et ne voyait pas le mal arrivé.

    Quand à Sarko “l’américain”, cela revient-il à dire Ségo, la “bolchévique” : cela me paraît du raccourci pour le moins primaire du coup!

    Le livre révèle certes des choses, mais les lecteurs et les Français auraient bien tort de détester l’Amérique : les paysages, les villes et ses Etats sont divers variés grandioses… C’est un peu comme si vous disiez “Je déteste Chirac” ou “Je déteste Arlette” et que par conséquence “Je déteste la France”… attention au mélange des genres, car un pays et la politique menée n’ont rien à voir!

    Il faut vraiment que nous Français et Européen, nous faisions un effort de réflexion, sinon on risque bien à chaque fois de faire montre de rancoeur et de s’enfermer dans une bulle, sans aucune réflexion ou prospective vers l’avant.. mais sans doute dans les “bulles d’intelligence française” on préfère dire et écrire n’importe quoi, sans aucune responsabilité quant aux conséquences de ses actes.

    Mon propos n’ai pas de défendre forcément plus la France ou les USA (je ne suis point avocat), mais de nuancer les charges faciles et contre-vérités annoncées.

    Salutations.

  4. Comment by Frédéric Supiot on 7 September 2006 22:04

    Je ne suis pas américanophobe parce qu’il y a Noam Chomsky, Philip Roth (”Le complot contre l’Amérique”, grandiose), Moby, Little Italy, Apollo 11, Hal Hartley (d’où Adrienne Shelley), une de mes patientes névralgique du trijumeau, mon neveu qui vend du vin dans l’état de New-York, Theodore Roszak (encore merci Bernard) et ma femme qui regarde Desperate Housewives. Pardon à tous ceux que j’oublie.
    Bon, c’est vrai qu’ils auraient pu choisir un autre idiome que l’anglais pour communiquer (le hongrois ou le basque, ce serait quand même plus sexy).
    @ m’sieu Fontenelle
    “Le nouveau désordre amoureux”, c’était quand même quelque chose.
    Non, j’déconne.

  5. Comment by brigetoun on 9 September 2006 19:00

    j’aime bien ceux qui disent qu’attendons nous pour en faire autant ?
    d’ébord question de taillle, de richesse, de polution de l’esprit d’une partie de nos “décideurs” qui trouvent ridicule même de vouloir parler français, alors penser.. et puis si justement nous ne voulions pas faire comme eux ?

  6. Comment by cimballi on 26 January 2007 12:56

    Le livre d’Immarigeon est un livre bien écrit sur la forme quand au fond … juste on reste au fond!! c’est même une pensée qui arrive mal à décoller des profondeurs du néant intellectuel. Vraiment dommage cher Bernard que le club des américanophobes se satisfasse du moindre propos anti Bush . A la lecture du livre on ressent derrière chaque ligne , l’amoureux du rêve américain qui vexé d’avoir été éconduit se venge et cherche à tout détruire

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