Verts de rage
par Nicolas Voisin, 8 September 2006
Ils ont décidé que le laxisme et l’inconscience n’étaient plus de mise. Ils ont décidé de se faire les hérauts de cause plus grandes qu’eux. De mettre les pieds dans le plat politique, de bousculer nos modèles. Ils ?
Arrêtons-nous un instant sur deux pourfendeurs de l’écologie volontariste et pragmatique, deux hommes qui depuis des années ont fait de ce combat un leitmotiv, deux “géants” que j’aurais l’honneur de rencontrer. L’un demain (voir le blog-note de campagne parisien dimanche sur Nuesblog), l’autre le mois prochain.
Le premier de ces “géants” l’est dans le regard du gamin que j’étais. Petit, je dévorais “j’ai du ciel bleu dans mon passeport et rêvais devant Ushuaïa alors appelé “le magazine de l’extrême”, depuis rebaptisé “Ushuaïa Nature”. Si Dieuleveut n’est plus, Nicolas Hulot, lui, est parmi-nous. Et le fait savoir. Jugé “sympathique” par 88% des français, “courageux” pour 86%, il est considéré comme “compétent” et “proche des gens” pour 76 et 73% de la population interrogée. 66% Pensent même qu’il serait un bon candidat. Autant concèdent qu’il ne fait rien pour autant afin de se mettre en valeur (sondage CSA/ Le Nouvel Obs’ réalisé le 29 et 30 août dernier, paru dans le Nouvel Observateur N° 2183, sorti hier). En quelques années cet animateur télé baroudeur quasi mystique dans son rapport à la biosphère est devenu l’un des plus efficace porte-parole de l’écologie politique ; écologie politique pourtant raillée par tant d’autres qualifiant les partis écolos de “sectarisme”, de “fondamentalisme”, “d’anxiolytisme régressiste”, tout englués qu’ils sont dans des querelles de clochers et des impasses de chapelles.
Hulot candidat ? Depuis qu’il a déclaré cet été au JDD qu’il “irait si la situation l’exigeait”, Nicolas n’a plus un instant à lui. Demain, nous l’interviewerons et débattrons avec lui à l’occasion de la réunion programmée par Corinne Lepage (avec Dominique Voynet, Alain Bougrain-Dubourg, etc) dans la lignée du précédant rendez-vous réalisé à Coutances il y a 15 jours lors de l’Université d’Été des verts. Candidature factice ? Chantage électorale ? Ultime recourt médiatique ? 7% des français disent aujourd’hui qu’ils voteraient pour lui s’il était candidat. 7% ce n’est pas grand chose. 7% c’est à peine moins que le score accordé par les sondeurs à François Bayrou (8 points), mais c’est surtout plus que celui concédé aux verts, ou à toutes les autres forces politiques “écolos”.
Nicolas a-t-il un programme ? Oui ! Celui-ci est en rédaction. C’est le fruit du travail de son comité de veille écologique (où s’activent notamment Jean-Marc Jancovici, expert du réchauffement climatique, Dominique Bourg, le philosophe et ami de toujours, Pascal Picq, Dominique Belpomme, Marc Dufumier, Robert Barbault, etc), think-tank composé de sommités en leur domaine. Celui qui réunis 7 millions de téléspectateurs à chaque émission sort en novembre son “pacte écologique” (chez Calmann Levy) qu’il soumettra (imposera ?) aux candidats à la présidentielle. Déçu par son ami Chirac (qui lui avait promis en 2002 un “super ministère du développement durable” qui ne verra jamais le jour) dont il inspira le célèbre discours de Johannesburg (”la maison brûle et nous regardons ailleurs”) ou la “chartre de l’environnement”, Nicolas compte bien peser. Quitte à gêner. “Il faut redéfinir le contenu de la croissance” proclame Hubert Védrine, proche de l’homme qui parlait avec un détendeur dans la bouche. Ce n’est pas ceux des élus en place depuis 20 ans qui ont “sanctuarisé des politiques, de fait, rendant impossible toute fiscalité environnementale” qui nous y mèneront…
Le deuxième de ces géants sur lesquels je passerai rapidement aujourd’hui c’est celui qui fut longtemps et comme il aime à le répéter “le futur président des États-Unis”. Dans quelques semaines sort (enfin) en France son film (”An inconvenient truth” / “Une vérité qui dérange”, voir ici) un “slide-show” propagandiste afin d’alerter sur les conséquences dramatiques du réchauffement climatique, accéléré par l’impact de l’homme, qui lui vaut de se faire taxer de “prophète de l’apocalypse”. Al Gore sera le 11 octobre prochain au Sénat et nous aussi, à l’invitation de Yan-Arthus Bertrand, afin de soumettre à nos sénateurs le visionnage de son film. Nous y recueillerons leurs réactions. Question de génération, il n’est pas gagné que ceux-ci mesurent l’importance considérable de cet enjeu. Nous interrogerons “Ozone Man”, comme le nomme les républicains non sans ironie, sur ses projets personnels mais aussi sur les répercussions de son message. Entre autres…
Alors, me direz-vous, ces géants-là ont des pieds d’argile, ou n’en sont qu’à mes yeux ? Peu importe, l’on est jamais grand, beau ou admirable que dans l’œil de l’autre. Et ces “Verts de rage” ont toute mon admiration.
7 Comments
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Moi aussi je suis vet de rage!
J’en ai plus qu’assez de cette pensée politique court-termiste et populiste qui empêche donc de s’occuper CORRECTEMENT de l’environnement.
Même si je suis plus extrémiste dans mes positionnements environnementaux que Nicolas et Al - je ne veux aucune concession sur le seul domaine qui, s’il est mal ou pas traité, verra la disparition de l’humanité… sans doute ne suis-je pas aussi pessimiste qu’Yves Paccalet que j’adore.
Et quand je vois que l’environnement prend 3 lignes dans le programme du PS…
Marre de la droite qui met l’économie avant le social… et l’environnement bien plus loin
Marre de la gauche qui met le social avant l’économie… et l’environnement bien plus loin
C’est pourtant simple comme raisonnement: SANS ENVIRONNEMENT il n’y a ni problème social ni économique
Alors la priorité est évidente!
Dans mon extrémisme (en réaction au traitement zéro des sujets environnementaux) je voterai sans doute Vert, mais il se pourrait que je fasse une énorme concession en votant Nicolas s’il se présente parce que je pense qu’il réaliserait un bon score ce qui ne pourrait être que bénéfique pour l’humanité… mais le mérite-t-elle?
A ce sujet > nous tournons en ce moment à l’UE de cap21. les interventions de Nicolas Hulot donneront lieu à une émission prochainement - et dès lundi à la mise en ligne d’extraits de ces discussions et déclarations.
(blogued from l’Usine, en direct de l’UE
J’ai hate d’être à ce soir… Après le débat chez les Verts, quel sera le débat chez Cap21 ?
Hulot tient un discours de plus en plus fort
(ce n’est pas pour autant que je voterai pour lui, d’ailleurs je ne crois pas beaucoup à 7% pour lui et 2% partagé entre les autres…)
j’attends qu’il se prononce sur le nucléaire : et qu’il ne tourne pas en rond !
en effet il ne faut pas sortir du nucléaire du jour au lendemain
mais les Verts, tout comme sortirdunucléaire, parle de sortie en 30 ans ?
Nicolas Hulot, adhères tu à cette sortie en 30 ans ?
arrete donc de tourner au tour du pot !
personnellement l’idéal, et j’ai confiance en lui, serait qu’il reste à sa place…
qu’il propose son mini programme
puis qu’il dise :
Non je ne me présente pas
Mais je soutiens Lepage et Voynet car toutes les deux sont les seuls à avoir repris (ou avoir déjà) ces points dans leurs programmes…
si Hulot reste à sa place et offre son soutien à de deux candidates, concurrentes mais non ennemies…
j’aurai beaucoup d’adminiration pour lui
si il utilise sa voix médiatique pour forcer le vote écolo… et bien tant mieux !
Mais j’espère que personne ne cèdera à la folie médiatique ou sondagière…
les sondages, les médias, ne font pas tout
et moi je voterai avant tout pour un programme et quelqu’un (certainement les Verts et donc Voynet)
pas parce que un tel à plus de chance que un tel
hulot s’est prononcé sur le nucléaire > sorti en 20-30 ans.
en fin de semaine et compte-tenu de la qualité (historique ?) de ce débat, indépendament de l’emission du politic’date qui y sera consacré, nous alons difuser la totalité des 2 heures de questions-réponses de la soirée.
Bonjour,
félicitations à cet article percutant, bien écrit et qui résume bien en effet, 2 personnages que notre société gagnerait sévèrement à écouter.
Les menaces environnementales ne sont plus l’appanage de quelques Cassandre en mal d’une époque qu’ils n’ont pas connus, mais bien des enjeux réels avalisés par une comité scientifique dans sa globalité. Je pense notamment au dérèglement climatique, à la raréfaction des ressources naturelles, énergies fossiles, eau, matières premières, à la perte de biodiversité, etc.
Le constat est établi, il est grand temps maintenant d’axer nos actions et nos choix politiques dans le digne respect de notre propre nature d’hommes.
Il ne suffit plus de prélever sans compter, il s’agit de s’intégrer à l’environnement et non pus de le dominer sans vision à long terme. Tout droit voit sa contrepartie dans la naissance d’un acte citoyen.
En 2007 cet acte citoyen sera celui de donner à sa voix à celui ou celle qui représentera le mieux nos intérêts à long terme et qui aura le mieux conscience de ces enjeux. Alors Hulot, Lepage, etc à eux de voir et ensuite à nous de choisir.
Le combat de nos espérances continue.
Bravo à cette initiative citoyenne.
Vincent BRYANT
Ingénieur conseil en énergies
[…] Pour faire un lien entre Nicolas et Vinvin j’ai pensé au coming-out de Nicolas titré “Verts de rage“, mais c’était un vendredi :-/ […]
Si seulement, parmi ces verts de rage un seul s’osait à dire
que la guerre tue, détruit, pollue