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Présidentielles 2007: L’Europe, enfin !

par Christophe Nonnenmacher, 12 September 2006

29 mai 2005. Les Français rejettent le projet de traité constitutionnel européen. Panique à bord ! Du côté du « oui », dont les partisans sont « aimablement » appelés les « ouiouistes » en référence à un gentil personnage de la littérature enfantine, c’est la soupe à la grimace. Côté « nonistes », c’est « Champagne ! » aurait chanté Higelin. Une nouvelle Europe, moins libérale, plus sociale verra bientôt le jour, entend t-on. Un parfum de révolution européenne plane sur l’Hexagone. Amis Néerlandais, joignez-vous à nous ! Message entendu, même si les arguments de campagne n’y ont pas été tout à fait les mêmes. Depuis, plus rien, ou si peu. Les « ouiouistes » - qui faut-il le rappeler n’avaient pas de plan B – se sont réfugiés dans un art tout européen que la classe politique française maîtrise peut-être mieux que quiconque : la politique de l’autruche. Les « nonistes », quant à eux, avaient, par le bias de Marie-George Buffet, secrétaire général du parti communiste, déjà prévenu dès le verdict des urnes rendu : ce n’est pas à nous qu’il appartient de proposer un contre-projet mais au pouvoir en place, donc au chef de l’Etat et à son gouvernement, hérauts d’un schéma européen mis à mal…

Seize mois après, le vide sidéral. La France politique et journalistique a oublié l’Europe et l’Europe constituante a oublié la France. Le temps, du moins, que cette dernière ait quelque chose à lui proposer en retour de ce vote sanction… Au plus tard courant 2008, espère-t-on, dans les couloirs de Bruxelles… Quand Paris sera en charge de la présidence de l’Union. Et puis voilà que les principaux présidentiables français se rappellent au bon souvenir du Berlaymont. François Bayrou et Nicolas Sarkozy en tête. Le premier, tout d’abord discrètement, en tentant de recréer au sein de l’UDF, ce qu’il était parvenu à faire au sein du Parlement européen, en rassemblant centristes de gauche et de droite au sein de l’ADLE, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe. Puis, plus ouvertement, en affirmant, lors de l’université d’été de son parti, vouloir «remettre le débat [constitutionnel] sur la table pendant la campagne présidentielle» et «proposer, en quelques pages, sans changer les principes, ce que pourrait être un texte débarrassé des pages interminables qui [le] rendaient illisible.»

Ce désir d’Europe, Nicolas Sarkozy le partage tout autant, à ceci près qu’il n’aura pas attendu son pendant centriste pour en définir une vision plus précise. La scène s’est déroulée vendredi. Bibliothèque Solvay, à Bruxelles. Là, devant les membres des fondations Robert Schuman et Friends of Europe, le ministre candidat y a décliné son plan de sortie de crise. Un plan dont la première étape consisterait en la rédaction d’un « mini-traité », nécessaire à réalisation des réformes institutionnelles les plus urgentes. Un plan axé, entre autres, sur l’attribution à l’Union de la personnalité juridique afin qu’elle puisse « adhérer et siéger en tant qu’ensemble politique dans un certain nombre d’organisations » ; l’extension de la majorité qualifiée et de la codécision, notamment en matière judiciaire et pénale ; la (re)définition du principe de subsidiarité ; l’instauration d’une présidence stable et non semestriellement rotative ; la nomination d’un véritable ministre européen des affaires étrangères ; ou la consécration des coopérations renforcées.

Cela, comme un peu tout ce qu’il entreprend, Sarkozy veut le faire vite, très vite : « Notre objectif devrait être de lancer l’élaboration de ce « mini-traité » sous présidence allemande, en 2007, et d’achever les ratifications sous présidence française, en 2008, de manière à l’appliquer dès les prochaines élections européennes, à partir de 2009 ». Viendra ensuite la phase 2, dont il espère voir naître une réforme de la Commission, la définition territoriale de l’Union politique (dont serait exclue la Turquie), la modernisation du financement de l’Union et de la vie politique européenne. Avec à la clé ce que demandent de longue date nombre d’eurodéputés de droite comme de gauche : la création et la généralisation de listes transnationales aux élections européennes.

D’aucuns critiqueront la démarche globale (notamment la ratification parlementaire et non populaire du « mini-traité »), s’interrogeront sur la faisabilité de certaines propositions, comme l’harmonisation de la politique fiscale européenne dont on imagine mal Londres accepter le principe. Mais, au final, le programme-cadre du candidat Sarkozy a au moins un mérite. Celui de se sortir la tête du sable. De rappeler que la fonction présidentielle ne se limite pas à la gestion de questions purement « intra-nationales ». De proposer une vision politique pour l’Europe. Celle-là même que l’on attendait des « nonistes » de droite comme de gauche et qui, en l’état, pourrait se résumer en un prénom : Godot. Reste le parti socialiste. Le mystère de la chambre rose. Ségolène Royal sera à Bruxelles demain. Peut-être en sortira-t-il des propositions concrètes, différentes de celles de son opposant de droite. Mais lesquelles, tant on peut s’interroger sur la pertinence de ses alliances ? Elle, partisane du « oui », qui vient de prendre pour général de campagne, Arnaud Montebourg, farouche défenseur du « non ».

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