Impunité à la mode chiraquienne
par Olivier Bonnet, 13 September 2006
Jacques Chirac a nommé Procureur général de Paris son ancien conseiller judiciaire. Un homme parfaitement au fait de ses nombreuses affaires et casseroles, pour mieux tout ensevelir après l’immunité ? S’il ne s’agit pas de ça, c’est rudement bien imité.
Le rocker punkoïde Didier Wampas peut continuer longtemps encore à chanter son Chirac en prison. Comme nous le redoutions il y a trois jours, c’est bien Laurent Le Mesles qui vient d’être nommé Procureur général de Paris, en remplacement d’Yves Bot. L’homme chargé de gérer toutes les affaires qui menacent Jacques Chirac une fois son immunité présidentielle levée est un… chiraquien ‘pur jus’, conseiller judiciaire du président de 2002 à 2005 et depuis lors directeur de cabinet du ministre de la justice UMP, Pascal Clément. Cocasse. Les premières réquisitions qu’il devra rendre concernent le procès de Michel Roussin, rejugé du 17 octobre au 22 novembre dans le dossier de corruption des marchés publics
d’Ile-de-France. Roussin était le bras droit du maire de Paris de l’époque, un certain… Jacques Chirac. Le Mesles planchera ensuite sur une affaire en instruction, pour ‘détournement de fonds publics‘ de 1983 à 1995, dans laquelle sont mis en examen les quatre directeurs de cabinet successifs de… Jacques Chirac. Sans compter d’autres enquêtes en cours sur l’utilisation privée
d’employés des parcs et jardins, le Crédit municipal de Paris, la société municipale Sempap, le Parc floral ou la gestion des parkings de la capitale. Et même l’affaire Clearstream, puisque l’hôte de Elysée pourrait être inquiété pour avoir commandé des enquêtes confidentielles sans avertir la justice de la manipulation sur les listings bancaires.
Volée de critiques contre langue de bois
Alors bien sûr les deux syndicats de magistrats jugent-ils très sévèrement la nomination de Le Mesles. ‘Ceci renvoie aux citoyens et justiciables une image désastreuse de la
gestion de la magistrature aux lendemains de l’affaire d’Outreau.
C’est une nomination purement politique, un signal envoyé qui paraît
catastrophique‘, estime ainsi Laurent Bédouet, secrétaire
national de l’Union Syndicale des Magistrats (majoritaire). ‘Le ministre de la Justice Pascal Clément envoie un symbole fort de verrouillage de la justice‘, renchérit son président, Dominique Barella.Quant à Agnès Herzog, du Syndicat de la Magistrature (classéà
gauche), elle diagnostique ‘un problème de proximité du politique
et du judiciaire et d’impartialité. On peut se poser la question d’un
intérêt personnel du chef de l’Etat‘. François Hollande enfin, premier secrétaire du PS, accuse Chirac de tenter de ‘se protéger des
poursuites judiciaires‘. Mais Jean-François Copé
, porte-parole du gouvernement ‘qui a arrêté la langue de bois‘ (sic), fait mine de tomber des nues et se plaint d’être ‘plutôt choqué que l’on puisse mettre en doute l’éthique professionnelle de M. Le Mesle‘. Il ne se demande pas s’il n’y avait pas d’autre candidat au poste, à l’éthique tout autant irréprochable mais un tout petit peu moins lié au pouvoir que le directeur de cabinet du garde des sceaux et ancien conseiller du président lui-même ! Pour un tout petit peu moins de proximité et de risques de partialité. Pour ressembler un tout petit peu moins à une république bananière, qui amnistie les uns (Guy Drut, lire ici et là), intrigue pour réduire les condamnations des autres pour mieux leur permettre ensuite un retour triomphal, toute honte bue (Alain Juppé) et finalement place aux commandes un homme sûr, qui doit tout à Chirac, afin de mettre ce dernier à l’abri de la justice. Alors, ‘tolérance zéro‘ sauf pour les copains ?
Main basse sur tous les pouvoirs
L’opération Main basse sur la justice se précise décidément, dans le contexte de la réforme de Pascal Clément, qui prévoit que les magistrats ne soient désormais plus majoritaires au Conseil Supérieur de la Magistrature, au profit de membres… nommés par le gouvernement. Jacques Chirac avait déjà désigné en 2004
pour y siéger Francis Brun-Buisson, ex-directeur adjoint au cabinet du précédent
ministre de la Justice, Dominique Perben.On confisque tranquillement la démocratie, en famille. On verrouille à double tour. Imaginons Nicolas Sarkozy président, avec la droite remportant forcément les légistatives dans la foulée : l’Etat UMP détiendrait tous les pouvoirs, du gouvernement à l’Assemblée nationale en passant par la justice. Sans compter le contrôle de la plus grande partie des médias de celui que Jean-Luc Lagardère (Hachette-Filipacchi, Europe 1) nomme son ‘frère‘, qui est aussi ami d’enfance de Martin Bouygues (TF1). Ajoutons la présence d’un proche de Bernadette Chirac, Patrick de Carolis, à la tête du service public audiovisuel. Et la femme d’un ministreà la présentation des journaux ! (elle se mettra au vert en janvier, NdA)‘Imaginons la France d’après‘, propose le candidat UMP ? Un vrai cauchemar.
L’illustration représentant Jacquouille la fripouille provient du site de Chiche !, mouvement de ‘jeunes écolos alternatifs solidaires‘.
”
(Via Plume de presse, Impunité à la mode chiraquienne)
4 Comments
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Olivier, merci de ne pas raconter N’IMPORTE QUOI.
On dit: Copeaux.
Jean-François Copeaux.
Sinon je me dis que qu’Agnès Herzog pourrait aussi parler de tout ça avec Thierry Herzog.
Ca ferait des soirées familiales amusantes au coin du feu.
Un procureur, ce n’est pas un juge. C’est lui qui engage ou pas des poursuites, mais on peut toujours se porter partie civile, ce qui rend l’ouverture des poursuites obligatoires. Ensuite, ce sont les juges du siège qui sont saisis. Merci de ne pas faire d’amalgames, ce n’est PAS le procureur qui JUGE.
Procureur général de Paris est un poste sensible et forcement politique. Si la Gauche arrive au pouvoir, elle peut le dégager et en nommer un autre.
Pour ce qui est des poursuites contre Chirac, il faut arrêter les fantasmes. Le principal point noir, c’est la complicité dans les infractions au financement des partis politiques. Mais tous sont tombés sur ce point, droite comme gauche. Si Chirac doit tomber comme président du RPR, je rappelle que dans le même temps, les premiers secrétaires du PS étaient Lionel Jospin, Pierre Mauroy et Laurent Fabius. Le reste de ce que l’on reproche à Chirac, ce n’est ni plus ni moins que de la Grivèlerie. C’est moralement condamnable, mais judiciairement, il va falloir prouver et ce n’est pas gagner car le fait d’être un élu de ce niveau peut faire passer beaucoup de choses, ou au moins faire bénéficier du doute.
ah bon ? “….. car le fait d’être un élu de ce niveau peut faire passer beaucoup de choses, ou au moins faire bénéficier du doute…..” dites-vous autheuil ..un constat je suppose ?
..ni plus ni moins de la grivèlerie…
il me semblait que le chef de l’état se devait d’etre irréprochable , mais c’était une crédulité de midinette sans doute
La grivèlerie, c’est le fait de “vivre sur la bête”. Tous l’ont plus ou moins fait (les avions du GLAM, les voitures de fonction pour des voyages privés). Chirac l’a encore plus fait, profitant des moyens de la ville de Paris. On le sait, mais c’est autre chose de le faire condamner. L’histoire des frais de bouche du couple Chirac est emblématique. Manifestement, le montant des factures est exagéré et excessif, mais il peut toujours dire qu’en tant que maire de Paris, il se devait de recevoir, que c’est l’image de sa ville, et blablabla…
Devant un tribunal, avec une armée d’avocats talentueux derrière lui, il s’en sort blanchi, comme Tiberi, traîné dans la boue depuis 10 ans et au casier judiciaire encore vierge.
Pour ce qui est du chef d’état irréprochable, depuis 1981, on est assez mal servi, c’est vrai. Mais bon, on les élus qu’on se donne !