«Si j’étais Ségolène…»
par Christophe Nonnenmacher, 16 September 2006
S’attarder sur les petites phrases est-il vraiment utile ? Cela sert-il vraiment au débat politique ? A sa compréhension ? Surtout quand ces petites phrases tiennent bien d’avantage de l’anecdote. De souvenirs de vacances distillés entre la poire et le café. Mon premier réflexe serait de répondre par la négative. Mais voilà, certaines de ces petites phrases ont la vie dure et n’en finissent parfois plus de vous hanter, même épisodiquement. Celle-ci me fut livrée par un proche du couple Hollande. La discussion s’était tenue dans un petit bistrot parisien, entre les Halles et la Banque de France. Mon vis-à-vis, une sorte d’électron libre du parti socialiste, alors candidat à la candidature et auteur remarqué d’un ouvrage sur le réaménagement du temps de travail. J’avoue ne plus trop savoir comment nous en sommes venus à parler vacances, de cette soirée qu’il passa avec François et Ségolène dans un chalet d’altitude. Petit dîner au coin du feu entre amis rêvant d’un monde plus beau, plus juste plus social. Un truc de vieux gamins, sorte de jeu de rôle sur le thème de «Si j’étais président…» ou «maître du monde». Tous les grands thèmes politiques y furent déclinés». Mais celui retenu par mon vis-à-vis fut celui du projet «socialiste». De ce qu’il englobait. Déclinez le principe de base et vous obtiendrez un «Si j’étais socialiste». Mince, que ferais-je si «j’étais» ? Silence autour du feu. Puis une petite voix : « Quelles politiques sociales mettre en place ? Je ne sais pas, ou bien si, tenez !. Prenez par exemple le cas d’une personne que l’on aurait arrêté pour excès de vitesse. Pourquoi ne pas imaginer, si ses revenus sont faibles, de lui permettre de payer sa contravention en deux ou trois fois ?». Nouveau silence. Lourd, cette fois. Ségolène avait parlé. «C’est une plaisanterie, fis-je alors au témoin de cette histoire ?!» «Non, je l’ai aussi cru un moment, mais Ségolène était visiblement très sérieuse. François lui-même semblait ne pas en revenir.»
Pourquoi raconter cela aujourd’hui ? Cinq ans après ? Sans doute parce qu’un temps oubliée, cette anecdote n’en finit plus de me hanter. A vrai dire, il y a du Bill Murray dans cette histoire. Tels les situations vécues par le personnage qu’il incarne dans’«Un jour sans fin» cette petite phrase repasse en boucle à chaque saut de lit. J’ai beau essayer de me convaincre qu’il ne s’agissait là que d’une vilaine plaisanterie, que la chouchoute politique des Français ne pouvait être sérieuse ce fameux soir d’hiver. Mais rien n’y fait. Ségolène et sa petite phrase ont tout de cette fichue journée de la marmotte. L’absurdité pour la petite phrase. Le personnage de la marmotte pour Ségolène. Cette marmotte dont on ne sait si elle annoncera le printemps ou la prolongation de l’hiver. Cette marmotte source de toutes les attentions, quand bien même n’aurait-elle rien à dire d’essentiel. Ou si peu, comme Ségolène à Bruxelles, où après avoir boycotté la conférence de presse organisée pour elle au Parlement européen, elle finit par lâcher quelques bribes de sa «vision» européenne. Entre deux couloirs envahis de journalistes. Une vision pour l’heure axée autour de deux idées «fortes» : 1/ Surtout ne pas se positionner clairement sur la perspective de l’adhésion turque. 2/ Surtout ne pas réformer les institutions européennes. On la comprend Ségolène : les Européens ne jouent au chat et à la souris avec Ankara que depuis quarante-trois ans. Ils peuvent bien attendre encore un peu. Quant aux institutions européennes, pourquoi les réformer ? Pour cela faudrait-il encore que le besoin s’en fasse sentir. Non, Ségolène en est certaine : ce qu’il importe aujourd’hui est de repenser «l’idéal européen». Chouette, nous voilà bien avancés ! Pour le reste – les idées concrètes - il faudra patienter. Attendre que son parti veuille bien lui donner l’investiture. Que ses militants acceptent l’idée que poser dans la presse people et n’avoir rien, ou si peu, à dire suffit amplement à se faire élire. Alors bien sûr, Ségolène prévient qu’une fois cette étape franchie ses idées parleront pour elle. Que plus qu’un simple «désir d’avenir» elle a une vision d’avenir. Celle d’une France, d’une Union européenne, d’un monde plus beaux, plus justes, plus respectueux des droits sociaux. Cela ne vous dit rien ? Je vous aide : cela ressemble à si méprendre au jeu du «Si j’étais… ». La scène se déroulait en hiver, dans un chalet d’altitude. Petit dîner au coin du feu entre amis… Vous connaissez la suite.
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