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Chirac pète le feu

par Bernard Langlois, 18 September 2006

C’est au sortir d’un week-end très politique (fête de L’Huma, parade socialiste à Lens, prestations radio-télévisées multiples et variées) que le chef de l’Etat avait choisi de venir s’exprimer en direct lundi matin sur l’antenne d’Europe 1. En direct, et en longueur : trois quarts d’heure, événement assez rare de sa part pour qu’on s’y intéresse. Eh bien ! Le Jacques a repris du poil de la bête …

Ce n’est pas qu’il ait dit des choses époustouflantes, non. Rien que du convenu, du banal. En partance pour New York, où il va s’entretenir avec Kofi Annan et George Dubbleyou du monde tel qu’il va mal — Proche-Orient, Iran, Darfour, sous-développement, crise écologique —, Chirac a poli son image de vieux sage, d’homme de dialogue, d’apaisement. Sur tous les fronts, il entend confirmer la vocation de la France à mettre de l’huile dans les rouages, plutôt que d’en jeter sur le feu. Pour « le dialogue porté à ses limites. » Ma foi, que trouver à y redire ? Sans jamais prononcer le nom de son ministre de l’Intérieur (dont il juge en privé les récentes déclarations américaines « lamentables »), le Président l’a clairement remis à sa place (Beauvau …) : sur la question irakienne et le droit de veto, « au vu des résultats, je n’ai pas le sentiment d’avoir commis d’erreur. » Sur les rapports franco-américains en général : « La relation transatlantique se porte bien. Elle ne peut se concevoir que dans un rapport entre égaux, pas dans la soumission. » Et quand Elkabbach insiste (« et Sarkozy ? »), réplique sèche : « Je vous ai donné la position de la France aujourd’hui. » Qu’on se le tienne pour dit, l’Etat c’est lui, pas le petit excité qui se permet de piétiner ses plates-bandes.
Surtout quand il va faire le beau sur les pelouses de Maison-Blanche.

Même discours convenu sur les affaires intérieures : la France qui va mieux, le chômage qui baisse, la croissance qui redémarre, la situation financière en redressement, une démographie en pleine forme, tout ça. Tout baigne, grâce « aux Français qui ont bien travaillé » ; et, bien sûr, grâce au gouvernement « qui bosse, comme vous dites » et continuera à bosser « jusqu’au terme, et croyez bien que je m’en assurerai. » Ce n’est pas Chirac qu’on prendra en flagrant délit de « déclinisme », non mais ! Là encore, et toujours sans qu’il daigne prononcer son nom, Sarko en prend pour son grade : que ce soit sur la réforme des retraites ou la carte scolaire, qu’il aille se faire voir, rien n’est au programme avant l’élection. Et l’élection, ce n’est pas le moment d’en causer : on verra ça au mois de mars, pas avant. « La campagne viendra en son temps. De mars à mai, c’est bien suffisant ! » Et il reste du taf avant l’échéance : au programme d’ici 2007 notamment, la réforme de la justice, l’inscription dans la loi de l’obligation du dialogue social avant toute modification du droit du travail et … la participation, cette vieille lune gaulliste qu’il nous ressort de la naphtaline.

On n’est pas obligé de partager l’optimisme du résident de l’Elysée. Ni de le croire quand il affirme ne pas avoir en tête, comme tout le monde, les prochaines échéances électorales. Mais qu’on se le dise, Chirac pète le feu ! Et p’tit Nicolas a encore du souci à se faire.

B.L.
[ Extrait du bloc-notes de Politis, à paraître jeudi 21 septembre ]

2 Comments

  1. Comment by céleste on 18 September 2006 13:23

    Drôle et bien vu

    Chirac est un phénomène, il faut bien le reconnaître. on n’aime ou pas, mais quelle carrière!
    Et cette capacité de résister à tout, même à Bernadette.
    Et cet incroyable culot!
    Et voilà qu’il pète le feu, à moitié sourd, alors qu’on le disait fini.

    Sarko n’est pas l’abri d’un mauvais coup.

    Mais j’espère quand même qu’on ne va pas nous refaire le coup du Chirac/ Le Pen au deuxième tour;

    Parce que, d’accord ,Chirac est rigolo, mais on l’a assez vu, il faut juste qu’il nous débarasse de Sarko et après, ciao, la maison de retraite

  2. Comment by Citoyen on 18 September 2006 21:12

    Pour sûr qu’il pète le feu notre président, il voit se profiler son départ en retraite [la sienne est assurée n’en doutons pas] et il lui faut utiliser ce temps finalement très court pour apparâitre le plus possible sur la scène médiatique. En effet, après que lui restera-t-il ? Qui voudra encore l’invitait comme expert ? Pas sûr qu’il est la même carrière que Bill Clinton !

    En tous cas qu’il pète le feu ou pas, les informations du soir sont restées finalement vagues sur tout ce discours, comme quoi ce qu’il fallait retenir n’était peut-être pas tant le fond que la forme.

    Faut dire qu’avec la campagne 2007 qui commence fort, il lui faudra faire quelques plateaux d’ici le printemps pour rester en scène.

    Bien à vous

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