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«Good bye Lenin Chirac»

par Christophe Nonnenmacher, 19 September 2006

«Je pense que de mars à mai, il y a le temps nécessaire pour une campagne électorale. Nous n’avons pas - notamment depuis que nous avons un quinquennat - la possibilité de perdre du temps par des campagnes électorales excessives. On peut tout faire et tout dire dans une campagne électorale de deux ou trois mois.» Chirac a parlé. Est sorti de l’ombre hier matin sur Europe 1, au micro de Jean-Pierre Elkabbach. Jacques a dit : «Le gouvernement est là pour travailler. Et le président de la République est là pour s’assurer que le gouvernement travaille. Et il travaille.» Nous voilà rassurés. De grands chantiers doivent encore être menés à bien d’ici les prochaines échéances électorales a-t-il assuré. Pour n’en citer que trois : la baisse du chômage en deçà de 8%, la relance du dialogue social, la réforme de la justice. Chirac le martèle. Comme si personne ne l’entendait vraiment, ou ne voulait l’entendre : «Je veux que tout le monde bosse et bosse dans le cadre d’une politique définie par le premier ministre et assumée par le président de la République». Le message à Nicolas Sarkozy est à peine voilé. Ce même Nicolas Sarkozy avide de rupture. Celui-là même qui, bien que numéro 2 du gouvernement, semble tout faire pour se désolidariser de la France de maintenant – celle de Chirac – pour mieux vendre la France d’après – la sienne.

On le comprend, en même temps, Chirac. Pas facile d’exister à l’heure où les médias n’ont d’yeux que pour Nicolas et Ségolène. Du Figaro, Libération, à la presse people, en passant par les mastodontes du petit écran, on ne voit qu’eux. Alors Chirac contre-attaque, dit avoir «une grande idée de la France», flatte l’ego de ses concitoyens, tente de leur vendre ses douze années de règne, dont cinq par défaut. Que la France de Jacques semble belle ! Mais voilà, plus personne n’y croit à la France de Jacques. Pis, tout le monde ou presque se fout de ce que Jacques peut dire. Sans doute parce que le temps de la méthode Coué est fini. Révolu. Basta. Ciao. Que tel que les Français le perçoivent, le refrain chiraquien n’a d’égal que le duo formé en son temps par Alain Delon et Dalida : «Paroles, paroles…». Chirac peut essayer de vendre sa «France de maintenant», stigmatiser celle d’après. Mais la réalité est têtue. Pour une très large majorité des Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, Chirac représente celle d’hier. «Good bye, Lenin Chirac», pour paraphraser le titre du film de Wolfgang Becker. Le mur est tombé. Toi avec. Que tu le comprennes ou non.

Horrible pensée ? Non. Tristement réaliste. Meilleure preuve en est l’approche du président Chirac du débat démocratique. Souvenez-vous : «De mars à mai, il y a le temps nécessaire pour une campagne électorale». «Eh, oh, réveille-toi, serait-on tenté de lui dire. Il ne s’agit pas de nous vendre un baril de lessive ! Là on parle de la France. De la vision que les présidentiables en ont, qu’ils soient membres du gouvernement, dans l’opposition ou simples indépendants». Ne pas avoir compris que les Français en ont marre de se voir vendre tout et n’importe quoi sans leur laisser le temps de la réflexion, ne tient même plus de l’incompréhension sociopolitique mais bien davantage de l’autisme. Non, trois mois ne sont en rien suffisants pour mettre à plat tous les maux d’une fin de règne. Et puis, en trois mois, aurait-on seulement eu le temps de s’attarder sur le coup de gueule de François Bayrou au 20h de Tf1, lorsque celui-ci déclara, devant des millions de téléspectateurs, que «les grands media ont orchestré pour les Français un choix [entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal] dicté à l’avance» ? Aurait-on eu droit à cette affligeante explication d’Etienne Mougeotte, le numéro 2 de Tf1, qui déclara en retour au candidat du parti centriste que si sa chaîne ne parlait pas autant des autres formations politiques que l’UMP et le PS [et donc peu de la sienne] cela s’expliquait par son penchant [personnel] pour une bipolarisation de la vie politique française ! Aurait-on également eu le temps de débattre de ce que nous proposent véritablement nos présidentiables de tout bord ? De ce que leurs projets impliquent véritablement pour les Français, pour la France et pour l’Europe ? Non, bien sûr que non. Mais cela, Chirac ne semble pas s’en émouvoir, sans doute persuadé qu’il est sans doute que les grandes promesses accompagnées de quelques poignées de mains et gorgées de bière suffisent encore à élire un chef d’Etat. Triste fin que celle de cet homme dont les Français n’attendent à vrai dire plus qu’une chose: qu’il parte.

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