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J’emmerde le vote utile

par monolecte, 20 September 2006
Doit-on aller voter comme on va parier au champ de courses?

Ma candidature, espérée et ressentie par nombre d’entre nous comme meilleure solution pour défendre nos idées, est devenue impossible parce qu’elle souffrait d’un inconvénient de taille : la probabilité d’une victoire était faible et nombre de camarades auraient préféré défendre, contre leurs convictions, un autre candidat en mesure de gagner, selon la mécanique du vote utile
Le choix de l’alliance, Arnaud Montebourg, 24 juillet 2006

La question n’est pas de savoir si j’avais l’intention ou non de voter pour Arnaud. Elle n’est même pas de savoir pour QUI je compte voter, mais POUR QUOI et aussi POURQUOI.

Alors que le débat autour du TCE a fait la démonstration de l’appétence de démocratie participative de nos concitoyens, comme je l’avais déjà écrit à l’époque, ces aspirations légitimes sont aujourd’hui totalement noyées dans les guerres d’appareils et les combats de chefs. Ce qui permet de faire l’impasse sur le point capital de cette campagne électorale qui avance en tongs sans dire son nom : l’absence de projet de société.

Tout l’intérêt de la présence de Montebourg dans cette pré-campagne électorale était de remettre sur le tapis l’inadéquation[1], pour le moins, des institutions de la 5ème République pour maintenir ne serait-ce qu’un vernis démocratique dans une société totalement marchandisée et soumise aux diktats des multinationales. Et un bon débat de fond, ne serait-ce que sur le mode de gouvernance le plus adapté à notre époque, aurait été le bienvenu, en ces temps de disette idéologique.

Au lieu de cela, nous alllons irrémédiablement vers un affrontement de personnes sans grand intérêt, à savoir :

  • Pour vous administrer de force une politique économique franchement néo-libérale à la Bush/Blair, vous préférez Sarko ou Sarkozette?

Bref, me voilà très énervée, tant j’ai la certitude que l’on va de nouveau me confisquer mon vote citoyen sans autre forme de procès. Je pense que parti comme c’est, ils ne vont même pas se fouler à faire semblant d’écrire un programme. De toute manière, cela vaut mieux pour eux tous : ce ne pourrait être qu’un programme commun, puisque les deux grands partis se rejoignent sur le point clé de leur projet de société : sa totale soumission à l’économisme globalisé, sans aucune autre espèce de considération, quelle soit humaine, écologique, morale… etc.

La justification du non-choix

A partir du moment où les deux appareils politiques ne proposent fondamentalement que la même vision du monde, il est important de soumettre la masse abrutie des électeurs à ce non-choix. Ce qui est là tout l’intérêt du foutu vote utile.
Le concept est simple : chaque citoyen ne peut se prononcer sur le type de société dans lequel il veut évoluer qu’une fois tous les 5 ans. Ensuite, tout ce qui lui tombe sur la gueule est sensé être légitimé par le blanc-seing électoral, puisqu’entre deux consultations, nous ne sommes plus qu’une masse bêlante et stupide. Toute l’astuce, aujourd’hui, c’est de ne plus donner le choix au peuple borné, même de temps en temps, de faire en sorte que les grandes orientations se décident sans lui, en dehors de tout contrôle démocratique. Donc, on lui explique bien qu’il n’y a que deux partis qui ont une chance de gagner : Sarko ou Sarkozette. Et que ce serait un peu con de voter pour quelqu’un d’autre[2], puisque que les autres candidats ne sont là que pour la figuration et faire joli sur les plateaux télé pendant la campagne officielle.

Ce qui revient à dire que même si l’on désapprouve totalement le modèle de société prôné par les deux Janus, ce sera forcément cela qui va sortir des urnes et que si l’on veut que notre vote fasse partie du camp des vainqueurs, il faudra se prononcer sur des caractéristiques secondaires qui ne remettent en rien en cause le projet global[3]. Et l’on arrive ainsi à la conclusion que voter selon ses convictions ne sert à rien!

Ce qui prouve, une fois de plus, que personne n’a réellement compris la portée du premier tour de 2002.
Ce qui me conforte plus que jamais dans l’idée qu’il convient au contraire de résister à ce hold up sur les urnes!
Ce qui me pousse à penser que plus que jamais les citoyens doivent refuser le marketing politique à deux balles et forcer ceux dont c’est soit-disant le métier à aller au débat de fond, sur nos institutions, sur nos choix de société, sur la manière dont nous souhaitons Vivre-Ensemble[4] dans les prochaines années.

Car si nous décidons de tourner le dos au mythe du vote utile[5], si nous décidons que voter, c’est exprimer nos aspirations profondes, alors ce pourrait être une formidable surprise qui sortira des urnes en 2007!

Notes

[1] J’aurais pu écrire déliquescence, ce qui eut été plus adapté, tant la caste au pouvoir a détourné les instruments de gouvernance à son seul profit, mais cela résonne bien trop “déclinologue” à mon oreille!

[2] En fait, pour une alternative politique

[3] En gros, Karsher ou Mitard, solidarité a minima ou charité, avec ou sans vaseline…

[4] J’écris toujours ce mot dans son sens Arendtien

[5] Comme si voter selon ses convictions était inutile!

16 Comments

  1. Comment by Sébastien Fontenelle on 20 September 2006 12:17

    Bravo!
    BRRRRAAAAAVVVVVVVOOOOOO!!!!!!!!!!!!
    CLAPCLAPCLAPCLAPCLAPCLAP!!!!!!!!!!!!!!!

  2. Comment by lesyeux on 20 September 2006 12:50

    ben voilà

  3. Comment by céleste on 20 September 2006 13:16

    Bravo, belle démonstration!

    Ne pas se résigner.

  4. Comment by Pierre on 20 September 2006 13:55

    Milles fois d’accord,

    Mais comme je l’ai déja dit en commentaire dans l’article “1962/2012″ j’ai parfois du mal a voir comment la solution passera par les urnes.

    Je veux dire: j’ai du mal à voir comment un changement si profond puisse passer par l’outil qui empêche justement ce changement.

    En d’autres termes: nous voulons croire que l’on peut changer le système en utilisant l’outil qui a été créé pour construire le système que l’on veut changer.

    Néanmoins, je crois aussi que celà soit possible mais il faudra pour celà que nous ayons tous le même mode d’emploi !

  5. Comment by lesyeux on 20 September 2006 14:09

    et qu’en est-il du projet de rendre le vote blanc valable ?

  6. Comment by Le Moralisateur Masqué on 20 September 2006 18:25

    Ca fait du bien de ne plus se sentir seul
    Merci

  7. Comment by monolecte on 20 September 2006 18:37

    De rien ;-)

    En fait, j’ai l’impression depuis 3 ans que je sévis sur le web que je sors le meilleur de moi-même quand je suis énervée par un truc.
    Et là, le coup du vote utile, ça m’a vraiment fait gueuler!

    Comment faire pour obtenir la reconnaissance du vote blanc? Ça, c’est un truc intéressant, avant de songer à limiter le suffrage universel. Et quid du vote obligatoire, à la Belge?

  8. Comment by Eric Mainville on 21 September 2006 1:21

    Aux Etats-Unis, ils doivent nous regarder avec étonnement. Là-bas, on ne vote pas pour un projet de société, mais pour le candidat qui sera le meilleur pour votre portefeuille. Et on ne parle pas de refaire cent fois la constitution. Ils en ont une et ils s’y tiennent.

  9. Comment by skyrl on 21 September 2006 8:42

    AH OUAIS ?

    Une formidable surprise ?

    LE PEN, tiens !

    (je rigole bien sûr, bravo pour ton article)

  10. Comment by monolecte on 21 September 2006 9:01

    Vu l’état du débat politique aux USA, franchement, on ne peut pas dire qu’il servent de modèle démocratique!

  11. Comment by eurodépitée on 22 September 2006 9:05

    Depuis que je l’attends cette reconnaissance du vote blanc!!! On la réclame de plus en plus. Mais vu la frilosité devant les changements…

  12. Comment by enzo d'aviolo on 22 September 2006 15:15

    vous le savez peut-être déjà mais le vote blanc est dans le programme socialiste. il n’y a pas tant de chose que cela mais cette proposition y est.

  13. Comment by CedricA on 22 September 2006 15:36

    Il ne faut pas désespérer. Les français ont le savoir faire pour prendre à contre pied les déjà vainqueur 8 mois avant. Demandez à Balladur ou Roccard ce qu’ils en pensent…

  14. Comment by marion on 23 September 2006 13:05

    salut à tous !

    je suis profondément d’accord avec vous concernant la spoliation du vote de conviction.
    aujourd hui, il nous reste soit le vote utile, soit le vote de contestation… jolie la democratie !!!
    je pense aussi qu il est nécessaire de tenir compte du vote blanc… mais pas à n’importe quelles conditions. Il ne suffit pas de juste le comptabiliser mais qu il puisse peser sur l issue d un vote, comme par exemple l’annulation d un tour si trop de vote blanc.
    qu’en pensez vous ?

  15. Comment by Denis on 23 September 2006 22:16

    Ah je suis content. Enfin quelqu’un d’intelligent qui sait de quoi il (elle) parle. Me voilà épargné la peine de lire les programmes, puisque cette brillante analyse m’en dispense. Donc j’irai ce jour à la pêche. Continuez à nous éclairer de vos lumières indispensables, phare unique et sublime d’une humanité vélante et beuglante… Blague à part, vous lire est une perte de temps.

  16. Comment by observateur_alien on 23 October 2006 10:57

    Chère Monolecte,

    Si je respecte votre courroux, je désapprouve la logique ou, plutôt, la non-logique qui en découle.

    Tout d’abord, vous semblez oublier un fait fondamental, c’est que d’une élection il sort TOUJOURS un vainqueur et plusieurs vaincus. De ce fait, et dans le cas particulier des présidentielles, l’idée de voter contre le(s) candidat(s) que l’on ne veut surtout pas voir accéder au pouvoir est tout au moins aussi importante que de voter pour celui/celle qu’on souhaiterait voir gagner, or bien souvent, les deux démarches ne sont pas compatibles entre elles.

    Votre référence a 2002 est particulièrement surprenante : c’est bel et bien le refus du vote utile qui a propulsé M. Le Pen au second tour de la présidentielle. Bien sur, Jospin a mené une campagne désastreuse, mais l’écart de voix entre Le Pen et Jospin était si étriqué qu’il est difficile de nier que le refus du vote utile ainsi que l’abstention ont été déterminants dans l’occurrence de ce « séisme politique» comme on l’appelait alors.

    Se lamenter sur la polarisation politique est bien joli, cela sonne très « intellectuel citoyen », mais c’est surtout faire le jeu des extrêmes (2002, de nouveau). Il est certainement légitime d’être critique sur la non représentation du FN au parlement, en revanche, la qualification de son candidat au second tour d’une présidentielle est une totale aberration, dans la mesure où l’écrasante majorité de l’électorat refuse catégoriquement d’envisager de porter ce parti au pouvoir comme force centrale.

    Dans l’état actuel de « l’offre politique », le vote utile est malheureusement un mal nécessaire. Encourager les citoyens a faire fi de cela est d’une lourde responsabilité : celle d’ouvrir la boite de Pandore, en quelque sorte. La question de la reconnaissance du vote blanc est un sujet intéressant d’un point de vue philosophique, mais n’a aucune pertinence d’un point de vue pratique. Le vote blanc et l’abstention ne constituent pas une position mais une absence de position qu’il est impossible d’interpréter politiquement.

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