Usés. Vieillis. Fatigués.
par gb, 22 September 2006
Donc Jospin ; très certainement. S’il le peut.
Et probablement Chirac. S’il le veut.
Cinq ans après. Les deux hommes vont sans doute essayer encore.
De se maintenir pour l’un. De revenir pour l’autre.
Le pouvoir est une drogue dure dont nous n’avons sans doute aucune idée.
En dépit des écrasantes responsabilités qui doivent s’abattre quotidiennement sur leurs épaules, nos politiques ne décrochent jamais.
De l’extrême gauche à l’extrême droite, les mêmes survivent à tout. Laguillier candidate en 1974. Le Pen député sous la IVème, etc.
N’ayant goûté que de bien loin aux fastes et aux moyens qu’octroie le pouvoir politique, j’ai du mal à saisir les raisons qui poussent des femmes et des hommes, âgés ou malades, ayant des familles, les moyens financiers de se retirer, de continuer encore.
Et encore. Si longtemps.
Et parfois jusqu’au combat de trop.
J’aimerais beaucoup croire qu’ils le font par dévouement, pour leur pays, pour leurs concitoyens… Malheureusement… Le service de la France… J’ai du mal…
Les Palais de la République. Les huissiers. Les voitures avec chauffeur. Les gyrophares. les gardes du corps. L’argent. Les fonds secrets. La peur dans le regard des autres. Le mépris. Le respect. La vitesse. L’adrénaline. Le cirque. Quelque chose de viscéral. Et une forme de folie aussi. Malgré l’usure qui les dévore. Les rides qui se creusent. L’épuisement.
J’ai croisé, il y a quelques jours, Alain Carignon dans les coulisses du tournage de l’émission de Stéphane Bern. Avant de rentrer en plateau, j’ai longuement discuté en tête à tête avec lui, dans notre loge. Il a incroyablement vieilli. Et souffert. Morflé même. La justice. La prison. L’opprobre. Eh bien, il n’a qu’une idée tête, Alain Carignon : revenir… Et il va se présenter aux législatives, aux municipales. Le feu sacré… Alors que je l’interrogeais sur les raisons d’une telle envie, après “tout ça”, il m’a simplement parlé d’un long déjeuner qu’il eut, il y a bien longtemps. Lui, débutant gaulliste, fut invité par Mendès-France qui avait repéré la “jeune pousse”. Ce dernier tenta de le convaincre jusqu’à 16 heures passées qu’il faisait fausse route dans le camps gaulliste. J’ai aimé qu’il me raconte cette anecdote. Qu’il ait justifié devant moi son envie intacte uniquement par ses convictions. Puis-je ou dois-je le croire sincère ?
J’accompagne la sortie en librairies (hier) du livre du benjamin de l’Assemblée, le député UMP Laurent Wauquiez (31 ans). Sa fraîcheur détonne considérablement face aux côtés déjà si avariés de politiques qui ont à peine dix ans de plus que lui… Non, non pas de noms… Ils se reconnaîtront très bien. Son livre est un hymne à l’action publique. À sa circonscription ; à ses électeurs ; à son boulot. Je veux le croire honnête. Dévoué. Ne comptant pas ses heures. Mais jusqu’à quand pourra-t-il le rester ? Jusqu’où ?
Les moyens existent pourtant de contraindre les politiques à dételer.
La fin du cumul des mandats.
La fin du cumul dans le temps des mandats. Pas plus de deux mandats successifs similaires.
La mise en place d’un âge légal de la “retraite politique” : un régime spécial en quelque sorte ! Pour cause de pénibilité ! Comme les chauffeurs de TGV…
La fin des privilèges accordés aux (hauts) fonctionnaires qui reviennent au chaud dans leurs corps d’origine, lorsque leurs carrières politiques s’arrêtent trop brutalement.
Et d’autres choses encore. Positives même : un vrai statut pour la profession politique.
Mais qui va s’en saisir ?
Quel politique ? Quel parti ? Quel candidat ?
Quelle révolution…
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