Jospin II, la voie de non retour
par Christophe Nonnenmacher, 29 September 2006
«Pays de merde !» Cette phrase, les Guignols de l’Info l’ont attribuée il y a quatre ans de cela à Lionel Jospin. Du moins à sa marionnette. Privé par les électeurs de second tour des présidentielles le 21 avril 2002 au soir, l’ancien Premier ministre n’a jamais digéré l’affront électoral. La gauche derrière la droite, passe encore. Mais la gauche reléguée derrière l’extrême droite, non. Blessé, Jospin prit alors ses cliques et ses claques sans demander son dû. Promis, on ne l’y reprendrait plus. Adieu monde (politique) cruel. Direction l’île de Ré. Au dialogue avec ses congénères, Lionel préférait celui avec les mouettes et les bulots.
Le 21 avril au soir, la France, ce « pays de merde », restait donc seule face à ses choix mais se refusait à fuir ses responsabilités. La France démocrate avait peur mais à l’inverse de celui qui se disait avoir l’étoffe présidentielle, elle se refusait à déposer les armes. Parce que la France des lumières ne pouvait pas, n’avait pas le droit de troquer sa tunique tricolore contre un manteau brun. Le mot d’ordre était clair. Tous et tout sauf Le Pen. Tous, comme droite et gauche réunies autour d’un même combat : républicain, démocrate. Tout, comme « même Chirac », ce président aux multiples casseroles et aux promesses bien vites oubliées. Appeler à l’union nationale, voter Chirac au second tour n’a pas été une sinécure pour les socialistes et autres sympathisants de gauche. Offrir un deuxième tour de piste au président sortant fut même parfois un supplice. Mais que faire d’autre en de telles circonstances ? Jouer à Napoléon sur l’île de Sainte Hélène ? Fuir ? Jospin peut dire ce qu’il veut mais sa réaction n’a rien eu de celle que l’on peut espérer d’un homme briguant le fauteuil de l’Elysée. Un candidat à la plus haute marche de l’Etat se doit de montrer qu’il en a, sinon la compétence, au moins l’étoffe. Tout au plus, Jospin a-t-il su démontrer que dans les moments difficiles, il n’avait cure que de sa petite personne blessée, au risque de laisser la France en de mains peu recommandables. Les Français ne lui demandaient pourtant pas grand-chose : tout juste de mettre cinq petites minutes son ego de côté et de s’engager, tout comme eux, pour que le drapeau tricolore ne se transforme en flamme.
Chirac réélu avec un score digne de ceux d’un Ben Ali, peu s’imaginaient avoir le président idéal mais au moins purent-ils éprouver la satisfaction d’avoir fait leur devoir de démocrate. Cela, Jospin jamais ne le ressentira. Lui, que tout le monde ou presque avait depuis oublié, rayé de sa mémoire. « Avait » parce qu’à l’instar des mauvais remakes, il fallait bien un second épisode à cette histoire : « Jospin II, il revient et n’est toujours pas content ». Sans doute, on peut le comprendre, Caliméro commençait-il à trouver le temps un peu long sur sa grosse coquille maritime. Suffisamment au moins pour plomber, l’an dernier, un peu plus les tenants du « oui » lors du référendum sur le projet de traité établissant une constitution pour l’Europe. Suffisamment aussi pour venir, le mois dernier, en « voisin », à l’Université d’été socialiste de la Rochelle. Mais de là à y répéter qu’il n’excluait pas d’être le candidat socialiste aux prochaines présidentielles si on avait « besoin » de lui, il existe a des limites à ne pas franchir. Nombreux furent ceux qui crurent tout d’abord à une mauvaise plaisanterie, jusqu’à cette dépêche du Point, il y a tout juste dix jours, annonçant qu’il aurait finalement pris la décision de se (re)lancer dans le grand bain. Bon sang ! Quelle arrogance ! Quel mépris ! Comment Jospin pouvait-il penser ne serait-ce qu’une seule seconde que les Français puissent avoir besoin de lui ? Comment pouvait-il imaginer qu’après leur avoir expliqué quatre ans et demi plus tôt, qu’il se sentait suffisamment fort pour porter haut et fort les couleurs de la France en Europe et dans le monde mais pas suffisamment pour porter celle des démocrates sur son propre sol, que ceux-ci puissent « avoir besoin » de lui ?! Il n’y a sans doute pas de mots assez forts pour qualifier un tel abrutissement. Certes, on peut être blessé par une décision, peiner à la comprendre, la trouver injuste, mais un président, ou du moins quelqu’un qui prétend en avoir l’étoffe, ne peut se conduire comme il l’a fait au sortir du 21 avril.
Alors quel heureux soulagement que d’entendre hier matin, sur l’antenne de RTL, ce même Lionel Jospin jeter une nouvelle fois l’éponge, déclarant : « J’avais mis comme condition à ma candidature possible (…) de pouvoir rassembler ou en tous cas d’opérer un rassemblement suffisant pour qu’un choix clair soit possible. Je constate que ce rassemblement n’a pas pu se faire autour de moi ». Exit donc à nouveau le candidat Jospin. Mais là encore le raisonnement est ahurissant. Jospin joue la carte du seigneur. Il ne se présente pas de peur de diviser ! Mais qui croit-il diviser avec les 16% parmi les militants socialistes que les instituts de sondages lui prêtent face aux plus de 50% de Ségolène Royal ? On se croirait décidément en plein rêve ! Qui croit-il duper ?! Ceux-là mêmes qu’il a lâchement abandonnés un soir d’avril 2002 ? Non, décidément l’homme n’a rien compris. N’a toujours pas la moindre conscience de la portée de son acte en France et au sein de son propre parti. Qu’il préfère les bulots au Français passait encore, mais qu’il imagine que la conscience collective n’ait d’égal qu’un QI d’huître devient franchement insultant.
18 Comments
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Je n’ai jamais compris cette interprétation de son retrait du 21 avril.
On dirait des enfants qui ont été privés de leur protecteur et qui lui vouent la haine la plus féroce.
Que l’on nourrisse son discours politique par les sketches des Guignols est caractéristique d’une démocratie qui s’enfuit et d’une dérision qui empêche l’intelligence.
Duong,
Ce qui est choquant dans l’attitude de Jospin est d’avoir planté tout le monde au lendemain du 21 avril alors qu’il briguait la plus haute marche de l’Etat. Ok, il avait perdu et on peut comprendre qu’il ait pu trouver cela injuste. Mais pour quelqu’un qui ambitionnait de se battre pour la France, son exil volontaire a quelque chose de choquant: comment voter pour quelqu’un qui fait passer sa propore déception avant la gestion d’une situation de crise? Le reste de la gauche a fait son job de démocrate, même si ce n’était pas évident. mais elle l’a fait. je doute que François Hollande ait par exemple appelé de bon coeur à voter CHirac. Mais son attitude avait quelque chose de responsable. Celle de Jospin, non. Imaginons un instant Jospin président, ayant à gérer une crise internationale: si la situation ne va pas en son sens, partira-t-il aussi? Non, franchement, le bonhomme n’a pas la stature.
Maintenant, Jospin, même s’il n’est pas candidat à l’investiture est toujours là. Mais je serai curieux de voir en quoi, comme il le laisse entrevoir, il sera utile à la France… En tirant sur Ségolène? Mouais. Elle n’a peut-être pas de programme (sinon celui des autres) mais est-il bien utile de lui tirer dessus? Si l’apport de Jospin s’arrête là, à un pouvoir de nuisance, la chose risque d’être bien triste.
Christophe
je m’élève contre l’attaque sans fondement sur le QI de l’huitre
Les Yeux
:-)
Christophe
@ Christophe > Jospin dit là (http://blpwebzine.blogs.com/politicshow/politicdate/index.html) qu’au contraire partir c’était donner à la chance toute sa gauche. Ou l’inverse
Enfin, tout ça pour dire qu’en ça il est cohérent. Et pas forcément moins nuisible en étant “parti” (on dirait Cantona façon guignoles de l’info “je m’en vais !”)
bon, j’retourne monter
Ah, si, pour la route > croche-patte traduit ainsi par Le ministre délégué aux Collectivités (”sarkozyste”), Brice Hortefeux: “Lui qui avait madame Royal comme ministre à ses côtés a indiqué clairement qu’il ne la soutiendrait pas. Cela veut donc dire que, lui qui la connaît, qui l’a observée, lui qui l’a faite travailler considère qu’il ne peut pas la soutenir”.
voilou
Nico,
“qu’au contraire partir c’était donner à la chance toute sa gauche”: Bien sûr qu’il l’a dit. C’est vrai. mais un mec qui se présente à une présidentielle n’est pas là pour donner “toute sa chance à la gauche” mais à la France. Imagine une période de crise avec jospin au pouvoir, genre on est à deux doigts de se prendre un missile ou un Bretzel géant sur la tronche: t’accepterais que Jospin te dise: “j’me casse, vous me faites tous chier, démerdez-vous avec les lanceurs de bretzel”?
Non, ce mec est ahurissant. même dans ses déclarations: lorsqu’il a annoncé sa non candidature hier, il a même pris soin de passer sous silence le 21 avril en se présentant uniquement comme le mec qui avait mené les socilistes au pouvoir en 1997. Désolé mais j’encaisse toujours mal la réaction de Jospin lors du 21 avril. Je le dis d’autant plus facilement que je n’ai pas voté pour lui au premier tour, non pas par oubli mais parce que son programme ne me plaisait pas plus que ça.
Quand à Ségolène, je ne suis pas non plus fan mais qu’il lui foutte la paix. Il part officiellement pour ne pas diviser mais à peine a-t-il dit ça qu’il tire sur elle. Non, ce mec est d’une rare mauvaise foi. Franchement, bon débarras! (au moins pour les présidentielles).
Quant à Canto, c’était certes une grande gueule mais un sacré joueur! Ce mec avait un vrai talent. Il créait. Jospin n’a rien de ça
Christophe
Le retrait de Jospin n’a rien de définitif. Si les Français veulent qu’il revienne, il reviendra.
Eric,
Mais le veulent-ils seulement? J’en doute fortement… au moins au jour d’aujourd’hui.
Christophe
Le 21 avril, si on vous suit, la France démocrate attendait le discours de Jospin, qu’elle venait de rejeter et qu’elle “avait oublié, rayé de sa mémoire” … discours absolument crucial pour la convaincre de ne pas voter Le Pen, qu’elle avait préféré.
Et du point de vue socialiste, Jospin est responsable de la défaite des présidentielles parce qu’il était là et responsable de celle des législatives parce qu’il n’était pas là.
Et dans le discours, dans les comparaisons avec la crise militaire … on oscille toujours entre le fait de lui reprocher d’avoir pris ses responsabilités ou de lui reprocher de ne pas les avoir prises.
Tout ça me semble relever vraiment de l’irrationnel.
Quand il craint de diviser avec 16% des voix potentielles (s’il était si inoffensif, pourquoi avoir menacé de manifester à son domicile, pourquoi ces tribunes et atermoiements des dirigeants socialistes contre sa candidature ?), vous trouverez que le “raisonement” est ahurissant, et ous enchainez sur le “seigneur”, le “rêve” … ça oui on a l’impression d’être en plein raisonnement, moi j’aurais plutôt l’impression qu’on est en plein irrationnel … mais non, totu s’explique, d’après votre dernière phrase, j’ai un QI d’huïtre, tout s’explique alors.
Mon opinion d’huïtre, c’est que Jospin a très (trop ?) bien réussi en s’attribuant personnellement la défaite, et que ça a arrangé tout le monde au PS, les autres dirigeants blanchis (Camba, Mosco, Fabius, Hollande…) comme les “supporters” qui ont souffert et qui se sont trouvés une poupée pour piquer les aiguilles pour se calmer.
Mais que son absence de retour, d’analyse publique de l’événement avant cette année a eu aussi l’inconvénient de tourner le 21 avril en névrose au sein du PS.
En fait, Jospin a commis une erreur psychologique vis-à-vis des militants, même si son comportement s’expliquait complètement du point de vue politique.
Quant à sa possibilité de candidature récente, elle s’expliquait aussi : il était le challenger numéro 1 (ne serait-ce que d’après les sondages et ç en juger par le soulagement de certains) d’une candidate qui occasionne beaucoup de résistances au sein du PS par ses méthodes”atypiques”. Et il y a un an, Hollande lui avait demandé de se tenir prêt. MAis il est devenu évident que comme votre réaction et bien d’autres le prouvent, Jospin entraine aujourd’hui des réactions trop irrationnelles : il est devenu impossible pour beaucoup de l’entendre tenir des raisonnements alors qu’il incarne pour eux une figure irrationnelle. Comme la principale candidate entraine elle-même une multitude de réactions très irrationnelles, leur confrontation aurait tourné en un clash dramatique dont un parti politique n’a pas besoin (de même que si Hollande était candidat contre sa compagne) : l’appel de certains à manifester contre sa candidature devant son domicile en est la meilleure preuve. Là encore rationnellement il a eu raison de ne pas se présenter.
Duong,
si je vous suit bien, il faudrait voir dans le départ de Jospin un geste noble, digne d’un grand chef d’Etat en puissance? Ceci est absurde. Je repose ma question: que ferions-nous d’un président susceptible de se barrer de la scène politique et d e planter tout le monde sur un coup de sang. Désolé, mais cela n’a rien de rassurant.
Sur le front républicain entre les deux tours, oui les autres leaders de gauche ont eu ce courage d’appeler à voter Chirac. Cela n’a, je pense, pas été évident pour eux. Mais ils l’ont fait pour que les Français de gauche comme de droite réalisent bien l’enjeu du moment. Nul ne demandais à jospin de prendre la tête du mouvement anti FN mais au moins de dire “ok, j’ai perdu, mais là il y a bien pire que mon propre sort en jeu”. Après qu’il aille sur l’île de Ré, peu importe, c’est son droit. Mais au moins aurait-il pu partir la tête haute. C’eut été un minimum pour un homme qui briguait l’Elysée. Vous trouvez le comportement politique de Jospin explicable du point de vue politique. Je le trouve pour ma part totalement irresponsable et médiocre du point de vue citoyen et républicain. C’est un point de désaccord entre nous.
Sur le retour de Jospin. Merveilleux, le fuyard va sauver la France! Non mais se fiche de qui. Aurait-il seulement tenté un retour si Ségolène Royal (dont il est loin d’être l’un des plus fervents partisans) n’avait pas surfé en tête des sondages? J’en doute. Maintenant, tout est possible. Mais qu’avait Jospin à nous proposer? Une grande expérience politique sur le plan européen? Forcément, le traité de Nice fut un beau succès! Sur la scène internationale? Souvenez-vous de ses sorties au Proche-Orient…
Quant à l’appel à manifester devant son domicile, je partage votre avis: c’est très con et absurde. Maintenant, si le PS n’en est que là, c’est à pleurer et du pain béni pour ses opposants, au premier rang desquels l’extrême droite. Le Pen au second tour des présidentielles 2007? J’y crois, malheureusement. Au moins temps que les socialistes n’auront pas cessé leurs batailles d’égo, et n’auront un(e) candidat(e) à même de proposer une vision pour la France. Cela me désole mais, pour l’heure, cette vision s’arrête à celle d’une cour d’école et Jospin n’y est pas non plus pour rien.
Christophe
Le retrait de Jospin au soir du 22 Avril ne pas pas choqué, il m’a paru tirer les conséquences de sa défaite.Pour moi c’est respectable. Mais ce que je ne respecte pas c’est ce besoin de retour considérant que les candidats ne sont pas à la hauteur. Alors qu’il nous avait annoncé en 2002 que son programme n’etait pas socialiste!!! Pour moi c’est une page qui se tourne (son nouveau retrait) que les socialistes soient capables d’en ouvrir une nouvelles!
Michel,
“Pour moi c’est une page qui se tourne (son nouveau retrait) que les socialistes soient capables d’en ouvrir une nouvelles!”
Entièrement d’accord!
Christophe
Je n’ai pas parlé de geste “noble” ou quoi que ce soit : ce genre de vocabulaire relève encore de l’irrationnel.
C’était un geste politique. Il avait subi une lourde défaite, qui manifestement consacrait le rejet par les Français de sa personne et de son bilan. Il n’avait donc plus à exercer de fonction politique ce jour-là. Et surtout pas à mener le PS à la législative, où il pouvait sans doute être mieux conduit par un autre. A partir du moment où la défaite était considérée comme personnelle, le parti socialiste pouvait partir pour les batailles suivantes, et notamment pour les législatives, en étant relativement “blanchi”. D’ailleurs, ça se passe comme ça dans la plupart des démocraties modernes : le leader battu cède sa place à un autre.
Cela pour la critique que je persiste à trouver irrationnelle.
Après, là où Jospin peut vraiment être critiqué, c’est dans la possibilité de candidature qu’il a évoquée cette année. Dans une démocratie moderne, ça n’était pas la place d’un ancien dirigeant de reconduire son parti à la bataille. Seulement, le fait est que d’un point de vue politique :
- Jospin est toujours derrière Royal le responsable socialiste qui jouit du plus fort crédit politique. Déjà deux présidents ont été élus après deux défaites, et De Gaulle a eu une traversée du désert de 12 ans. D’un point de vue politique, sa candidature pouvait tout à fait avoir un intérêt pour le PS. D’ailleurs, Hollande le lui avait parait-il évoqué il y a un an. De plus, le bilan assez médiocre du dernier quinquennat a redoré le blason du quinquennat précédent : “globalement positif” dans l’ensemble. Face à Sarkozy, ça pouvait être un point d’appui.
- toujours d’un point de vue politique, si Jospin a envisagé sérieusement sa candidature bien que ses déclarations de juin n’aient pas soulevé l’enthousiasme, il semble bien que ça soit pour s’opposer à Ségolène Royal. Le fait est que Ségolène Royal engendre un rejet assez fort de la part d’un grand nombre de socialistes, certes minoritaires pour l’instant. Pour un tas de raisons, la principale étant que sa candidature semble s’inscrire dans le cadre d’une évolution démocratique “à l’américaine” du parti socialiste (voir cette excellente tribune de Jean-Jacques Urvoas - qui ne soutenait pas Jospin, mais DSK- : http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/206710.FR.php ). Tout ça ne se passe pas sans heurts. Jospin n’a pas cette conception de la démocratie, et il est loin d’être le seul au sein du PS et parmi ceux qui s’intéressent à la politique. Beaucoup vivent la candidature Royal comme un danger pour le PS et pour le pays. Ils ont le droit de le penser, et le droit de penser qu’il fallait quelqu’un pour s’y opposer. Jospin pouvait apparaitre comme le meilleur pour cela … et aussi pour être président.
Mais il ne l’était pas justement parce que Jospin lui-même engendre trop de réactions irrationnelles et extrêmes, suite au drame du 21 avril (un drame réel, le drame étant la présence de Le Pen au 2e tour et la défaite du candidat PS et premier-ministre en exercice au premier tour, et non pas le “retrait de la vie politique” de Jospin qui n’est qu’un épiphénomène en regard de l’événement).
Le PS a besoin d’un débat rationnel, calme et serein.
Jospin lui-même a tenu des propos très rationnels et pour beaucoup, lucides et pertinents, depuis son retour, mais il a suscité des réactions irrationnelles.
Il valait donc mieux qu’il ne se présente pas pour que la raison revienne, et que les divisions fassent place à des divergences plus politiques.
Tout ça est parfaitement rationnel, même si les événements se sont passés de façon assez dramatique.
Il n’est pas question de “noblesse” là-dedans, il est question de politique, et la politique devrait à mon avis être plus rationnelle. Malheureusement en France, le fait est que les présidentielles ont souvent consacré des émotions peu rationnelles et des “personnages de roman” d’une grande ambition comme Mitterrand et Chirac. Ca peut donner un sentiment de “noblesse”, mais quand on creuse un peu, la noblesse d’un Mitterrand par exemple a des côtés bien sales. En fait, la France garde une grande nostalgie de son passé monarchique.
Cela dit, pour moi Jospin a au moins commis deux grosses erreurs :
- une erreur politique en inversant le calendrier de la législative et de la présidentielle, une erreur qui plombe encore aujourd’hui le débat politique.
- une erreur psychologique en ne revenant pas plus tôt sur la défaite de 2002 dans les détails : sans doute le mieux aurait été avant le congrès de Dijon en 2003 (mais sûrement pas avant la législative !).
Mais ce serait mieux qu’on le regarde avec un oeil plus rationnel, car malgré les émotions engendrées par le débat politique, un dirigeant politique se doit d’agir rationnellement pour agir juste.
Mr Jospin :
- a mené la réforme des 35 Heures sans la coupler à celle des retraites
- a participé à la mise en place de la stratégie de Lisbonne
- a mené une campagne présidentielle sans parler aux ouvriers pour mener l’extrême droite au second tour
- a publié une tribune pour le Oui au TCE dans le Nouvel Obs (journal gauchiste s’il en est)
- a inversé le calendrier électoral, soi-disant pour gagner les présidentielles
- a voulu revenir pour se rendre “utile” au PS et est reparti quelques semaines plus tard
Avec un flair politique pareil, je crains qu’il ne soit encore capable d’intervenir dans la campagne présidentielle pour permettre à Sark… de l’emporter.
Coupler la réforme des 35 heures avec celle des retraites ?
Vous n’avez pas plus “usine à gaz” ?
Depuis le temps qu’on nous ressasse cette analyse, pourquoi la droite a-t-elle eu autant de voix aux legislatives ?
ce qui m’a le plus choqué chez Jospin, c’est son refus d’auto-critique sur son époque “premier ministre”. Il a même dit “ce n’est pas dans ma culture,” (l’autocritique). Je suppose que dans sa tête son échec n’a été que “tactique” et pas “politique” au sens noble du mot !
En fait, il a surtout payé son mépris du “peuple” (genre : “l’état ne peut pas tout” en face de gens mis au chômage ! - et peut-être aussi son acceptation de la cohabitation qui est une erreur en soi ! (on se prend à regretter la dignité du Général, qui a sur démissionner, lui ! )