Peut-on encore critiquer les questions débiles de “Libération”?
par Sébastien Fontenelle, 30 September 2006
Ce matin, “Libé” (30 septembre 2006) lance, à la une, au nom, cela va de soi, de la “liberté d’expression”, l’un de ces vrais-faux débats dont la presse raffole, et dont le seul énoncé induit généralement que la réponse majoritaire sera, si tout se passe bien, négative: “Peut-on encore critiquer l’islam?” (Il est sidérant de (faire semblant de se) poser une telle question, en 2006, dans un pays qui a vu naître et penser Claude Imbert.)
La réponse est: Oui. “On” peut. Et d’ailleurs “on” ne s’en prive pas (du tout).
La critique de l’islam est devenue, en l’espace de quelques années, une discipline médiatique à part entière, au même titre, disons, et dans les mêmes proportions, que le commentaire sportif. (Il est, par exemple, scientifiquement prouvé qu’on trouve plus de critiques de l’islam que de critiques du libéralisme (ou du ministre français de la police) dans les JT de France 2.)
Mais surtout, la critique de l’islam s’exprime désormais sans trop d’inhibition(s). Rappelez-vous: “Je me sens un peu islamophobe” (Claude Imbert, éditorialiste décomplexé). “L’islam est vraiment la religion la plus con” (Michel H., romancier maudit chez Lagardère). “Les musulmans se reproduisent comme des rats” (Oriana Fallaci, journaliste décédée, longuement applaudie en son temps par un “philosophe” et un “politologue” de renom).
Et ainsi de suite.
“On” critique tous les jours l’islam, et cette critique emprunte souvent la forme, (plus ou moins) assumée, de vigoureuses diatribes racistes - généralement présentées comme autant de manifestations d’une pensée iconoclaste enfin libérée des tristes pesanteurs du “politiquement correct”.
Il est donc ahurissant qu’un journal ose aujourd’hui (se) demander si on peut encore critiquer l’islam, quand cette critique s’étale partout, quotidiennement, sous la forme d’une répugnante mixture où des cuistots de la haine touillent sans désemparer de gros morceaux de musulmans (des banlieues et des champs), pour épicer leurs cubes de bouillon Ben Laden.
Ce brouet porte un nom, qui se trouve à la page 1408 du “Petit Robert” (2006): “Islamophobie”. Définition: “Forme particulière de racisme dirigé contre l’islam et les musulmans, qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins”.
Ca fait grosso modo cinq ans, depuis le “11/9″, qu’une parole islamophobe se libère, chez nous, dans une relative indifférence.
Dans le même temps, et sous le même prétexte scélérat de “briser des tabous”, une parole antisémite se libère aussi - voir ce qui se passe du côté de tel ancien humoriste reconverti dans l’ignominie.
Mais plus personne, ou presque, ne juge vraiment utile de rappeler que ces deux infections, l’antisémitisme et l’islamophobie, sont deux manifestations d’une même vieille pathologie.
C’est pas joli, joli.
C’est même franchement terrifiant.
Alors au lieu de poser des questions dont la réponse est à la portée du premier téléspectateur venu, “Libé” ferait mieux de se demander à qui profite, finalement, cette multiplication des haines et des prétendus “chocs des civilisations”…
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