Négationnisme religieux
par Adam Kesher, 2 October 2006

Mais que f…ait donc Victor Hugo à la une du journal truc Radikal, le 25 août dernier ?
La réponse est ici ou là (pages en anglais, trouvé aucune info sur ce sujet en français).
Une maison d’édition islamique turque a republié une centaine de classiques étudiés à l’école comme Pinocchio ou Heidi, avec la bonne idée d’islamiser toutes les références à la religion contenues dans ces ouvrages. Ainsi Pinocchio s’exclame-t-il désormais « par Allah, je suis un vrai garçon » à la fin de ses aventures… Ainsi d’Artagnan apprend-il désormais qu’Aramis s’est converti à l’Islam après avoir guéri de sa maladie…
Désormais ? Pas sûr quand même, car même si le gouvernement turc actuel ne s’inscrit pas, si on peut le dire ainsi, dans la plus pure tradition laïque du pays, il s’était aussitôt élevé contre la pratique en question qui semblait bien être une initiative de la maison d’édition. Depuis, je ne sais pas où on en est : si les bouquins sont allés au pilon, dans les classes ou ailleurs. (Toutes infos bienvenues…)
Dérive isolée ou symbolique des luttes d’influence religieuses du XXIème siècle ? Je n’ai pas envie d’y voir un épiphénomène. Il s’agit tout simplement de négationnisme religieux.
Si la nationalisation des noms a longtemps été la pratique ici ou ailleurs (Christophe Colomb, Léonard de Vinci : gamin, je pensais qu’ils étaient Français), et si elle était loin d’être adroite, il me semble qu’on est dans un tout autre registre quand Tom Sawyer se met à faire référence à Mahomet. On serait plutôt proches, voire très proches de « 1984 » (1).
La connaissance de l’autre est la clé de la tolérance. La connaissance de l’autre peut avancer avec la circulation de l’information, le brassage des cultures, avec le tourisme… Mais elle recule quand certains refusent d’adopter le point de vue de l’autre, ne serait-ce que pour le comprendre.
La négation de l’autre, utilisée pour asseoir la domination d’un courant de pensée ou d’une religion, est plus qu’un signe de décadence. Elle est un aveu de faiblesse : on veut imposer son point de vue en en faisant le point de vue unique et non pas en démontrant en quoi il s’impose aux autres points de vue existants.
Ce négationnisme ouvres les portes de la haine. Il ne doit pas seulement être énoncé mais aussi dénoncé.
(1) « A partir de ce moment, la guerre, pour ainsi dire, n’avait jamais cessé, mais, à proprement parler, ce n’était pas toujours la même guerre (…) Retrouver l’histoire de toute la période, dire qui combattait contre qui à un moment donné était absolument impossible. Tous les rapports écrits ou oraux ne faisaient jamais allusion qu’à l’événement actuel. En ce moment par exemple, en 1984 (si c’était bien 1984) l’Océania était alliée à l’Estasia et en guerre avec l’Eurasia. Dans aucune émission publique ou privée il n’était admis que les trois puissances avaient été, à une autre époque, groupées différemment. Winston savait fort bien qu’il y avait seulement quatre ans, l’Océania était en guerre avec l’Estasia et alliée à l’Eurasia. (…) Officiellement, le changement de partenaires n’avait jamais eu lieu. L’Océania était en guerre avec l’Eurasia. L’Océania avait, par conséquent, toujours été en guerre avec l’Eurasia. L’ennmi du moment représentait toujours le mal absolu et il s’ensuivait qu’aucune entente passée ou future avec lui n’était possible »George Orwell, 1984, chapitre III.
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Sur le même sujet:
http://www.turkishdailynews.com.tr/article.php?enewsid=52523
Christophe
Top, je linke, merci.
A noter que cette affaire a fait l’objet de questions au gouvernement, lors d’une session du parlement turque, et que d’autre part le premier ministre Erdogan a demandé à son ministre de l’Education d’engager des actions en justice contre les maisons d’édition qui ont publié ces versions islamisées de grands classiques européens. (c’est dans l’article du Turkish daily news).
Il s’agit donc manifestement d’une intiative isolée, doublée d’une négligence d’Etat (qui n’a pas vérifié les contenus). Pas d’une volonté de l’état turc, d’ailleurs laic, de réécrire les grands classiques à la sauce musulmane.
Bien d’accord pour dénoncer ce genre d’abus, mais attention aux amalgames qui nourrissent les extrêmistes de l’autre bord et mènent tout droit à l’affrontement des civilisations.
Tu le dis mieux que moi !
;-)
Et la liberté d’expression dans tout ça? Ce qu’a fait cette maison d’édition turque ne mérite sans doute pas le prix Nobel du dialogue interculturel, mais cela me semble tout de même très en-deçà de certaines déclarations papales ou “philosophiques” récentes… Ou la liberté d’expression serait-elle plus absolue à l’encontre de l’islam que dans d’autres cas de figure? Je suis sidéré de voir relater avec flegme des dépêches indiquant que le gouvernement turc entame des poursuites judiciaires pour ce qui constitue un pastiche littéraire, contestable mais exempt d’appel à la violence ou à la haine raciale pour autant qu’on puisse en juger, alors que la liberté d’expression de caricaturistes danois et de profs de philo de Haute-Garonne semble sacrée…
PS: sans rancune, car j’apprécie pour le reste ce blog collectif qui fait un peu contrepoids à la tendance plutôt droitière des autres blogs d’actus politiques français…
“Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d’un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies.”
(Mustapha Kémal Atatürk / 1881-1938)
Pas qu’ Ataturk soit un exemple si recommendable, mais pour illustrer que la Turquie a une histoire de laicité à peine plus courte que la notre ….
“Mon plus grand chagrin est qu’il n’existe réellement pas de Dieu et de me voir privé, par là, du plaisir de l’insulter plus positivement.”
(Domitien Alphonse François, Marquis de Sade / 1740-1814)
le terme ‘negationnisme religieux'’ me semble innaproprié ou abusif
je dirais plutot embrigadement
ce sont des oeuvres de fiction
bien sur il est intolérable que ces bouquins soient édités ainsi pour un usage scolaire
c’est le seul hic à mon sens,
bien que profondément agnostique,
ça ne me gene absolument pas que pinocchio invoque allah ou boudha, selon le contexte on peut effectivement y voir un pastiche
MAIS c’est en turquie, MAIS c’est à usage scolaire, ça ressemble bien à de la propagande religieuse, plutot qu’à du négationNsime, meme si pinocchio est de facto né dans un pays catho…
la libre expression doit être à double sens,
si l’on peut couper la tete à allah dans un opéra, on peut faire dire à pinoncchio ‘ allah’ au lieu de ‘my god’ la libre interprétation des oeuvres classiques ne doit pas être remise en cause dans le civil
Pas de quoi foueter un néo-con, selon moi… J’imagine difficilement une traduction d’ouvrages étrangers qui soit réellement une négation de l’autre….?!
Dites-moi : s’ils traduisent La Religieuse de Direrot ou les lettres persannes de la même manière, ça risquerait plutôt de vexer les conservateurs turcs, non ?
Je ne sais pas si liberté d’expression signifie liberté de transformer une oeuvre littéraire… L’intérêt de ces oeuvres étant notamment de témoigner d’une certaine culture, c’est bien d’une négation de cette culture qu’il s’agit.
Et ce, au-delà même de l’embrigadement qui est bien un objectif dans ce cas précis (embrigadement peut-être effectivement mieux approprié que négationnisme, ça me fait réfléchir).
PS pour Ibn Kafka : pour moi les caricatures danoises ou Redeker participent largement de cette ignorance de l’autre qu’il faut dénoncer.
la montée des religions, monothéistes particulièrement, est effrayante.
on a l’impression d’assister à une espèce de concours dont l’objectif serait de remplir ses propres lieux de cultes et augmenter les nombre de ses fidèles.
pour cela tous les moyens sont bons.
proséytisme, dénigrement des autres, attaques plus ou moins sournoises (voir le pape) et pire encore.
cette initiative d’une maison d’édition turque est symptomatique, d’un côté on peut penser: tant mieux, c’est un moyen de faire lire des classiques occidentaux
MAIS de l’autre, c’est donner aux enfants qui liront ces ouvrages une image de l’europe complétement fausse, puisque probablement on ne leur explique pas (ou si?) que les références religieuses ont été changées;
donc les petits turcs pourraient fort bien imaginer Alexandre Dumas musulman
et Heidi sautillant dans les montagnes en burqua
en même temps c’est rigolo!
l’une des différences entre la turquie ( et les 3 mousquetaires ) et les USA et certains coins de notre vieille europe c’est qu’en turquie il y a réaction de l’état …
on peut en “occident” enseigner sans probléme que le monde a 6000 ans, qu’il a été créé en 6 jours etc … sans que les états réagissent, parfois même comme chez Deubeuliou avec le soutien de l’état …
Pour Céleste : oui on peut penser que c’est un moyen de faire lire les classiques occidentaux. Mais ça, c’est l’Etat turc qui l’avait voulu en faisant cette liste de 100 classiques. Pas les maisons d’édition.
En fait la maison d’édition (techniquement, elles sont plusieurs, mais il y en a une qui semble éditer la grande majorité des 100 bouquins en question) a réagi à cette “occidentalisation” de l’école en modifiant les références religieuses. C’est donc clairement une manoeuvre. Conne, d’ailleurs.
N’assiste t-on pas à la naissance d’un faux débat ? Car, pour un chrétien arabe, libanais par exemple, Dieu se dit Allah. Donc ne pas traduire Allah par Dieu, là est peut-être la manipulation.
@Adam kesher
oui, conne!
c’est probablement le meilleur adjectif à utiliser
Denis : il n’y a pas que des “par Allah”. Ca, je trouve que ça passe encore à peu près, mais quand d’Artagnan croise des religieuses qui lui disent qu’il ne peut pas aller voir Aramis qui vient de se convertir à l’Islam… Ca devient gros. On ne peut pas arguer que religion se dit “Islam”. Non ?
peut etre devrait on avant de se positionner pour la liberté ou le non droit de revisiter les oeuvres litteraires, se battre pour pouvoir S’EXPRIMER LIBREMENT , c’est à mon avis un devoir préalable
parce que oui, c’est une urgence et je m’étonne que cela ne soit pas prioritaire dans votre milieu journalistique, après avoir épluché le net et les médias depuis qq jours
pq pas un billet sur l’opéra de berlin déprogrammé ?
je viens de faire un billet sur le sujet, alors que je sais que, de ma part,comme pisser dans un violon, mais ça m’énerve grave de voir qu’ici on se lamente de savoir pendant ce temps si aramis se convertit à l’islam
je ne dispas que ce n’est pas éloquent et inquiétant, mais sans liberté d’expression préalble , vous en pourrez meme pas combattre cela
Adam Kesher: merci de la précision re Redeker & cie.
lesyeux: sur la liberté d’expression, elle semble vraiment intéresser et mobiliser certains lorsque cette liberté permet de critiquer l’islam (pour Redeker, il s’agit plutôt de tenir des propos racistes et essentialistes à l’encontre des musulmans, chose qui ne mérite certes pas des menaces de mort). Pourquoi pas, mais je dois avouer mon incompréhension face à l’absence de mobilisation pour la liberté d’expression lorsque sont menacés, voire emprisonnés (je pense à la vieille crapule négationniste David Irving, condalmné à de la prison ferme en Autriche pour ses opinions) des personnes tenant des propos jugés, souvent à raison, répréhensibles.
Il me paraît difficilement soutenable de sérier la liberté d’expression, valable pour les seules personnes professant certaines opinions (la critique de l’islam et des musulmans), et la refuser dans d’autres cas uniquement en raison de la cible différente de ces opinions (car, à vrai dire, la cible du ressentiment mis à part, y a-t-il une différence fondamentale entre les opinions respectives de Redeker et de Dieudonné?). Ce serait là de l’hypocrisie, et je vois mal comment la liberté d’expression peut se déployer dans un tel contexte.
Je dois dire que les engouements à éclipses pour la liberté d’expression me semblent légérement hypocrites, et je préfère mille fois la cohérence d’un Noam Chomsky, qui se réclame là à juste titre de l’héritage étatsunien d’une liberté d’expression absolue (contrairement à la France, vous n’y risquez pas une condamnation pénale en sifflant l’hymne national).
Lesyeux : tu poses une question sur la ligne rédactionnelle d’un LMC.
A mon sens nous restons un blog et pas un média. Il est juste de dire que si on traite d’Aramis en Turquie, il faut traiter encore plus en profondeur l’affaire Redeker ou celle de l’opéra de Berlin. Mais nous n’avons pas de conférences de rédactions pour décider des sujets à traiter, parce que nous ne sommes pas un média (au sens “organisé” en tout cas).
Les billets tombent en fonction des centres d’intérêt et de la disponibilité (très variable) des auteurs, du coup nous ne pouvons pas prétendre à être exemplaires dans nos choix rédactionnels même si ce que nous traitons, nous nous efforçons de bien le traiter.
(par ailleurs, cette affaire turque n’avait pas du tout été traitée en France jusqu’à présent, quand même, mince
)
Ibn Kafka : c’est sûr qu’il ne peut pas y avoir de liberté d’expression à géométrie variable, et que dans un passé récent elle a surtout été brandie pour défendre des comportements islamophobes ou provocateurs… Mais être pour la liberté d’expression ne doit pas empêcher d’être responsable dans ses prises de parole…
j’espère avoir” le retour d’un” de mes lecteurs musulman sur cette libre expression puisqu’il m’interoge du canada sur cette affaire redeker
@ adam kesher : oui je ne fustige pas votre choix du billet en question, je déplore simplement ici et chez moi le très faible audiogramme (quasiment plat) pour défendre la liberté d’expression en france
comment admettre que l’on ne puisse plus s’opposer ? dire ? écrire ?du débat des idées nait l’espoir de l’entente
sur agoravox un intervenant sur un article sur la question ose meme dire ‘il n’y a pas censure puisque ce prof a pu publier ses propos”
que fait-il des menaces de mort , de la suspension de son activité , de ses planques? de sa protection ? ça n el gene pas, puisqu’il dit qu’il doit assumer ses propos
ou va-t-on ?
Je suis déçue que le Monde citoyen, que dans mon enthousiasme, j’avais mis en lien sur mon blog, publie un billet de ce style. Je rejoins Denis sur un point : dieu se dit effectivement allah en arabe. Et même si Aramis se convertit à l’Islam (ce qui reste prouver, il serait intéressant de savoir quel est le mot utilisé) je ne trouve pas que l’on puisse parler d’un “négationnisme religieux”, terme fort s’il en est. Même si l’on ne peut évidemment approuver le manque de rigueur dans la traduction.
Etrangère, si tu lis l’anglais clique sur le deuxième lien en début d’article (Turkish Daily News), c’est plus précis sur les faits. Je me fatigue à expliquer sur mon blog comme ici qu’il ne s’agit pas que d’une traduction du mot Dieu. Pourquoi le gouvernement et les médias turcs se seraient-ils emportés immédiatement s’il n’avait été question que de ça ? Il est question d’insertion de références musulmanes dans des oeuvres dont le contexte n’est pas musulman. Parfois, c’est la traduction de l’original, parfois, on ajoute des références qui ne sont pas dans l’original. Ca ne change rien pour toi ?
J’ajouterai, à la suite d’étrangère, que parler de “négationnisme religieux” est d’autant plus malvenu que la Turquie promeut un réel négationnisme d’état, depuis sa fondation, celui du génocide des Arméniens sur lequel la Turquie “moderne”, désislamisée, désarabisée, désorientalisée, laïque, pro-occidentale, membre de l’OTAN, soutien d’Israël s’est fondée. Ce vrai négationnisme envoie en prison, et fait peser une chappe de plomb sur toute personne essayant simplement d’admettre que, oui, 1,5 millions d’Arméniens, femmes, enfants, sont morts sur les routes de Turquie, au nom d’un idéal ethnique (la race turque) et non d’un idéal religieux (les Kurdes sont pourchassés pour les mêmes raisons, et ils sont pourtant musulmans). Que je sache, Aramis n’a pas “vraiment” existé, c’est un personnage de fiction, de même que Pinnochio, de même que tous les livres ainsi traduits. De plus, pourquoi ces traductions seraient plus critiquables que les massacres permanents que les studio Walt Disney font subir à TOUS les chef-d’oeuvres de la littératures mondiales qu’ils adaptent? Combien d’enfants savent que la “petite sirène” n’est pas vraiment un emballage de produits MC do, et que c’est avant tout un sublime roman d’Andersen ? (idem pour Charles Perraut, que le père Walt a pillé et massacré). Quand on connaît le désert culturel dans lequel baigne les enfants américains, je suis content que les enfants turcs lisent du Victor Hugo, de l’Alexandre Dumas et du Carlo Collodi, de son vrai nom Carlo Lorenzini, l’auteur de Pinnochio. Qui sait d’ailleurs que ce roman, écrit dans les années 1890 (de mémoire, hein !) visait à édifier la jeunesse transalpine dans un culte à la fois de la nation italienne (l’unification était toute récente !) et des valeurs les plus conformistes (à l’image, en France, du “Tour de la France par deux enfants” de G. Bruno, qui visait à entretenir l’esprit de revanche face à l’annexion de l’Alsace-Lorraine par la Prusse, entre autre). J’arrête là…
Mouais. Evidemment il y a une part de provocation dans l’utilisation du terme négationnisme. Si on se réfère au négationnisme historique, évidemment on n’est pas dans le même registre puisqu’il s’agit de fiction. Mais en modifiant ou ajoutant des références islamiques absentes au départ et tendant à faire croire (à des gamins) que le monde entier est musulman, on est bien dans une forme de négation : la négation culturelle, de la diversité, des autres religions etc. Le terme “négationnisme culturel” vous plaît-il davantage ???
D’autre part le sujet n’est pas de faire le procès de la Turquie en tant qu’Etat. Le génocide arménien n’a rien à voir là-dedans. L’article ne nie pas ce génocide, ne le cache pas, n’en parle pas : c’est un tout autre sujet !
Je ne vous fais aucun procès, et je me doute bien que vous ne niez pas le génocide arménien ! De plus, je ne faisais pas le procès de la Turquie moderne, ce n’était pas mon propos. Le terme “négationnisme culturel” ne me satisfait pas davantage, car il est d’une violence extrême, pour une affaire qui me rappelle plutôt la “politique culturelle” de Walt Disney. Par contre, il est vrai que la Turquie moderne s’est construite sur un refoulement culturel de grande ampleur, celui de la culture arabe et islamique : l’alphabet arabe a été remplacé par décret par l’alphabet latin, et la langue turque elle-même a été expurgée de milliers de mots d’origine arabe. Ce fait, en France, est d’ailleurs toujours loué quand il n’est pas passé sous silence, alors que, pour le coup, le traumatisme fut pour le moins violent (imaginons la langue française écrite en arabe du jour au lendemain, et expurgée des mots d’origine germanique ?). En fait, je ne comprend pas cette indignation, et me fiche que certains enfants turcs croient qu’Aramis était musulman (si seulement cela les incitait à lire, au lieu de regarder la télé ! mais j’en doute…).
Je pense que cette histoire a une valeur symbolique. J’ignore ce qui s’est passé après la fin août mais je ne doute pas que l’effet de ces traductions soit très circonscrit. Ce qui m’inquiète, c’est l’intention qu’il y a derrière ça, l’objectif poursuivi par la maison d’édition. Et à mon sens, ce n’est pas parce que l’histoire est symbolique qu’il ne faut pas en parler. Il y a beaucoup de sujets très graves à aborder dans le monde, chacun a la possibilité avec le net de faire oeuvre de vigilance sur des débordements divers et variés. Cet article en est un exemple. J’y utilise des mots forts justement parce que je pense qu’il faut couper court aux débordements à leur source, plutôt que de laisser dire ou laisser faire. Cette négation, cet embrigadement, sont à mon sens très pervers. Et n’empêchent pas de dénoncer par ailleurs Disney, dont je ne connais pratiquement pas l’oeuvre, s’il le faut.
Il ne me viendrait pas à l’idée de “dénoncer” Disney, dont je me fiche AUSSI. Ce qui m’inquiète, moi, c’est l’intention qu’il y a derrière cette “info” et ceux qui la relaie, c’est l’objectif poursuivi par la mise en circulation de ce genre d’événements, effectivement très circonscrits. Touche après touche, pierre après pierre, l’idée que les musulmans sont des ennemis (de la liberté ? des femmes ? des enfants ? de la culture ? de nos valeurs ? de la civilisation ?) devient de plus en plus une vérité établie, indiscutable. Pour revenir au sujet, on publie en France, à destination des enfants, un très grand nombre de classiques expurgés de nombreux passages (”choquants”, ou “ennuyeux”, et personne ne “dénonce” ce phénomène. Je suis pourtant persuadé que ces jeunes lecteurs croient vraiment avoir lu l’oeuvre originale, alors qu’ils n’en ont lu que le tiers, voire moins. Est-ce pour autant du “négationnisme culturel” ? L’édition pour enfant est coutumière de ce genre de phénomène, et depuis longtemps ! Cf la mythologie gréco-latine, systématiquement christianisée depuis Constantin jusqu’à nos jours, compilée en “digest” indigestes, et expurgés de toute références sexuelles. Cf aussi Platon, dont les ouvrages, par exemple le Banquet, pourtant de véritables odes à l’homosexualité (cf aussi l’Alcibiade), sont étudiés dans les classes de philosophie de terminales comme des éloges de l’Amour…de Dieu !
@ prof : oui vos remarques me semblent justes
tjs une question d’époque d’ailleurs, comme si tout ce qui se fait et se dit dans la culture musulmane donnait écho à ce qui s e faisait et se disait au temps où la relgion catholique régissait la vie et la société de notre culture
duel anachronique finalement
et c’est interessant de réfléchir à cette image désormais ancrée ds les esprits : l’islam est méchant, l’islam est l’ennemi….
ça démontre bien les amalgames faits
l’islam n’est pas plus méchante qu’une autre religion
le problème du choc de l’islam dans notre culture est plus un choc anachronique
la séparation de l’église et de l’état ici, depuis longtemps, a changé les mentalités ds notre culture
or d ans le s pays musulmans on pense, on légifère encore, avec et par la religion
comment voulez vous qu’il y ait une compréhension ou une tolérance naturelles
sur le billet que j’ai fait sur la fatwa de la liberté d’expression, un musulman s’exprime
interressant témoignage auquel d’ailleurs on ne donne jamais laparole ds les médias : tjs relayer la haine , jamais la tolérance, ça aide à stigmatiser la violence de cette religion
ce musluman fait un zoom sur la position de force et de ‘dominance’ de la religion catholique, ce en quoi elle apaise ses fidèles et les rend fort, les rend aussi plus aptes à recevoir et entendre les critiques
la religion musulmane assimilée systématiquement à la violence est plus suseptible donc, en position de faiblesse, tjs attaquée et injustement assimilée à l’intergrisme musulman, elle régit epidemiquement aux attaques, sans que cela soit justifiable d’ailleurs
c’est s implement, peut etre, une des raisons pour laquelle, elle est si réactive
Les chrétiens arabophones disent « Allah » quand ils parlent de Dieu.
Pour toutes les références superficielles du genre « par Dieu/Allah, je suis un vrai garçon », je ne sais pas comment c’était traduit en turc avant cette « initiative », et je subodore que tu ne le sais pas non plus. Faut de le savoir, tu aurais pu prendre le temps de te renseigner, il y a suffisament de turcophones en France pour que ça ne soit pas trop dur.
« Négationnisme » est un terme qui s’applique à la négation de faits historiques, généralement de crimes contre l’humanité. Il y a un négationnisme en Turquie, c’est celui du génocide des Arméniens.
« Négationnisme religieux » est une formule spectaculaire mais creuse.
Ce billet serait sympa sur un blog personnel, mais sur un site qui affiche les ambitions qui sont celles du Monde Citoyen, c’est très faiblard. La tenue graphique globale du site est faiblarde aussi, pourtant il y a des tas de blogueurs dont les sites persos sont bien plus agréables à parcourir… dommage.
Bon, je suppose que certains des commentateurs sur ce billet ne lisent ni les liens indiqués en début d’article et qui relaient les faits (peut-être ne lisent-ils pas l’anglais), ni les commentaires précédents.
Personne ne conteste que Dieu se dit Allah et tout le monde semble se fiche que des références soient modifiées ou ajoutées au mépris de l’oeuvre originale. Je cite le Turkish Daily News :
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In one translation, Geppetto’s little son Pinocchio says �Give me some bread for the sake of Allah,� and gives thanks to �Allah� when he becomes an animated marionette.
In Dumas’ “Three Musketeers,” D’Artagnan while on his way to see Aramis is stopped by an old woman who explains: �You can’t see him right now. He is surrounded by men of religion. He converted to Islam after his illness.�
Eleanor H. Porter’s “Pollyanna” confirms her belief in the Muslim apocalypse, while La Fontaine’s fisherman prays using Muslim terminology to catch more fish.
Spyri’s Swiss orphan Heidi is told by Ms. Sesasman that �praying is relaxing.�
�Invented� phrases employing Muslim terminology were also inserted into classics from masters such as Anton Chekhov and Oscar Wilde.
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C’est une démarche à dénoncer, point. Le gouvernement et les médias turcs ont bondi. Par ailleurs le billet ne dit pas “l’Islam est une plus mauvaise religion que les autres”, que je sache.
Vous pouvez critiquer les termes employés, vous pouvez faire des digressions sur Disney, ou sur les éditions pour enfants de classiques de littéraure en France, sur l’Etat Turc ou sur tout autre chose si vous voulez. Il y a des faits, et pour ce qui me concerne je flippe sur l’intention qu’il y a derrière cette démarche. Je flippe aussi quand je lis Redeker ou quand je vois l’opéra de Berlin annulé, mais ce n’était pas le sujet immédiat…
En lisant le billet d’Adam Kesher je me disais que certains turcs y vont un peu fort dans leur zèle religieux. En lisant certains commentaires je me demande s’il n’est pas finalement interdit, ou au moins mal venu,de critiquer la religion musulmane, certains musulmans, des turcs parce qu’ils sont musulmans. On est loin de la liberté de parole ou de la liberté d’écrire. Si toute critique du monde musulman s’apparente à du racisme on marche un peu sur la tête (je ne fais pas la même lecture qu’Ibn Kafka de l’article de Redeker. Ce dernier s’attaque violemment à l’Islam mais je n’y vois pas de propos racistes car il ne vise pas une ethnie en particulier, il y a des arabes chrétiens, non?). Pour conclure je pense qu’on ferait mieux de s’interroger sur un fait essentiel et dont cette histoire n’est que l’un des aspects, à savoir que la laïcité telle que voulue par Attaturk est mal vécue par beaucoup de turcs, qu’elle est battue en brêche par les religieux qui sont de plus en plus nombreux et actifs, et que pour le moment c’est l’armée qui l’impose encore (par la force?).
@dang :
Le racisme, ce n’est pas s’attaquer à “une ethnie” en particulier, c’est essentialiser une certaine catégorie de personnes réunies selon un critère déterminé : ainsi, touts les membres de cette catégorie auraient le même comportement, qu’il soit perçu de manière positive ou négative. Ainsi, je te rappelle que “les noirs” ne constituent pas une ethnie : c’est une catégorie chromatique (le critère discriminant est une couleur). Dire que “les noirs” dansent bien, qu’ils ont “le rythme dans la peau”, relève du discours raciste (et pourtant, tout le monde aimerait bien savoir danser !). Beaucoup d’ethnies très différentes ont la peau noire. L’antisémitisme s’attaque à une communauté réunie ou définie par une foi religieuse, un attachement à un texte sacré, la Torah (l’Ancien Testament des chrétiens). L’homophobie, elle, s’en prend à un ensemble de personnes réunies par une même pratique sexuelle, et il existe des homosexuels dans toutes “les ethnies”. Si l’on suit ta définition, insulter les noirs, stigmatiser leurs comportement relèverait de la saine critique esthétique, insulter les juifs de la saine critique religieuse, insulter les homosexuels de la saine critique morale. De plus, les vociférations de Ben Laden contre les chrétiens ne seraient pas condamnables, car “ils ne visent pas une ethnie en particulier”. En fait, Ben Laden ne serait pas du tout raciste, car il “s’attaque violemment” aux Américains (composés de nombreuses ethnies, tu en conviendras) et aux sionistes (des membres d’une communauté politique, non d’une ethnie). Cela dit, le discours de Ben Laden est beaucoup plus complexe que celui de Redecker. Ben Laden considèrent que les Américains et les sionistes attaquent les musulmans, sans chercher à en donner une explication autre que l’intéressement (ils veulent nos richesses, ils sont jaloux, etc.). Redecker, lui, considère que les musulmans, DEPUIS L’ORIGINE, attaquent, non simplement les chrétiens, mais LA CIVILISATION, et en a trouvé la cause grâce à une analyse subtile de la doctrine coranique : “Jésus est amour, Mahomet est haine”. TOUS les musulmans, parce que musulmans, sont donc haineux. Il faut donc combattre les musulmans, des porteurs de haine. CQFD. Je ne vois pas en quoi cela constitue une critique. Cela s’appelle tout simplement du racisme, qui essentialise des individus à partir d’un critère religieux, en leur prêtant un comportement unique, irrationnel et violent (en plus d’être cons, ils sont méchants!).
En effet, la laïcité “à la turque” est très mal vécue par la population turque. Ne te demandes-tu pas pourquoi ? La laïcité “à la turque” est basé sur un traumatisme culturel de grande ampleur, qui a substitué à l’idéal multiethnique (et islamique!) du sultanat un idéal racial, basé “sur le sang turc. Par conséquent, les Arméniens ont été génocidés, les Grecs expulsés (ils vivaient pourtant en Asie Mineure depuis au moins 2700 ans, sans interruption!), les Arabes discriminés et les Kurdes combattus (il en vivait des peuples sous le sultanat!).
L’idée qu’un gouvernement impose une idéologie minoritaire grâce à son armée ne te choques pas plus que ça, on dirait. J’ai l’impression d’entendre un stalinien des années 50, heureux que le gouvernement soviétique entrave la liberté religieuse (le progrès, n’est-ce pas?) face à une “idéologie réactionnaire”, le christianisme orthodoxe (qui, effectivement, aurait bien du mal à être qualifié de progressiste !)
Bravo prof. Dis-donc, y a un intérim à assumer en haute-Garonne…
@Prof : dis-donc, non seulement tu changes le sens des mots, tu réécris le dictionnaire mais tu vois des messages subliminaux là où il n’y en a pas. Où as-tu été chercher que j’approuve l’action de l’armée turque pour maintenir la laïcité alors que je n’ai rien dit là-dessus? Je n’ai fait qu’un constat sans commentaire. Pour ta gouverne tu auras du mal à me faire dire que je soutiens l’action de l’armée turque alors que je pense exactement le contraire. Comme quoi quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage, c’est bien connu. Quant au mot “racisme” tu lui donnes un sens qui n’est pas celui du Robert. Je lis dans le Robert (qui fait quand même autorité) à la rubrique “racisme” : “théorie de de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. Le racisme n’a aucune base scientifique etc…”. Certes la définition que tu retiens est devenue courante mais à mes yeux le glissement de sens n’est pas justifié. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire à propos d’un critique de la religion catholique “il est raciste”. Et pourquoi a-t-on le mot “antisémite”. Si on en reste a ta définition le mot raciste devrait suffire.De même il existe un mot pour les pourfendeurs de l’homosexualité : homophobe.Tu dis que selon moi insulter les noirs serait une saine critique. Je n’ai pas dit cela et j’ai employé le mot “ethnie” parce que la scinece nous dit qu’il n’y a qu’une race, la race humaine. On ne va pas qe quereller sur des mots et le sens qu’on leur donne.Il y a plus sérieux que cela, à savoir que la laïcité telle qu’imposée par Ataturk et ses descendants spirituels est mal vécue actuellement en Turquie. Je n’ai rien dit d’autre. Au fait n’est-ce pas lors des grands procès staliniens que l’on reprochait aux accusés ce qu’ils n’avaient pas dit?
Eh bien !
Je viens de survoler les commentaires et je suis mort de rire. Ne seriez vous pas, tous, de ceux qui pestent contre ce que l’on nomme “l’emballement médatique” ? Ce serait le clou !
Il n’y a dans cette affaire que la bévue d’un éditeur.
J’en veux pour preuve que Pinocchio figure au rang des publiés alors que l’idée même d’une marionette est sacrilège aux yeux de l’islam.
Si l’idée de cet éditeur avait été de faire l’éducation des jeunes musulmans selon des principes rigides, il y aurait ajouté la censure…
Tout cela est très révélateur d’une peur qui se propage partout en occident, comme une peste insidieuse, comme une peste brune : la peur de l’islam.
Pour conclure, deux questions :
- L’assimilation d’objets provenant d’autres culture, leur appropriation, est elle réservée à l’occident ? Ou peut-on espérer que dans ce village global qu’est devenue notre Terre, les échanges culturels soient multilatéraux ?
- Quelle est l’utilité d’une oeuvre qui reste figée dans la forme où nous l’a laissé son auteur quand sa relecture, son adaptation ou sa transformation, peuvent s’intégrer dans l’évolution de la culture, y participer au même titre que les apports d’une autre culture ?
Cher cher démon,
quand tu dis :
“Si l’idée de cet éditeur avait été de faire l’éducation des jeunes musulmans selon des principes rigides, il y aurait ajouté la censure…”
Il faut relire le billet, les liens et les commentaires… Tu y aurais vu que l’éditeur réagit à une initiative gouvernementale de faire étudier ces 100 classiques à l’école.
Le raisonnement de l’éditeur est donc : tant qu’à ce que ces 100 classiques soient étudiés, autant les islamiser un peu, sinon danger.
Cet éditeur n’a PAS les moyens de censurer !!!
Et quand tu demandes :
“Quelle est l’utilité d’une oeuvre qui reste figée dans la forme où nous l’a laissé son auteur quand sa relecture, son adaptation ou sa transformation, peuvent s’intégrer dans l’évolution de la culture, y participer au même titre que les apports d’une autre culture ? ”
Excuse-moi mais c’est juste n’importe quoi. Ca te plairait qu’on prenne des billets de ton blog, qu’on les déforme et qu’on étudie tes articles dans d’autres pays en disant “voici ce qu’écrivait Cher Démon en 2006″ ?
Je ne dis pas ça parce que c’est une initiative d’une maison d’édition islamique : toute transformation d’une oeuvre d’art est à mon sens condamnable. Nous n’avons certainement pas de leçons à donner en occident, mais je redis une nouvelle fois que ce genre d’initiative, heureusement isolée, est inquiétante.
Bien, je m’éloigne un peu du sujet.
Considérons la Vénus de Milo ou la Joconde de Da Vinci.
Combien de fois ont-elles été prise en photo ou, plus difficilement, copiées et combien de ces photos ou copies ont été remaniées ?
En l’occurence, le droit de leurs auteurs respectifs se résume à la reconnaissance de leur paternité de l’original et la distinction entre leur oeuvre et les adaptions qui en sont faites.
J’estime que le droit des auteurs passés ou contemporains ne devrait pas s’étendre plus loin !
Tous le reste n’est qu’arguties pécunnières.
Pour l’éditeur, n’en sachant en définitive rien, je préfère lui accorder le bénéfice du doute.
Je ne suis pas sûr qu’une statue ou un tableau soit comparable à une oeuvre littéraire.
Prenons, dans ce cas, trois adaptations cinématographiques de romans remarquables :
- “Les misérables” de Robert Hossein d’après Victor Hugo
- “Le nom de la rose” de Jean-Jacques Annaud d’après Umberto Eco
- “Le seigneur des anneaux” de Peter Jackson d’après John Ronald Reuel Tolkien
Si réussies que soient ces productions et quel que soit le succès emporté même auprès de ceux qui connaisent ces écrits, quel est le fondement de la justification des libertés prises avec l’oeuvre originale, dont la première est, rappelons le, d’avoir changé le support narratif? Cela aurait-il pu satisfaire les écrivains en question?
Outre que le scénario ne ménage que peu le fil de l’histoire, chaque situation est dirigée selon l’interprétation du metteur en scène et chaque personnage est rendu selon le jeu de l’acteur. Et cela, sans tenir compte des contraintes de temps ou d’argent, par exemple.
Ceci dit, pour en revenir à l’oeuvre originale, d’où vient l’inspiration des écrivains ? Faisons cas à part du plagiat, il reste la culture, le vécu et l’imaginaire. Mais l’imaginaire est bien plus souvent transposition que création pure.
Je pense que chaque oeuvre, de quelque art que ce soit, est en partie le fruit de la culture qui l’a vu naître et participe à son tour à cette culture. Qu’elle soit considérée comme acceptable et elle sera digérée, donc transformée. Pousser plus loin cette transformation n’est pas crime de lèse-majestée… sauf en ces temps de copyright.
Peut-être faudrait-il se poser la question de la légitimité de l’homme d’art ou de lettre qui ne produit que pour s’enrichir car, à mon sens, l’art se veut expression et on ne peut communiquer longtemps en évitant le dialogue, l’échange puis l’influence. Créer, jamais ex-nihilo, c’est proposer un sens pour le plaisir de l’avoir fait. Position trop romantique pour ce monde, je sais.
Flaubert s’était violemment opposé à ce que l’on dessine le visage de Madame Bovary. Il voulait que chaque lecteur l’imagine à sa façon. Il se serait sûrement opposé à une représentation cinématographique.Faire passer une oeuvre littéraire du support écrit au support cinématographique, c’est forcément la trahir un peu, voire beaucoup.