Plaidoyer pour les automobilistes passifs
par José Ferré, 9 October 2006
Bon, le gouvernement s’est attaqué aux accidents de la route, avec le succès que l’on sait (quelques 3.000 morts en moins chaque année).
Il s’attaque maintenant à la cigarette et suit la ligne tracée en 1991 par Claude Evin. Très bien. Au nom de la santé publique. Parfait. On lui sera redevable, à terme, d’économies substantielles du système de santé et de quelques milliers de morts en moins chaque année. Formidable.
Ce gouvernement veut donc nous faire vivre longtemps. C’est gentil. Sans retraites, certes, mais longtemps.
Bon. Eh bien, puisque le voila en si bon chemin, voici une nouvelle piste qui suppose, comme toutes les questions de pollution, une remise en cause sévère de notre système économique et de nos pratiques quotidiennes.
Particules, benzème, ozone, oxydes d’azote, composés chimiques volatiles, le cocktail de gaz issus de la voiture pollue l’air que nous respirons, contribue aux changements climatiques et menace notre santé.
Aux Etats-Unis, les émissions de gaz automobile sont responsables de 70.000 décès chaque année, deux fois plus que les accidents de la route (Source : OMS). Dans l’ensemble de l’Europe, les particules émises par les voitures sont responsables chaque année de 50.000 morts (dont 13.000 enfants de moins de 4 ans), 25.000 bronchites chroniques, de plus de 290.000 cas de bronchite chez l’enfant et de plus de 500.000 crises d’asthme.
En France seule, les données sont implacables et embarrassantes pour le lobby automobile, qui fait tout pour qu’on reste discrets sur la question : 6 à 11% des décès par cancer du poumon chez les plus de 30 ans et 7% des décès cardio-respiratoires sont dus aux rejets des microparticules (Sources : AFSSE : Agence Française de la Sécurité Sanitaire Environnementale, et IVS : Institut français de Veille Sanitaire). Au total, 6.500 à 9.000 Français de plus de 30 ans meurent ainsi chaque année.
Même si l’on est très optimiste sur la capacité des constructeurs à réduire les émissions de particules, cette hécatombe sanitaire n’est pas prête de s’arrêter. Si la pollution auto tombe à zéro demain matin, ce sont encore 50.000 à 80.000 personnes qui mourront des pots d’échappement en France d’ici 2020, du simple fait d’avoir respiré la majeure partie de leur vie un air empoisonné.
Encore ne compte-t-on pas dans ce bilan les conséquences de l’automobile sur l’inactivité physique. Un automobiliste marche en moyenne huit minutes par jour (4) alors que trente minutes sont recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé. Conséquence : la moitié de la population mondiale prend lentement du poids (60% des américains -40% en Europe- sont en surpoids, 30% obèses).
“La voiture est un facteur essentiel du développement de l’obésité”, explique le professeur Froguel, spécialiste de l’obésité et du diabète à l’Impérial College de Londres. Qui dit excès de graisse, dit diabète, maladies cardio-vasculaires, dépression, cancers. L’inactivité physique est responsable en Europe de 500.000 à 1.000.000 de décès par an.
Alors, on arrête la bagnole ? Ça vous rend nerveux ? Une p’tite clope ?
Source: Sciences et Vie junior
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