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Qui es-tu vraiment François Bayrou ?

par gb, 11 October 2006

Traditionnellement on dit “j’ai mal dormi”. J’affirme plutôt solennellement que l’on devrait dire “je suis resté mal réveillé”.

Je sais, je sais, c’est dangereux avec vous tous là, en embuscade, d’attaquer sa journée, dès le matin, sur une querelle sémantique !

C’est à peu près la situation vécue hier à 7h50 par François Bayrou face à Jean-Michel Aphatie au micro de RTL. Je vous invite vivement à écouter le podcast de ce face à face. En gros voici l’intrigue telle que la décrivait lui-même Aphatie hier sur son blog :

Les éditions Hachette littératures mettront en vente demain, mercredi, un livre signé par François Bayrou. Il s’agit d’un recueil de discours prononcés par le président de l’UDF depuis juillet 2002. Une préface tente de donner de la perspective à l’ensemble. Elle fait 63 pages et constitue, dans son esprit, une violente dénonciation du système politique.François Bayrou y dénonce “les puissants aux habitudes méprisantes”. Ou encore, il compare l’Assemblée nationale aux réunions du Rotary d’il y a vingt ans, précise-t-il, une image qu’il utilise pour dire que, selon lui, les députés ne représentent plus le peuple. Il développe aussi l’idée que convoquer les électeurs aux urnes tous les cinq ans ne suffit pas, suggérant ainsi une forte défiance de la démocratie représentative. Il suggère enfin d’une phrase aux intentions sibyllines que peut-être la corruption en France continue-t-elle d’être une réalité de la société politique.François Bayrou a-t-il tort ou a-t-il raison? Au fond, pour moi ce matin, au moment d’entrer avec lui dans le studio, ce n’était pas vraiment le problème.Ce qui m’est apparu d’abord, en lisant la préface, c’est que François Bayrou, dans ce texte, ne parlait plus comme il parlait d’habitude. Dénoncer, par exemple, de manière indistincte et globalisante, les “puissants”, c’est emprunter une pensée et utiliser des termes qui sont, traditionnellement, employés par d’autres. Dire que l’Assemblée nationale fait penser non pas à la représentation du peuple français mais à une réunion de bourgeois bien nourris, c’est peut-être vrai, ou peut-être faux, mais ce genre de propos et de mise en cause n’appartiennent pas au discours traditionnel de l’UDF. En fait, et ceci m’est apparu limpide à lecture, François Bayrou expose, dans le fond et dans la forme, une critique si radicale du système qu’il paraît, et c’est logique, tout à coup très proche des tenants de la radicalité. D’où mon association, dans la présentation du livre, de son propos à ceux que l’on peut entendre depuis des années à l’extrême gauche. C’est la raison pour laquelle j’ai cité Arlette Laguiller. Dans mon esprit, il s’agit d’un constat, pas d’une recherche de dévalorisation. Quand François Bayrou se fait aussi radical, cela me semble être un fait politique important. Peu importe pour moi, journaliste, qu’il ait tort ou raison. Mon souci, c’est de me faire comprendre de ceux qui nous écoutent. D’une formule, j’essaie de dire: attention, François Bayrou a totalement changé de discours, écoutez-le. Ou pour dire les choses plus précisément: il tire, dans ce texte, toutes les leçons de son attitude d’hostilité au gouvernement et à son action depuis cinq ans et se trouve, du coup, dans le champ d’une critique radicale du système politique que d’autres font, parfois avec des mots identiques, depuis plus longtemps que lui.François Bayrou n’a pas aimé ma présentation. Sitôt que j’ai cité Arlette Laguiller, il a secoué la tête, puis fermé son visage. Durant la coupure publicitaire qui a précédé la prise d’antenne, j’ai perçu sa colère. J’ai donc décidé, tout au début de l’entretien, de lui permettre d’évoquer le malaise qu’il ressentait.François Bayrou a l’esprit vif. Il a donc démarré au quart de tour“.

C’est le moins que l’on puisse dire.

L’échange a viré à l’affrontement, Bayrou moquant durement l’appartenance au système et l’arrogance d’Aphatie pendant près de dix minutes.

Je ne suis pas là pour prendre position entre eux deux. Juste pour tenter d’analyser le “moment”, la “séquence” politico/médiatiques qui se sont joués là.

Et en m’intéressant surtout évidemment à Bayrou. Je ne vais, en effet, pas reprocher à Aphatie d’avoir provoqué son invité du jour, moi qui rêve secrètement chaque matin, dans ma salle de bains, qu’il parvienne à lui faire péter les plombs ! Il serait donc bien malvenu de ma part de reprocher son offensive au journaliste. Tout au plus puis-je lui suggérer de tenter de mêmes assauts plus systématiquement et surtout lorsque face à lui se trouvent les candidats ou les politiques dans les positions les plus élevées.

François Bayrou est donc parti dans cette campagne prédsidentielle avec une stratégie guerrière, en rupture (eh oui) avec son camp. Déterminé, il cogne sur tout ce qui bouge, pour se défaire de l’image de centriste mou qui lui colle à la peau.

Partant - sans doute - du principe qu’en 2002 les images de la claque qu’il avait mise à un gosse qui lui faisait les poches, l’avaient fait grimper dans les sondages, François Bayrou a finement recadré ses cibles et il bastonne désormais ses congénères de la classe politique et, surtout, surtout, les médias couchés et rampants devant les candidats officiels.

C’est un registre. Un créneau. Une position. S’agit-il d’une posture ? Je m’interroge encore sur la sincérité de la démarche.

Bayrou joue-t-il un rôle par opportunisme politique ou est-il tombé dans une potion magique qui lui a donné la pêche et l’énergie d’un Montebourg avant qu’il ne rejoigne les équipes Royal ?

Lisez par exemple les extraits de l’introduction de son livre que publie ce matin 20 minutes. Je n’y vois rien à retirer.

Quelle est la part du jeu et celle de l’honnêteté ?
Je ne le sais pas encore. Je pense en revanche que le “public” visé par ces sorties est sans doute moins large que ne le croit Bayrou. Je ne crois pas que les ouvriers et les classes moyennes soient vraiment préoccupées par les questions qu’il privilégie (je le regrette). Je pense que ce sont plutôt des électeurs de gauche, qu’il pense déjà orphelins d’une candidature, que vise Bayrou. Ou encore des électeurs de droite, effrayés par la machine Sarkozy. Mais ceux-là se recrutent davantage dans les catégories socio-professionnelles les plus élevées que chez l’électeur de base.

Pour schématiser, Bayrou fait une splendide campagne pour les bobos et les intellos des deux bords mais qu’en pense l’électorat traditionnel de l’UDF et surtout le coeur de “l’électorat national” ?

Je ne pose pas cette question avec malice mais avec intérêt. Le coeur de mon travail - éditorial notamment - vise souvent à contester les mêmes dérives que Bayrou pointe politiquement et force est de constater que le public n’est pas si large que celà…

En sens inverse, il ne suffit pas de moquer Bayrou en lui reprochant d’être publié par l’un des conglomérats qu’il prétend dénoncer (Hachette-Littératures appartient à Arnaud Lagardère…) pour lui règler son compte en quelques secondes.

Il est plus ennuyeux, en revanche, qu’ayant décidé de secouer les cocotiers, tous les cocotiers, il continue tout de même à “jouer” avec les mêmes règles du jeu que les autres politiques comme le révèle l’épisode qui l’oppose ces jours-ci à Charlie hebdo.

Alors, qui es-tu vraiment François Bayrou ?

Et ne vaudrait-il pas mieux dire “Je suis resté mal réveillé” ?

Mes questions du jour…

PS. Si quelqu’un a les moyens de convaincre l’intéressé en personne de venir par ici, pour qu’il nous réponde, cela me réjouirait vraiment. Je ne possède pas cette clef…

Domaine d’extension de la lutte

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