La tectonique des plaques appliquée à la politique
par monolecte, 12 October 2006
Apparemment rien de nouveau!
Comme pour toutes les autres échéances électorales depuis 2002, nos politiques ont eu a peu près la même réaction : contrition, flagellation, recomposition. Sans se remettre une seconde en question, sans réfléchir à ce qui se dessinait pourtant sous leur nez, ils ont continué leur petite soupe entre amis sans se rendre compte que la donne a profondément changé.
Du côté de Chirac, stratégie simple de l’autisme gouvernemental : on prend les mêmes et on recommence, ou plutôt, on continue dans la même lancée, pour la même politique, mais en accélérant encore le mouvement. Parce que les échéances, elles, n’ont pas bougé, les objectifs non plus : nous assouplir au maximum, nous faire entrer de gré ou de force dans le moule sociétal dominant, ou tout au moins qui se vit comme tel.
En face, disons plutôt dans le camp des non-gouvernants, reprise en plus musclée de la guerre des chefs, sorte de primaire sauvage et improvisée entre éléphants du grand parti d’opposition et les jeunes outsiders sortis de la république des sondages.
C’est à dire que tout continue strictement sur l’échiquier politique comme si rien ne s’était passé le 29 mai 2005, comme si la démocratie directe ne s’était pas exprimée. Le seul sport encore à la mode, c’est le jeu des chaises musicales en comité restreint!
La tectonique des plaques appliquée à la politique
Mais la campagne pour le référendum et le scrutin qui l’a suivi ont pourtant mis en évidence une profonde restructuration de l’électorat. Celui ne s’organise plus en fonction de l’ancien clivage gauche-droite, ni même, comme je l’ai pensé un temps, sur une fracture castique, un fossé qui l’élargit entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Il s’agit d’un mouvement bien plus profond que cela, une nouvelle dualité qui émerge entre ceux qui se satisfont du modèle de société actuel, ne peuvent le dépasser ou n’envisagent que des déclinaisons, des variations locales et ceux qui le rejettent, estiment que le capitalisme libéral n’est pas un horizon indépassable et qu’une autre organisation sociale, fondée sur d’autres valeurs est non seulement possible, mais souhaitable.
Ainsi, à la surface des choses, dans le microcosme politique, rien n’a changé en apparence, les anciens courants idéologiques tentent de se recomposer, de recréer des synergies autour des personnalités qui espèrent encore mener les troupes à la bataille des prochaines élections. Pourtant, la nouvelle fracture politique s’est clairement dessinée au coeur même des anciennes formations, des grands partis, des appareils politiques, a commencé à les faire imploser de l’intérieur. Mais les élites sont en panne, elles ne peuvent repenser un monde dont elles estiment être les gestionnaires naturels, leur domination même n’est légitimée que par leurs anciennes grilles de lecture du monde.
Mais sous leurs pieds, le magma s’agite et chauffe, le corps social et idéologique se transforme et s’apprête, d’une manière ou d’une autre, à transformer l’ensemble de la société. Car la non-correspondance entre les nouveaux courants sociaux et idéologiques qui ont émergé pendant la campagne référendaire et les politiques qui sont sensés les représenter, remet effectivement en question la validité d’un modèle de démocratie représentative.
Le grondement sourd de la colère et de la frustration de ceux qui ont massivement joué le jeu démocratique et qui se retrouvent une fois de plus ignorés, voire vilipendés, ce grondement n’est rien autre que l’expression de l’aspiration légitime à une nouvelle démocratie, plus adaptée à la nouvelle donne émergeante. Nos élites, politiques et médiatiques, sont sourdes et aveugles à tout cela, parce que, déjà, depuis longtemps, elles ne font plus partie du même monde, ne fréquentent plus les mêmes lieux, n’ont plus les mêmes débats que ceux qu’elles sont sensées représenter. Et ce décalage grandissant entre le peuple et ses représentants alimente la colère, la frustration du plus grand nombre, des sacrifiés de l‘ancien “nouvel ordre mondial” et porte ainsi en gestation un déferlement de violence aveugle.
Une conscience politique mondialisée
En fait, ce que révèle le scrutin français pour le traité européen n’est pas un épiphénomène, une particularité locale, une mouvement d’humeur. Il s’agit là clairement des premiers signes d’une recomposition politique à l’échelle de la planète, où l’ensemble des peuples se retrouve devant une seule problématique : se laisser digérer par le capitalisme libéral, présenté partout comme seul modèle socio-économique possible, malgré ses effets délétères pour notre planète ou la majorité de l’humanité, ou entrer en résistance contre cette idéologie et commencer à inventer d’autres mondes possibles.
En fait, la campagne présidentielle de 2007 ne peut plus prendre de sens qu’en s’élevant au-dessus de son ancrage local franco-français. Chaque pays, par ses options politiques contribue ainsi à renforcer ou non la mainmise globale de l’idéologie économiste dominante.
Cette mondialisation du vote national a déjà été rendue visible par la manière dont beaucoup de citoyens du monde engagés s’étaient sentis concernés par le duel Bush-Kerry de 2004. Et l’histoire leur a donné raison. Il ne s’agit plus de rentrer en uchronie en se demandant à quel point le monde où nous vivons tous aurait été différent si Al Gore l’avait emporté en 2000, même si la question doit bien effleurer parfois l’esprit des Irakiens embourbés dans un conflit sans fin, même s’il eut été bon que les électeurs américains y repensent à deux fois en 2004.
Il s’agit de bien prendre conscience de l’interdépendance de nos choix politiques et de l’impact qu’ils auront forcément sur nos vies, certes, mais aussi sur tant d’autres qui n’auront pourtant pas voix au chapitre.
Soyons donc éclairés et responsables, et pour ceux qui hésitent encore, sachez qu’il vous reste encore 2 mois pour vous inscrire sur les listes électorales.
Ne laissons pas le monde se faire sans nous, ou pire, contre nous!
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