Beaucoup de bruit pour rien
par Christophe Nonnenmacher, 16 October 2006
On l’attendait depuis des semaines. C’est chose faite depuis mercredi. Les trois candidats à l’investiture socialiste pour les présidentielles de 2007 – Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn - viennent de publier leur profession de foi dans « l’Hebdo des socialistes ». Enfin ! Passés les petits meurtres entre amis, place au fond. Nos petites mains en tremblent déjà, s’agitent en tout sens. Cherchent à sortir de nos poches. A se lever, à applaudir. Mitterrand et Jospin sont morts. Une nouvelle génération (ou presque) est née. Arrive sur le devant de la scène. Plus belle, plus porteuse d’espoir et de projets que jamais ! Ségolène nous avait prévenu il y déjà quelques semaines de cela : la rupture est entamée. Place au changement ! La droite n’a qu’à bien se tenir. La gauche est de retour.
Oui, mais voilà. Encore ne faut-il pas confondre joli pitch et désopilant pschiiit. Dans la forme, Laurent Fabius n’a en effet pas tort lorsqu’il confie au quotidien 20 minutes que le débat annoncé entre les trois prétendants qu’ils sont a une triste saveur d’ORTF. Il suffit de regarder le croquis de la scène pour s’en convaincre : 3 candidats, côte à côte, derrière leur pupitre. Face à eux, un animateur et un autre pupitre. Chacun répondra aux questions sans se parler. Le PS l’a voulu ainsi, sorte de Questions pour un Champion, Julien Lepers en moins, voire – ironie de la chose pour des hommes et une femme qui n’ont de cesse de dénoncer le modèle américain – de remake du non débat qui avait opposé en son temps Bush et Al Gore.
Sur le fond, la lecture des professions de foi déçoit également. C’est vrai, tous trois veulent ce qu’il y a de mieux pour la France et pour les Français. Un travail pour tous, une société plus juste, une qualité de vie nouvelle, et la sauvegarde de la planète. Mais comment pourrait-il en être autrement ? A-t-on déjà vu un candidat gagner en prônant la hausse du chômage, le mal être de tous et la destruction de ce qui nous est cher ? Non, forcément. Alors on se dit : soit, mettons. Mais comment ? En rompant avec l’existant, nous annoncent nos candidats. Version Hemingway pour Fabius - « Nous avons à faire un choix de nature politique, en distinguant l’écume des vagues et la profondeur de l’océan. La profondeur de l’océan, ce sont les attentes que nos concitoyens ont exprimées avec force depuis quatre ans, soit dans les urnes, soit dans les mobilisations sociales » - ; version classique pour Royal qui promet des « réformes précises et crédibles » ; version « politique de grande proximité » pour Strauss-Kahn – « Camarade, je ne sais pas si tu as déjà fait ton choix. Mais je sais que beaucoup de militants – peut-être même de plus en plus - hésitent encore. Ils s’interrogent, lisent, écoutent, discutent, réfléchissent. (…) Ma réponse, c’est une social-démocratie renouvelée, repensée, épanouie ».
Suivent alors les propositions. Fabius propose « la fin des exonérations inefficaces de cotisations sociales dans les grandes entreprises afin de stimuler les emplois jeunes, l’investissement des PME et la recherche scientifique ; l’intervention de l’Etat pour obliger réellement les maires à construire au moins 20 % de logements sociaux ; une loi-programme fixant nos objectifs précis pour la protection de l’environnement et la nomination d’un vice-premier ministre chargé du développement durable ; la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale face à la dépendance des personnes âgées et des handicapés ; un référendum dès septembre 2007 pour l’établissement d’une République parlementaire nouvelle, avec une démocratie sociale et territoriale étendue ; le refus de tout nouvel élargissement de l’Europe avant l’approbation d’un traité social et l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution respectant le vote des Français ». Rien à redire. C’est toujours presque aussi beau que du Hemingway. Mais concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Prenez par exemple le premier point : « la fin des exonérations inefficaces de cotisations sociales dans les grandes entreprises afin de stimuler les emplois jeunes ». Si on le suit, on enlève des avantages aux entreprises pour les inciter à embaucher… Maintenant, c’est peut-être moi… Quant à « l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution respectant le vote des Français », que doit-on entendre par là ? La proportionnelle à toutes les élections ? Si c’est cela, autant le dire clairement et préciser le seuil électoral.
Royal se lance à son tour. Ce qu’elle veut ? Augmenter le pouvoir d’achat via, tout comme Fabius, une hausse du SMIC de 100 euros ; investir dans la recherche et l’innovation ; choisir l’excellence environnementale et donner la priorité aux énergies renouvelables ; moins taxer le travail que le capital, apporter une offre scolaire de qualité sur tout le territoire ; et – ma préférée tant il est du rôle d’un chef de l’Etat de faire cela - encourager le syndicalisme de masse. Ah, si, j’oubliais : Ségolène veut, au niveau européen, une régionalisation de la PAC et une réforme du Pacte de stabilité. Au niveau international, « aider les pays pauvres à vaincre la misère en les traitant comme des partenaires égaux et en conduisant avec eux un co-développement efficace et en prônant une politique d’immigration partagée », expression qui pour le coup risque ne de pas inspirer grand-chose aux électeurs…
Reste enfin Strauss-Kahn, qui dit vouloir « porter l’exigence de vérité, instrument de la victoire et la garantie d’un exercice durable du pouvoir ». Mouais… Le pire est que le bougre a dû cogiter avant de trouver cette formule… Concrètement (ou presque) DSK veut donner la priorité à l’éducation et à la santé, préparer la révolution énergétique de l’après-pétrole et la révolution démographique du vieillissement (quand bien même il ne s’agirait plus aujourd’hui d’anticiper mais déjà de gérer), aller vers une République parlementaire, relancer l’Europe politique et sociale, défendre une autre politique étrangère, relancer l’aide au développement, « notamment en diffusant les médicaments génériques contre le SIDA » – forcément, il est bien connu que la trithérapie guérit de la pauvreté et de la dépendance économique. Bref, là encore, une vraie compilation de belles intentions. Louables de prime abord. Reste que pour la méthode, il faudra encore repasser. Car nul n’explique comment mettre tout cela en pratique. Dommage, on aurait presque failli croire que le PS avait quelque chose de concret et responsable à proposer. Sans doute une prochaine fois…
WordPress database error: [Table './lemondecitoyen/wp_comments' is marked as crashed and should be repaired]
SELECT * FROM wp_comments WHERE comment_post_ID = '191' AND comment_approved = '1' ORDER BY comment_date
2 Comments
No comments yet.
Comments RSS TrackBack Identifier URI
Leave a comment
