Il ne s’appelait pas Stewball…
par Nicolas Voisin, 16 October 2006
C’était un Cheval de course, un trapu, un énervé, il n’était pas tout blanc,
C’était loin d’être mon idole, mais c’était une idole
Et de toute façon cela fait un bout de temps que je n’avais plus ni 10 ni 20 ans.
Notre pauvre père, paix à son compte en banque et à ses héritiers illégitimes,
Pour acheter ce pur sang, qu’au fond on lui imposa,
Avait mis dans l’affaire, la caisse et la tirelire, celle de la mairie, mais pas seulement
Jusqu’à son dernier franc, depuis rebaptisé euro, trop malheureux qu’il était de n’être plus franc.
Il avait dans la tête, je vous parle du père, pas du “pure-sang”
D’en faire un grand champion, sauf qu’il s’agissait de l’autre, du grand, du dégarni,
Pour liquider nos dettes, sur rythme de promesse et de fractures sociales
Et payer la maison, celle qui brûle quand nous tournons la tête.
Il croyait à sa chance, le grand, c’lui qui tapait au cul des vaches,
Il engagea Stewball, ce Poney qui n’en avait que pour le glouatre
Par un beau dimanche, un dimanche de campagne, un où les mains se tendent et la paume s’use,
Au grand prix de St-Paul, ou une connerie dans le genre.
“Je sais, dit mon père”, le grand, si vous suivez,
“Que Stewball va gagner”, sauf que comme dirait l’autre, il faut savoir sur le bon cheval miser
Mais après la rivière, après le déluge quoi, après lui,
Stewball est tombé, comme jadis celui dont il fut le protégé.
Quand le vétérinaire, un bordelais dégarni a l’alliot bien marie
D’un seul coup l’acheva, en un round et sans fracas,
J’ai vu pleurer mon père, le grand, le dadet de Johannesburg, celui des arts premiers et de dessous de table,
pour la première fois. Les larmes ça rend les méchants bons le temps d’l’inondation.
Il s’appelait Stewball, il était ministre d’État,
C’était un cheval blanc, blanc-blanc, rien à redire, à peine métissé de l’Est,
Il était une idole, ça brûle les idoles, même mieux que les bagnoles,
Et moi j’avais dix ans, le temps d’une comptine.
J’ai toujours rêvé d’écrire sur cette chanson.
En haut de chaque page blanche s’est toujours dans ma tête chanté “Il s’appelait Stewball”…
Forcément, un jour, on craque :)
Toute ressemblance avec des faits ou des personnages réels serait pure coïncidence.
………………….
Paroles originales : Mémoire collective, via Hugues Aufray / image (voir ici) : “messe basse hippique“)
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