L’amusant message de “Libé”, quotidien en difficulté, aux candidats socialistes: “La droite, c’est par là!”
par Sébastien Fontenelle, 17 October 2006
Hier, “à la veille du premier débat” entre candidats “socialistes”, Libé a “demandé à des personnalités, simples citoyens, représentants de la société civile ou du monde de l’entreprise, quelles questions elles aimeraient poser aux trois candidats”.
Une idée formidable, comme on aimerait en avoir plus souvent.
C’est comme ça que Libé révolutionne régulièrement l’histoire de la presse, à grands coups d’idées formidablement novatrices.
Libé ne dit pas combien de “personnalités, simples citoyens, représentants de la société civile ou du monde de l’entreprise” ont accepté de se prêter au jeu.
On imagine qu’ils étaient au moins une dizaine.
Peut-être même, soyons fous, une quinzaine.
Mais Libé a retenu “sept questions pour s’inviter dans leur débat”.
Trois (au moins) de ces questions, probablement choisies parmi quelques autres, me ravissent, pour ce qu’elles révèlent de l’idée que Libé, qu’un journaliste belge moustachu a récemment comparé à un “quotidien de gauche”, se fait, justement, de la “gauche”.
La première de ces trois questions est posée par Franck, un “patron de PME” de 40 ans, qui a du moins le mérite de balancer très directement une sauce débarrassée de ses grumeaux altermondialistes: “Qu’est-ce que les candidats veulent mettre en place pour favoriser le licenciement des salariés?”
Franck précise très sérieusement, pour le cas où les (douze) lecteurs de Libé ne l’auraient pas immédiatement compris, que sa question n’est “ni partisane, ni politique”: applaudissements nourris du MEDEF.
La deuxième question est de Sylvain, “président de la Fédération des associations de retraités”, qui en a un peu ras-le-cul des salauds (de cheminots chavistes) qui se gobergent aux frais de leurs concitoyen(ne)s.
Ce n’est d’ailleurs pas tant une question qu’une injonction, dont les termes semblent lui avoir été dictés, à la virgule près, par un gars qui ressemblait tellement à François Fillon, qu’il s’agissait probablement de François Fillon: “Il faut également (que les candidats “socialistes”) s’emploient, pour les futurs retraités, à rapprocher les différents régimes de retraites: salariés du privé, cheminots, agriculteurs, fonctionnaires, etc., pour qu’il n’y ait plus d’injustices flagrantes”.
Débuts d’érections au MEDEF.
La troisième question, enfin, est posée par Colette, qui préside l’Association des actionnaires minoritaires, et qui justement se fait un peu de souci: “Quelle place donnerez-vous à l’actionnaire dans la société?”
Colette précise, notamment, pour que tout soit bien clair, que “les stock options” forment “un système de rémunération qui a”, certes, “connu des dérapages, mais” qui reste “indispensable pour les start up”.
Longs râles de jouissance au MEDEF, où l’on n’espérait plus, même dans les moments de grande euphorie, que Libé, “quotidien de gauche”, puisse aller si loin dans l’expression décomplexée des fantasmes patronaux…
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