Blogs et entreprises : “Un salarié n’est pas un sous-citoyen”
par phil, 20 October 2006
Le cas de Stéphanie Gonier est exemplaire. Pour avoir raconté sur son blog ses difficultés de jeune mère licenciée par le constructeur automobile Nissan, elle subit les attaques en justice de son ex-employeur.
Exemplaire, parce qu’à travers elle, c’est le problème de la liberté d’expression qui est posé, en particulier dans l’entreprise et sur les blogs. Christophe Grébert en parle très justement sur Webcitoyen, et Le Monde dans son édition d’hier, raconte les péripéties juridiques de la jeune femme.
En clair après son retour de maternité, puis un congé parental d’un an, Stéphanie Gonier se retrouve prise dans ce qu’elle qualifie de “stratégie d’usure” : d’abord au placard, payée à ne rien faire durant plusieurs semaines, alors qu’elle occupait un poste important au service marketing. L’entreprise lui propose ensuite un poste nettement en-deçà de sa qualification (refus de l’intéressée), avant de lui offrir un autre poste, où cette fois elle doit voyager chaque semaine. Une situation intenable pour la jeune mère de famille, qui refuse à nouveau. Elle se fait alors licencier pour faute. Rappelons que légalement, elle aurait simplement dû retrouver son poste d’origine.
Dans la foulée elle ouvre son blog et dénonce les comportements de la direction, donne des noms, décrit des faits.
L’histoire fait le tour des medias (Libération, Le Monde, Le Parisien, France-Info, RMC mais aussi El Païs et d’autres) parce qu’elle est symbolique des discriminations ordinaires. Mais aussi du changement d’ère que nous vivons. Avec les blogs, chacun peut faire entendre sa voix au monde.
Ici pour dénoncer le harcèlement ordinaire qui aboutit invariablement soit à la démission, soit au licenciement, quand ce n’est pas la dépression qui guette.
C’est donc chez Nissan que ça se passe, et Stéphanie ne se laisse pas abattre après son licenciement pour faute grave (donc sans indemnités).
En attendant le jugement des prudhommes prévu en février 2007 (trois ans d’attente), elle s’épanche à blog ouvert, comme on dirait à coeur ouvert (”Maman chez Nissan Europe, parité bafouée“), pour dénoncer ce qu’elle considère comme une injustice.
Les employeurs, faut-il le préciser, n’aiment pas ça. La bataille du pot de fer contre le pot de terre s’engage devant le tribunal civil.
Stéphanie Gonier vient d’être condamnée pour diffamation (1) en première instance.
En réaction à cette décision de justice, Christophe Grébert publiait hier une note sur la liberté d’expression.
Petit extrait : ” Il y a un principe qui fonde notre démocratie : la liberté d’expression. Un citoyen qui décide d’exprimer ses idées -sur un blog ou ailleurs- ne doit pas être inquiété pour cela. La société, les lois… doivent tout faire pour défendre cette liberté. La règle, c’est la liberté. Ce sont les exceptions à cette règle qu’il faut limiter et encadrer.
Un salarié n’est pas un sous-citoyen. Il a autant le droit à la parole publique qu’un dirigeant, qu’un élu ou que le représentant d’une institution X ou Y. Il faut sortir l’entreprise de cette nasse du secret qui n’a plus aucun sens à l’heure d’Internet”.
Il ajoute que la limite, ce serait “la divulgation de secrets de fabrication ou bien de décisions stratégiques. Mais la manière dont mon entreprise gère la fin d’un congé maternité, pour l’exemple de Nissan, je ne vois pas en quoi ce serait stratégique…”
De même, il souligne à juste titre que si une entreprise veut défendre son image, qu’elle le fasse au quotidien avec ses employés et ses clients, pas seulement à travers des constructions publicitaires virtuelles.
Christophe Grébert rappelle l’affaire Apple, dont les i-pods sont fabriqués en Chine, par de très jeunes femmes, dans des conditions inacceptables.
Depuis, Apple qui utilise Gandhi dans ses pubs, a dépêché sur place ses experts pour sermonner les sous-traitants…
“Pourquoi ce que nous souhaitons tous pour la Chine, nous ne le défendons pas pour la France ? Nissan, groupe franco-japonais, a eu tort d’attaquer son ancienne employée, comme une vulgaire criminelle. Celle-ci a le droit de dire ce qu’elle pense. Dans cette affaire, c’est bien la liberté d’expression qui est dangereusement mise à mal”.
Bien vu, non ?
>>A LIRE EGALEMENT SUR Universmedias
(1) lire sa note du 16 octobre, “le couperet est tombé“
13 Comments
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Il est clair que dans le rapport de force qui s’annonce les internautes vont devoir se mobiliser collectivement et se doter des outils financiers et juridiques à la hauteur des enjeux . A quand la Mutuelle des internautes en colère ???
Excellente idée à mon avis : à suggérer à Christophe Grébert, sur www.webcitoyen.com
euh … vous révez là … les stratégies de harcélement judiciaire des entreprises contre leurs salariés, leurs clients, sont devenues implacables …
Poursuite en diffamation contre un abonné web qui avait eu le tort de parler d’arnaqueur à propos de son FAI … (
Poursuite contre des salariés mécontents , qui le disent …
Mais quel est le fond du probléme ?
Si ces entreprises ont les moyens économiques et relationnelsmais surtout juridiques de faire traiter ces plaintes au civil relativement facilement,
l’internaute ou le citoyen lambda n’a pas accés au référé pour faire condamner son FAI défaillant, ou son patron abusif …. Non, le vrai problème à poser , c’est que toute l’institution judiciaire , asphyxiée et donc lente à traiter des dossiers excessivement urgents pour les individus , tant aux prudhommes, que devant les juridictions civiles, déploie un zéle ( prévu par la loi ) étonnant pour faire respecter le droit à la (bonne) image des entreprises …
Au rythme ou nous allons, même les appels au boycott seront bientot condamnés (en référé, bien entendu …) pour “diffamation” ….
alors face à ces agissements , c’est avec notre carte bleue qu’il faut agir … il faut boycotter NISSAN, comme il faut boycotter Free … et pas mal d’autres …
Ce qu’il faut faire, c’est des pétitions en ligne du type , pas touche coté attaque en diffamation pasque nous allons boycotter vos produits ….
Je peux même pas mettre le lien vers mon post sur les déboires avec free , OB est en panne …
Dans le débat politique il n’est pas neutre qu’il soit seulement possible de critiquer et dénoncer librement les services publics et la corruption des hommes politiques alors qu’un mur du silence juridique empeche les citoyens d’emettre la moindre information ou critique d’une entreprise.
Ou comment défendre le mythe d’un privé plus “efficace” deloyalement.
La liberté d’expression est également en danger du fait du pouvoir de fermer un site web en attendant le jugement. C’est la technique utilisée de nombreuses fois (RAPT, Altern…) qui attaque le prestataire et non l’auteur, ou qui intente une action en justice pour un prétexte annexe. L’entreprise dispose de moyens quasi illimités face à une association ou un particulier. Même si elle a tord, ses moyens lui permettent d’obtenir la censure par l’argent (les frais de justice étouffent et oblige à céder).
La seule solution serait que la justice ait le temps et surtout les compétence pour analyser ces affaires. Le cas de cette employée ne relève pas de la diffamation si ce qu’elle rapporte est factuel. Il y a donc une incompétence quelque part.
@ cedrica : tout à fait d’accord sur la question de la justice. la technique utilisée s’appelle le Slapping, elle a été bien décrite par Philippe Martin, autre auteur sur ce blog. Il dit notamment ceci : “Nous sommes donc en présense de méthodes légales totalement anti-démocratique qui se répendront dans tous les états et pays qui n’auront pas légiféré pour les interdir”
A lire Ici : http://lemondecitoyen.com/2006/09/11/le-%c2%ab-slapping-%c2%bb-ou-comment-baillonner-le-citoyen/
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