Croissance et changements climatiques
par José Ferré, 23 October 2006
Les prémisses de la campagne électorale pour l’élection présidentielle montrent clairement deux phénomènes.
Le premier est que le débat environnemental, réservé depuis le début des années 1970 aux “partisans de l’écologie“, a peu à peu pénétré une majorité de la classe politique. Le second est qu’elle n’en tire pas encore les conséquences nécessaires.
Sur le premier point, tout le personnel politique n’est pas également convaincu : certains, à l’extrême droite, sans doute négationnistes par vocation, prétendent encore que les changements actuels sont “naturels“ et non dus à l’activité humaine ; d’autres, de toutes provenances de l’échiquier politique, l’admettent timidement mais n’en font pas un thème majeur de campagne ; les troisièmes ont compris l’éveil de l’opinion publique et chargent leurs plumes de leur écrire des discours enflammés sur le thème ; les derniers et, pour certains pas les moindres, placent l’environnement et les changements climatiques au cœur de leur campagne.
C’est un progrès notable. Reste à examiner les solutions proposées. Il semble qu’elles relèvent encore, non d’une conscience claire de l’impact des questions environnementales sur l’ensemble de notre activité, non d’une volonté politique ferme et d’une stratégie cohérente, mais, le plus souvent, de l’art de la mesure visible, partielle ou peu efficace.
C’est que la prise en compte réelle de la question environnementale suppose une véritable révolution politique et économique, à l’échelle mondiale. Très peu de gens y sont prêts. Très peu de gouvernements.
De quelle révolution s’agit-il ? Tout simplement de notre renonciation individuelle et collective au modèle économique dominant : celui d’une croissance économique perpétuelle et exponentielle, compte tenu de la croissance démographique ; une croissance consommatrice de matières de premières non renouvelables et non infinies, prédatrice de la diversité des espèces végétales et animales ; une croissance menaçante à court ou moyen terme pour les équilibres climatiques, donc pour notre survie et, plus encore, pour celles des générations futures proches.
Ce discours-là, il n’y a guère d’hommes politiques pour le comprendre, moins pour le tenir et moins encore pour en tenir compte. Ce qui nous amène à pas loin de zéro.
Alors commençons par le commencement : Jean-Claude Jancovici, polytechnicien et ingénieur conseil, spécialiste des questions d’énergies et de climat, fait une démonstration convaincante dans un article très dense, intitulé La croissance économique fait-elle effet de serre ?. De son point de vue de spécialiste, la réponse est oui. Il commence par démontrer, chiffres à l’appui, que “depuis un siècle, le volume de l’économie et les émissions de gaz à effet de serre évoluent de la même manière.“ Il démonte ensuite la croyance selon laquelle il existerait une “bonne“ croissance. Puis il prouve que la dématérialisation de l’économie, c’est-à-dire le développement des activités de service, ne résoudra pas non plus le problème. Enfin, il insiste sur le fait que le modèle économique occidental n’est pas généralisable à l’ensemble du monde.
A la fin de cette démonstration que je vous invite vraiment à lire, il apparaît clairement que les conséquences environnementales et climatiques de notre modèle de croissance économique sont insoutenables à l’horizon d’une vie.
Que faire ?
Pour commencer, réfléchir, comme le fait jcm, comme on commencé de le faire ici, ici, ici ou ici et, bien sûr, ailleurs, à une réorientation rapide de notre activité économique, avec pour double objectif de réaliser, à terme, des économies d’énergie substantielles et de faire évoluer les mentalités.
Ensuite, comme le recommandait Al Gore lors de son récent passage à Paris, évoquer ces questions autour de nous, chacune ou chacun à sa manière, faire évoluer nos mentalités, soulever une vague puissante et diverse qui finira par interpeller les responsables politiques et les convaincre de l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.
PS : tiens, une lecture roborative pour le week-end : L’environnement en France - Edition 2006, IFEN (Institut Français de l’ENvironnement)
2 Comments
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Prix du rapport : 35 euros.
Sans commentaires.
Intéressant! J’ai rédigé deux textes traitant de sujets environnementaux, dont l’un a paru dans le journal Le Devoir. À voir sur mon blogue :
http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/le-dogme-de-la-croissance.html
http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/le-complot-de-leau.html