Le Monde Citoyen

Média politique propulsé par l’autre rédaction

Les medias ont ils tué la politique ?

par phil, 4 November 2006

Guillaume Durand, il faut bien le reconnaître, a l’art et la manière de mettre les pieds dans le plat.D’abord et avant tout, sous ses faux airs de dilettante c’est un des rares journalistes de télévision à avoir compris combien la littérature, le cinéma, la musique ou la peinture contemporaine constituent de fabuleux miroirs pour la compréhension de notre société.

C’est tout sauf emmerdant lorsqu’il anime son émission “Esprits libres”, chaque vendredi sur France 2. Précisément, il fait toujours le lien avec l’actualité lorsqu’il interroge les artistes. Parce qu’il a compris depuis longtemps qu’un peintre ou un musicien sont de formidables capteurs de l’air du temps, et des futurs qui s’annoncent. Sortes de pithyes des temps modernes, pour ceux qui savent les écouter.

MISE EN ABIME

Mais cette semaine c’est à une mise en abime à laquelle il a convié le téléspectateur. Sous la forme d’un débat passionnant : “Les medias ont-ils tué la politique ?” Un thème difficile pour le média télé, au coeur du problème en l’occurrence, et dont les ressorts (qui jouent sur l’émotion, l’instantané, l’affectif, la “petite phrase”) ne permettent guère en général d’approfondir et de développer une pensée.

Il fallait du brio, et les idées claires, pour faire vivre ce sujet, avec un plateau composé de Michel Rocard, Jean-Michel Apathie, Philippe teysson, Jacques Julliard (Nouvel Obs), Michel Drucker, Laurent Gerra et quelques autre fortes personnalités dont - tiens - thierry Saussez, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy.

Les thèmes abordés donnent le ton.

“Politique et transparence” : Est-il raisonnable ou totalement délirant de filmer un conseil des ministres ? Allusion de Guillaume Durand à la proposition faite récemment par Ségolène Royal et approuvée par Dominique de Villepin. Pour la journaliste Ghislaine Ottenheimer, cette proposition est un leurre : “La France est l’une des démocraties où il y a le moins de transparence dans les administrations, où il est le plus difficile d’avoir accès à une information. c’est là qu’il faut agir, pas avec ce gadget“.

J’ai déjà évoqué cette culture du secret bien française. Qui peut croire une seconde que si le conseil des ministres était filmé on y verrait le président et l’équipe gouvernementale deviser de secrets d’Etat ou faire autre chose que de la politique-spectacle, à l’attention des caméras…

Folie absolue, les vraies décisions se prendraient ailleurs“, prédit Michel Rocard qui en connaît un rayon. L’ancien premier ministre trouve la campagne électorale actuelle “surréaliste”.

“LE PILONNAGE MEDIATIQUE REND FOU”

Rocard est partisan de dire que “le pilonnage médiatique rend fou (les politiques)”. Tandis que selon J.-M. Apathie, ce ne sont pas les medias mais les politiques qui tuent la politique : leur culture du mensonge, les promesses non tenues (il prend deux exemples marquants, 1981 : changer la vie et 1995 : réduire la fracture sociale).

C’est simple, depuis 1981, le nombre d’abstentionnistes n’a cessé d’augmenter (en millions de personnes) et la présidentielle est l’élection où les français s’abstiennent le plus. Plutôt que “la faute aux médias”, Ghislaine Ottenheimer voit un vrai problème de médiocrité de la classe politique.

Le duo Sarkozy - Royal. Pour le chroniqueur du Nouvel Obs’, Jacques Julliard, ce ne sont pas les medias qui ont fabriqué les deux candidats. “Ils apparaissent différents du système et parlent avec les gens”. Un vrai conte de fées…

Sauf que Thierry Saussez explique bien la stratégie médiatique de Nicolas Sarkozy, dont il est le mentor communicant. Notez bien l’habile réthorique : Sarkozy, manipulateur des medias ? Pas du tout répond le conseiller en com, “il a compris qu’en alimlentant les medias on n’est plus à la traîne”.

Plutôt que de courir après l’actualité, il s’agit donc de la créer. Une phrase assassine par ici, un vieux concept remis au goût du jour, des caméras au bon endroit par là, du soi-disant parler-vrai alimenté par des sondages… Pour Saussez, Ségolène - on s’en serait douté - n’est qu’une pâle copie de l’original.

Politique et vie privée. Dès 1983, des journalistes savaient pour Mazarine et la double vie de François Mitterrand. En 1988, Jean-Michel Apathie l’apprend aussi, il ne dira rien. Pourquoi ? Il n’en avait pas perçu l’importance, assure le journaliste politique…

Pourtant des fonds publics étaient engagés pour protéger cette double vie. Et de ce point de vue, il aurait fallu en parler. “C’est la responsabilité des journalistes d’en dire le plus possible“, conclut-il a posteriori. Pas un mot, lors du débat, sur l’affaire révélée cette année par le Canard Enchaîné concernant un hypothétique fils caché de Chirac, au Japon…

LA CAMPAGNE SE GAGNERA SUR LE NET

La politique et internet. Dès le début, le constat est fait : la télévision reste le media dominant, mais il n’est plus hégémonique.

Pour Saussez, clairement, la campagne électorale se gagnera ou se perdra sur internet. Dans sa bouche, il semble que le public des internautes est moins malléable, moins perméable à la commmunication politique traditionnelle.

C’est un vrai phénomène, ce sera un outil de communication majeur pour les campagnes électorales“, prévoit un des débateurs qui occupe des fonctions politiques (son nom m’échappe).

Communication, encore. Faut-il en vouloir aux politiques de vouloir faire passer leurs messages ? Certainement pas, mais nombre d’entre eux n’ont sans doute pas encore pris toute la dimension de l’actuel phénomène citoyen, de la demande de vérité, des discussions sans fin sur le Net.

Jacques Julliard remet les pendules à l’heure sur ce point. Il perçoit bien, semble-t-il, la situation : “En France, tout le monde veut devenir journaliste, c’est absurde et contradictoire, mais il faut comprendre le sens du phénomène. C’est une remise en cause de la division du travail entre émetteurs et recepteurs d’informations, ça va très loin“. Pas très explicite pour les néophytes le père Julliard.

Il ne fait que décrire un phénomène évident - une révolution en cours - pour tous les internautes. L’info ne circule plus seulement du haut (les medias dominants) vers le bas. Mais également horizontalement, d’un blog à l’autre, d’individu à individu, dans un gigantesque bouche-à-oreille mondial. Bref, les medias traditionnels n’ont plus le monopole.

Fin du débat. Guillaume Durand change de table et accueille Philippe Sollers. Et sur un tout autre sujet, l’écrivain a ces mots qui résonnent : “Il faut que tout change, pour que tout reste pareil...”. On ne peut alors s’empêcher de penser à la “rupture” pronée par Sarkozy ou encore aux “jurys citoyens” de Ségolène. Deux approches du changement en politique, à première vue. Mais une fois au pouvoir - l’une comme l’autre - oseront-ils vraiment changer les règles du jeu ?

Tout changer pour que rien ne change… le nouvel ordre juste ?

13 Comments

  1. Comment by aaa on 5 November 2006 0:56

    il existe donc des gens pour trouver ces débats télévisuels intéressants ! Je comprends mieux tout d’un coup leur inexplicable persistance.

  2. Comment by phil on 5 November 2006 1:19

    Il existe donc des lecteurs qui commentent mes articles. je comprend mieux pourquoi j’écris… :-)

  3. Comment by chris on 5 November 2006 10:55

    Tout changer pour que rien ne change… le nouvel ordre juste ?

    meme si je partage globalement l’analyse de l’article , la derniere phrase m’interpelle …et si la blogosphere debouchait sur ca aussi , trop d’infos tuant l’infos ,les charismatiques etouffant les anonymes , la censure tout aussi discrete pour certains sites …si le lecteur anonyme finissait par ressentir cette desagreable et latente impression de deja vu …et que du participatif esperé , on glissait aussi sur une nouvelle forme de voyeurisme .

  4. Comment by lesyeux on 5 November 2006 11:03

    l’hypermediatisation rend fou, je suis bien d’accord avec cela
    le trop nuit au bien
    gouverner notre pays dans la tempete médiatique- people me semble aussi peu fiable que gouverner le titanic
    il y a une différence entre l’expression du citoyen dans les règles de la démocratie et l’agitation hystérique orchestrée par les sondages et les médias
    le citoyen est versatile, tout le démontre, tout le prouve, (cf les sondages et les baromètres des hommes politques) si le citoyen est responsable et adulte, il n’est pas forcément au fait des choses de la république et de la gouvernance
    combien lisent les journaux, se documentent sérieusement ?
    si le citoyen s’exprime en fonction de ce qu’il regarde à la télé, ça fait peur…..
    les médias comme contre pouvoir oui, il serait souhaitable que cela redevienne effectif
    mais les médias se posent la question : n’est-ce pas la médiatisation qui gouverne ? comme s’ils n’étaient pas responsable de cela….
    ça serait à mourir de rire si ce n’était à pleurer….
    tout lemonde se plaint des manigances de sarko pour mettre d el’huile sur le feu dans les cités
    mais les médias sont complices et co-responsables : pq y-vont-ils ? pq mettent-tils en scène, tous, autant Libé que les autres ce que Sarko souhaite ?
    en ce sens, oui les médias tuent la politique en participant à la propagande insidieuse

    c’est devenu quoi la politique ? ce qu’on en fait les médias qui servent la soupe à ceux qui sont sur la scène (cf le phénomène segolène royal qui n’aurait pas été possible sans eux. siles médias avaient été sérieux ils auraient répartis leur attention et ouvert leurs colonnes aux autres hommes et femmes en lice, on aurait certaienment gagné en efficacité polituque et en sérieux, alors que nous avons assistés à un genre de loft politique)
    la politique est à mon sens qq chose de suffisament sérieux pour le garder de toute cette popularisation folklorique, l’image a tué la pensée politique
    ce n’est pas mépriser le citoyen que de gouverner ou de former son projet politique en l’écoutant, en le consultant mais en se gardant du coté démago ‘je fais ce que le peuple me dicte’, c’est le respecter
    ce n’est pas mépriser le lecteur que de faire son job de journlaiste sérieusement en ne flattant ni le poitique ni lecteur ni le ds le sens du poil , c’est les respecter les uns et les autres

    donc, tout ceci pour dire, que ce n’est qu’après une remise en question fondamentale du métier de journalisme (aujourdh’ui servile) que les choses pourront changer
    un nouvel ordre quoi……

  5. Comment by phil on 5 November 2006 11:14

    Mais Chris… c’est exactement ce qui est en train d’arriver ! Les stars de la blogosphère s’appellent Schneidermann, Lepers, Karl Zero, Morandini, Apathie et quelques autres. Ce sont des icônes TV qui ont migré vers le web et qui cannibalisent l’audience en utilisant leur notoriété.
    Je ne dis pas qu’ils n’ont pas de talent ni d’intérêt, mais leur présence sur le Net est plus visible et plus rapidement, parce que ce sont déjà des people.
    Et pour la censure (discrète), vous avez parfaitement raison.
    Il faut juste espérer qu’il restera quelques espaces de liberté.
    A mon avis, il est probable qu’après la présidentielle on assistera à un grand ménage sur le Net. Je suis peut-être trop pessimiste…

  6. Comment by phil on 5 November 2006 11:24

    @ Les Yeus : globalement d’accord avec votre analyse. Je retiens en particulier la “complicité et la co-responsabilité” dont vous parlez, entre medias et politiques : c’est un fait objectif à mon sens.
    Du coup, les journalistes ont perdu en crédibilité à force de servir la soupe.

  7. Comment by brigetoun on 5 November 2006 13:47

    réunir une telle brochette pour de telles platitudes !
    et ramener une fois de plus le rôle des médias aux “affaires” - pourraient ils être un peu plus ambitieux et parler de politique ? et non des dessous de la politique même s’ils ont le nez dessus

  8. Comment by Boulgakof on 5 November 2006 15:40

    A mon avis, les politiques comme les médias sont responsables de cette crise. Mais ceux qu’on oublie, ce sont les électeurs-spectateurs, qui ne font pas l’effort de cercer les véritables informations, qui se complaisent à entendre ce qu’ils pensent déjà. Alors oui c’est le rôle des “élites” politico-médiatiques de les réveiller, parce que cacun n’a pas forcément les moyens de naviguer dans le magma des annonces. Mais sans vonloté du “peuple” de véritablement comprendre, on n’y pourra rien. A quand un dirigeant polituque qui ose dire aux français: “Vous n’avez rien compris!”…?

  9. Comment by caubou on 5 November 2006 20:12

    moi ce qui me tue, c’est comment le PS via François Hollande a mis Rocard au rencard alors que c’est un des derniers socialistes a avoir une analyse pertinente.

  10. Comment by Amesoul on 5 November 2006 22:43

    Je suis également un peu rester sur ma faim devant une question qui était vraiment intéressante (pour une fois… en tout cas plus intéressant que le débat pro ou anti Angot - Litell…).
    Les journalistes disent que les politiques ont tué eux-mêmes la politique, les politiques disent que bien sûr les médias en font trop…
    Il n’y avait bien que M. Rocard effectivement pour apporter un peu de lueur et d’”esprit libre” à ce “débat”… Ce qui devient une habitude ces derniers temps… Merci aux médias de redonner quelques minutes de paroles à Rocard!!
    Du changement d’accord mais pourquoi se priver d’une voix aussi avisée sur bien des sujets ?

  11. Comment by michel on 8 November 2006 18:52

    parfois les médias nous font bien rire. Avoir :
    http://www.dailymotion.com/visited/search/sego%20clip/video/xlt8y_sego-clip

  12. Comment by phil on 8 November 2006 20:25

    Ouhla ! Pimprenelle vient de créer une secte ??

  13. Pingback by Un jour à la fois, Un día a la vez » Nicolas Sarkozy, le faux discours. on 3 January 2007 0:52

    […] D’emblé, il est important de signaler qu’il ne s’agit pas d’un texte dont le seul but est de se joindre aux concerts des critiques faciles pour enfoncer plus qu’il ne le faut le président de l’UMP et candidat à l’élection présidentielle prochaine. Au contraire si coupable il devrait y avoir, il faudrait plutôt se tourner du coté de ceux qui dans une machination abracadabresque se livre à une critique démesurée du maire de Neuilly. Qu’ils soient ministres, députés, politiciens, hommes de savoir, d’église ou tout simplement citoyens à part entière, beaucoup se livre de plus en plus, non pas à une critique de l’homme politique et donc des idées mais souvent à une critique de ce qu’il représente. On dira de lui qu’il est fou, qu’il aime le pouvoir, qu’il est presque machiavélique, surtout populiste, parfois anti magistrat, tantôt démagogue, menteur (mais pas Super Menteur), de raciste, d’antigaulliste, de manipulateur des médias, à la rigueur de dictateur doux ou encore de traite. C’est le culte d’un mythe : l’antisarkozysme. Pourtant faut croire qu’il y’a tout un océan entre ceux qui le traitent de ces noms, et les millions de personne qui chaque jour adhère à son parti car et à cause de lui et qui chaque jour, lui donne toutes ses intentions de vote dans différents sondages. […]

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