Ségolène Royal : quand le fantasme s’invite en politique
par phil, 17 November 2006
Etonnant combien la politique et le pouvoir suscitent fascination et fantasmes. Ségolène Royal à peine déclarée vainqueur, hier soir, dans la primaire interne au PS, j’ai vu sur mon blog un pic de fréquentation assez incroyable. Un pic, que dis-je un cap, une péninsule, correspondant à de multiples requètes d’internautes effectuées sur Google, toutes sur le même thème… “Ségolène Royal en bikini”.
Ségolène Royal a donc été désignée hier soir, par les militants socialistes, comme porte-flambeau du PS pour l’élection présidentielle en 2007. Une large victoire au premier tour (63% selon un résultat provisoire publié par le NouvelObs, passé minuit), qui suscite donc quelques “productions de l’imagination par laquelle le moi cherche à échapper à l’emprise de la réalité“. C’est la définition même du fantasme.
Au-delà de l’anecdote croustillante, la candidate du PS incarnerait-elle auprès des français un fantasme en politique ? C’est à dire un espoir. Celui d’un renouveau de l’exercice du pouvoir, qui serait étroitement lié à la féminité de la candidate. Après tout, c’est bien elle qui parle de “désir” d’avenir. Un terme qui renvoie au désir amoureux.
LE DOUBLE EFFET KISS COOL
La notion de désir implique l’idée d’un manque. Manque de démocratie ? Ségolène Royal parle de participation, d’échanges, de jurys citoyens. Manque de renouvellement de la classe politique ? Elle veut limiter les mandats des élus, et celui du président à deux. En pointant les manques dans notre société (à l’école, en matière de justice sociale ou d’égalité, etc), la candidate est parfaitement cohérente avec son discours fondé sur le désir.
Mieux que celà, il y a un double effet Kiss-Cool dans le discours de Ségolène Royal : consciemment elle s’adresse à la raison de chaque individu, tandis qu’inconsciemment elle nous parle sur un registre affectif. Ségolène Royal incarnerait de cette manière la personne qui comblerait tous nos désirs… C’est évidemment un fantasme, mais avec cette grille de lecture on peut aisément comprendre que les discours de Strauss-Kahn et Fabius n’aient pas suscité l’engouement des militants socialistes.
Susciter le désir et l’envie, c’est sans doute la caractéristique principale de Ségolène Royal. Déjà pas mal pour un candidat à l’élection présidentielle. Car sur le fond de son discours politique, Arnaud Montebourg l’a bien dit hier soir sur France 2 : Ségolène emprunte ses thèmes à de nombreuses composantes de la gauche. Des thèmes qui habituellement étaient “sous-traîtés” par d’autres formations politiques proches (les radicaux, le PC, les Verts voire l’extrême gauche). Elle emprunte aussi aux sujets “orphelins” (ceux que traditionnellement la gauche n’abordait pas), tels que la sécurité… Ségolène Royal ne se place pas sur un plan strictement idéologique.
Mais voilà toute la difficulté qui l’attend pour ses prochains six mois : comment réconcilier les contraires qui s’affrontent au sein des gauches, comment passer du fantasme à la réalité ? Et si possible autrement qu’à travers un chantage au vote utile.
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