“Art, Courage Et Vertu”: D’Après “Le Nouvel Observateur”, Jean Daniel, Patron Du “Nouvel Observateur”, Incarne “Une Véritable Ethique Du Journalisme”
par Sébastien Fontenelle, 1 December 2006
Cette semaine, dans “Le Nouvel Observateur”, Max Gallo, “écrivain, journaliste, historien et ancien ministre”, loue, sur une pleine page, “Avec Camus”, le nouveau livre de Jean Daniel (patron du “Nouvel Observateur”), présenté comme “une relecture de l’oeuvre de l’auteur de “L’Homme révolté” à la lumière des urgences contemporaines”.
Max Gallo, qui a vachement aimé ce bouquin, nous rappelle d’abord que “depuis les années 1950 et par-delà la mort de Camus en 1960 s’est noué entre les deux hommes [Camus et Daniel] un dialogue ininterrompu”.
Aussitôt Max Gallo précise: “Mais l’échange que Jean Daniel nous fait partager aujourd’hui est exceptionnel”.
Pourquoi?
Parce que “c’est une confidence chuchotée, épurée, un legs moral qui dit l’essentiel de deux vies en miroir”.
Les mots importants: “Deux vies en miroir”.
Ils signifient que nos deux héros, Albert et Jean, d’une certaine manière, ne font qu’un, et que par conséquent, c’est ici l’essentiel, ce qui vaut pour l’un vaut pour l’autre.
Confirmation: leur deux vies “toutes les deux sont placées à ce confluent de l’histoire et de l’actualité, de la politique et de la vérité, de l’argent et de l’indépendance qu’est le journalisme quand il est conçu non pas “comme un exil mais comme un royaume”. Il exige alors courage, art et vertu”.
Ecrit Max Gallo.
C’est formulé assez nettement: le courage, l’art et la vertu de Jean Daniel font de lui, comme de Camus jadis, un roi du journalisme.
Ainsi lorsque Albert Camus, raconté par Jean Daniel, considérait “le journalisme comme un combat pour la vérité”, comme nous le rappelle Gallo, vous aurez compris, du moins je l’espère, que c’est aussi l’idée que Jean Daniel se fait de son métier, puisque, rappelez-vous, nous avons là “deux vies en miroir”.
Dès lors, une fois posé, puis confirmé, que Daniel est dans Camus au moins autant qu’Albert est dans Jean, il suffit à Max Gallo, pour flatter Daniel en admirant Camus, de laisser courir sa plume: quand il écrit par exemple qu’”Albert Camus sait bien que pratiquer le journalisme, c’est être en perpétuelle résistance”, le lecteur du “Nouvel Obs”, qui n’est pas complètement sot, devine que le patron de son hebdo préféré le “sait” aussi.
Entre ici, Jean Daniel…
Les “positions intransigeantes de Camus” sont aussi, est-il besoin de le souligner encore, celles du chef du “Nouvel Obs”, qui, dans son livre, nous dit Gallo, “démontre avec rigueur et une sorte d’humilité, qui donne encore plus de poids à sa thèse, qu’elles permettent, une fois rassemblées, d’élaborer une “nouvelle éthique du journalisme”, une “réponse au bouleversement des valeurs que subit notre siècle”".
Artiste, courageux, vertueux, Jean Daniel est donc aussi, reconnaissons qu’il serait fort dommage de ne pas le mentionner, un journaliste rigoureux, mais en même temps, humble dans la rigueur.
D’ailleurs, son livre, d’après Max Gallo, “est un élément majeur de la réflexion sur le rôle de la communication et les responsabilités des journalistes”…
Pour nourrir cette réflexion, Jean Daniel, homme de scoops, “verse au dossier un article devenu introuvable”, où Camus écrivait: “Loin de refléter l’état d’esprit du public, la plus grande partie de la presse française ne reflète que l’état d’esprit de ceux qui la font. A une ou deux exceptions près, le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de notre presse. A la place de nos directeurs de journaux, je ne m’en féliciterais pas: tout ce qui dégrade en effet la culture raccourcit en effet les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques, décorés du nom d’artistes, court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation”.
Commentaire de Gallo: “Ce sont nos écrans de télévision que Camus - et Daniel - montrent du doigt!”
Et pas “Le Nouvel Observateur”?
Autre perle, Daniel, citant Camus, écrit: “Nous sommes quelques-uns à ne pas supporter qu’on parle de misère autrement qu’en connaissance de cause”.
Max Gallo trouve ça formidablement “éthique”, et c’est vrai que Jean Daniel connaît la misère de très près - comme ses lecteurs, d’ailleurs, qui se voient proposer, dans les pages conso du “Nouvel Obs” de la semaine, de menues babioles comme un ensemble “blazer et pantalon en drill de soie et coton” de chez Gucci (prix “sur demande”) ou un “sac en cuir monogramme miroir” de chez Louis Vuitton (prix “sur demande” également)…
Une dernière, pour la route, pieusement recopiée par Gallo chez Daniel qui lui-même l’a copiée chez Camus: “Si les écrivains avaient la moindre estime pour leur métier, ils se refuseraient à écrire n’importe où. Mais il faut plaire, et pour plaire, se coucher”.
Comme c’est bien vu!
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