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Ca m’assied !

par Jean Véronis, 3 December 2006

Louis-Jean et moi avons décortiqué sur France Inter le passage de Nicolas Sarkozy dans l’émission « A vous de juger » de jeudi soir (voir ici pour écouter l’émission). Un mot nous avait frappé (parmi bien d’autres, nous en reparlerons peut-être), l’usage du verbe messeoir :

Un peu de pudeur ne messied pas dans le débat public.

Nicolas Sarkozy n’est pas un grand amateur de mots compliqués (contrairement à Jean-Marie Le Pen, par exemple), et ça a dû lui échapper. C’est curieux, mais plein de gens ne connaissent plus ce verbe, qui signifie « ne pas convenir » (au départ, ne pas être sur son séant). Il fait partie de ces verbes moribonds, comme choir. Il n’existe plus guère qu’à la troisième personne, et à la forme négative.

Les militants qui ont transcrit le débat sur le site de l’UMP n’y ont visiblement compris goutte, et ont écrit :

Un peu de pudeur ne me sieds pas dans le débat public.

C’est à dire exactement l’inverse (faisons abstraction de la faute d’accord). Mais peut-être ont-ils pensé que c’était réellement la pensée de leur chef. Le doute est possible quand on se remémore le fiston mis en scène (« Bonne chance mon papa ! »), l’affichage avec Cécilia dans les magazines, et autres petites scènes de la pipolisation quotidienne chez les Sarkozy.

Nous avons interrogé l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, qui avait lancé en son temps la mode du relâchement de la pudeur politique (rappelez-vous : l’accordéon, le ski en famille, etc.). Il a confirmé lui aussi qu’il en revient :

Un peu de pudeur ne saurait méchoir.

Ca m’a scié.

10 Comments

  1. Comment by Jean-Marie on 3 December 2006 17:20

    Votre transcription n’est pas plus juste que celle de l’UMP. Il faut en réalité écrire :

    ” Un peu de pudeur ne Messier pas…”

    :-)

  2. Comment by Jean Véronis on 3 December 2006 17:26

    Heureusement qu’il ne parlait pas de Le Pen. Vous imaginez : Jean-Marie messied…

  3. Comment by lesyeux on 4 December 2006 9:45

    moi j’aime bien les jolis mots, (mais pas sarko) et le peuple n’est pas aussi inculte que l’on veut bien le laisser croire
    à n’utiliser que quelques ridicules pourcents de notre vocabulaire disponible, nous inciter à ouvrir un dico est tjs quelque chose de gagné et de gratuit

    ce qui est drôle, c’est la transcription sur le site UMP….

    heu….c’est tout ce qui vous a frappé dans cette émission au sujet de sarko ?
    pas la franchise de l’assurance maladie ?
    pas le disparition du CDD au profit d’un CDI avec garanties sociales progressives pour tout le monde ?

  4. Comment by Jean Véronis on 4 December 2006 9:50

    c’est tout ce qui vous a frappé> Non, bien sûr ! Mais j’ai déjà fait une chronique sur France Inter, je ne veux pas trop être redondant. Ce qui m’a frappé du point de vue du langage c’est la fin de la “rupture” et de la “France d’après”. Sarko s’en débarrasse rapidement avec un oxymore “la rupture tranquille” (clin d’oeil à Mitterrand !) et hop c’est fini… Quant au fond (le contrat unique de travail, etc.) je n’ai pas vu de scoop particulier, ce sont des choses qu’il a déjà dites et redites, non ?

  5. Comment by NonsJoke on 4 December 2006 13:36

    Si, en son temps, VGE lui-même a joué le jeu du relâchement de la pudeur en politique, on peut donc dire qu’un éventuel retour à cette pudeur ne peut en aucun cas être porté à son crédit. Ainsi, la transcription de sa réponse aurait pu traduire cette prise de recul de sa part :

    Un peu de pudeur ne saurait m’échoir

    Un rien capilotracté, mais je n’ai pas pu me retenir …
    Désolé. Je sors :-)

  6. Comment by lesyeux on 4 December 2006 14:20

    heu j’ai entendu cela à france inter…aussi “oxymore’ mais je suis dubitative : une “rupture tranquille” n’est pas un oxymore !
    cette figure de style n’est pas adaptée à ‘rupture tranquille’ parce que c’e n’est pas incompatible malgré tout
    une rupture peut etre faite en douceur, peut etre trnaquille, il n’y a pas d’opposition
    un oxymore, , c’est deux mots, deux notions a priori incompatibles , le plus célèbre étant “une obscure clarté”

  7. Comment by lesyeux on 4 December 2006 14:25

    PS : ah bon… s’il faut un scoop pour pouvoir débattre de choses essentielles et profondes….

    dissertons donc sur l’utilité du scoop dans les débats pour l’avenir du pays

    le CDI est tout d e meme la base de notre code du trvail, qui va être remis en cause

    quant à la franchise de l’assurance maladie, cela n’offusque personne à priori, qu’il faille sans doute désormais se voir appliquer une franchIse sur tout SOIN M2DICAL (apparemment bien plus que ce 1 euro ou 18 euros actuels pour les radios)

    bon mais puisque tout le monde semble s’en accomoder….(50% des français au 2d tour ?)

  8. Pingback by Petites-Phrases.com : le florilège préélectoral, un blog politique » Temps de cerveau on 4 December 2006 23:23

    […] Posté par Samski dans 04 Dec 2006 | Tagué comme: Sarkozy           0 votes de Philippe Cohen, journaliste, à propos de Nicolas Sarkozy : “Sur le plan technique, je ne crois pas que Nicolas Sarkozy ait besoin de trop travailler son expression : il est très peu cultivé et la pauvreté de son lexique colle bien avec le Smic langagier proposé par la télésphère.” Et pourtant ! Il a quand même réussi à caser le verbe “messeoir” lors de l’émission de jeudi dernier avec Arlette Chabot, comme l’a noté Jean Véronis avec humour ! Alors quoi ? Il apprend des listes de vocabulaire que lui pondent ses petits normaliens ? […]

  9. Comment by Samski on 4 December 2006 23:24

    Ah, c’est “un” oxymore ? Je croyais que c’était féminin, et que “oxymoron” était masculin. J’ai bu ?

  10. Comment by Jean Véronis on 5 December 2006 8:46

    Samski> Les deux sont masculins…

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