Le Monde Citoyen

Média politique propulsé par l’autre rédaction

Sarkozy - I>télé : un déjeuner dur à digérer

par phil, 10 December 2006

1er acte : opération séduction. Quand Sarkozy invite des journalistes à déjeuner, place Beauvau, tout y passe pour se les mettre dans la poche : d’abord les reproches, ensuite les banalités politiques, l’info de soi-disante première bourre (un dernier sondage qui lui est favorable). Et puis Sarko sort les violons : les souvenirs d’enfance, son “détachement” face à la politique (on se retient de hurler de rire)
Evidemment, c’est Off. Donc la conversation n’aurait jamais dû sortir : c’est une règle implicite, du non-écrit. Rien de légal, juste une sorte de contrat “moral” qui lie les journalistes aux politiques, aux frontières mal définies de la manipulation et de la connivence. Laurent Bazin, journaliste à I>télé, l’a pourtant raconté sur son blog, jouant à “Tintin en Sarkozie”.

2e acte : censure. Puis il a retiré son texte et s’en explique : “La direction de la chaine, a simplement estimé que j’aurais dû lui demander son accord avant de publier un texte sur un déjeuner privé qu’elle avait organisé, elle-même, avec le Ministre“. Être salarié, crée des devoirs, écrit-il encore.

Devoir de fermer sa gueule, sur des faits qui ne relèvent pas d’un domaine confidentiel interne à l’entreprise : dur pour un journaliste, dont le métier c’est quand même un peu de l’ouvrir, pour nous raconter autre chose que les déclarations officielle des candidatures à la présidentielle (un exemple, pas vraiment au hasard).

Le devoir de la direction d’une chaîne télé consiste-t-il à expliquer à ses journalistes ce qu’ils ont le droit ou non d’écrire ?
Les journalistes au pas ? On serait tenté de conclure par une militaire apostrophe : “Rompez !”. Coluche aurait dit “Circulez, y a rien à voir”…

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On peut quand même lire le texte initial de Laurent Bazin ici :

“Ce mercredi midi, la rédaction d’I-télé était invitée à manger place Beauvau avec le ministre de l’Intérieur. Un déjeuner off dans la plus pure tradition, bien entendu.
R.V. 13 heures… 13h15, arrivée du Ministre de l’Intérieur, souriant, costume gris élégant, chemise bleue ciel, cravate bleue soutenue. Jolie montre au poignet. Le portable est posé sur la table à sa droite. Un bouton-pressoir noir à coté du verre pour sonner les serveurs.
Entrée en matière simple et de bon aloi :
Ah, vous êtes plus sympas là que lorsque je vous écoute parler de moi à la télé. Vous m’épargnez pas… La petite là (Valentine Lopez du service politique, assise à sa gauche, ndlr) : visage d’ange, mais elle jamais un mot gentil. Que des méchancetés. Elle me loupe jamais“.
Le tout, bonhomme, sans cesser de plaisanter, en fixant la directrice Générale de la chaine et le directeur de la rédaction assis en face de lui.
Suit le refrain désormais bien connu (Charles Pasqua, l’avais étrenné en 1986 lors des manifs étudiantes) :
Les journalistes de toute façon, vous pouvez pas vous en empécher. La campagne de Ségolène Royal c’est formidable, mon entrée en campagne, c’est nul. C’est sociologique, chez vous : vous êtes 2/3 de gauche, pour 1/3 de droite.
L’entrée vient d’arriver : Coquilles Saint Jacques poëlées. Salade mélangée et volaille émincée pour le Ministre.
Itélé, ce n’est donc pas sa tasse de thé ? Regard vers son conseiller en communication Franck Louvrier :
“Ah! Franck m’a dit de ne pas y aller trop fort, alors… (sourire) Je ne dis pas tout ce que je pense de vous. Je ne veux pas qu’on se fâche. Mais Cécilia, en revanche, elle aime bien I>télé, elle dit que c’est la chaine la plus ouverte, la plus variée. Enfin, il faut reconnaitre que vous avez beaucoup progressé”".
L’entrée en matière épuisée, le rapport de force installé, on passe aux questions politiques. Arrivée du plat de résistance : un filet de bar sur un risotto aux champignons et légumes verts pour nous, une deuxième assiette de crudités et son émincé pour Nicolas Sarkozy (régime, régime…).
Ségolène Royal ? Elle ne l’inquiète pas, même si il s’agace des grâces que lui font les medias.
“Non, elle ne va pas s’effondrer, c’est macho de dire ça. Elle est intelligente, solide, courageuse. Non, elle ne s’effondrera pas. Mais il faut lui opposer les idées. Moi, je serais sur le terrain des idées. Poli, courtois, mais intraitable sur le fond. C’est une femme, mais c’est surtout une responsable politique. Ca fait 20 ans qu’elle est là. Et puis Ségolène Royal, c’est moi qui lui ai ouvert la voie. Si je n’avais pas pris l’UMP comme ça, contre Chirac, vous croyez qu’elle aurait pu bousculer les élephants du PS. Jamais… Maintenant, les français attendent le match. Le match des nouveaux. Ils ne vont pas être décus. Je la sens bien cette campagne. Vous allez voir le sondage IPSOS qui sort cet après midi. Je repasse en tête, j’ai 51% au second tour.”
En attendant, il y a débats à l’UMP à partir de samedi. Ca compte ? Il balaie l’affaire d’un revers de main.
Le moins possible. De toute façon les jeux sont faits. Alliot Marie a perdu 9 points dans le dernier sondageMoi je serais sur une chaise, peut-être même sans cravate. J’écouterais, je répondrais. De ma chaise. Ne pas en faire trop. Et si MAM me reprend sur la discrimination positive, cette fois je répondrais calmement. La première fois (lors de la convention du projet en novembre) j’ai été surpris. C’était une erreur“.
Bayrou. “Je n’en parle pas, je ne critique pas. Ses électeurs voteront pour moi au second tour, je ne l’attaquerai pas. Je dis juste qu’il se trompe de chemin“.
Le Pen. Il l’aura, un jour il l’aura…
Mais on ne fait pas reculer Le Pen en étant Ministre de l’Intérieur. Il faut pouvoir agir sur tous les terrains. Redonner espoir dans l’avenir. Redonner espoir. Dans les années 50/60 l’avenir était un espoir. Au creux des années 80/90, il est devenu une peur. Il faut redonner espoir. Le Pen il est là depuis 1983, avec les magouilles de Mitterand… On ne le chasssera pas comme ça…
Et Jacques Chirac ? Il parait qu’il regarde LCI, lui.
Oui. Il regarde toute la journée mais on ne parle plus beaucoup de lui. Franchement, je ne voudrais pas être à sa place“.

“ELKABBACH C’EST LE MEILLEUR…”

Il revient sur sa gestion de medias. Pas trop, “ca use”… Depuis la rentrée il n’a fait que PPDA, Chabot (”Trois heures, six millions de télespectateurs, vous avez vu ca ? Je suis le seul à faire ça.”), Inter une fois, RTL une fois et deux fois Europe 1. “Elkabbach c’est le meilleur. Lui, il travaille. Ca me rassure“.
Le dessert arrive. Un flan au pomme, très fin avec sa boule de vanille couronnée d’une chips de pomme. Pour nous… Nicolas Sarkozy se contente d’un bol de fromage blanc avec son coulis de fraise (sans sucre?) et enchaine sur sa vision de l’ecole.
Spectaculaire mémoire. Il connait par coeur, mot après mot le discours prononcé quelques semaines plus tôt sur l’Education. “entre l’uniforme et le jean qui laisse beaucoup trop voir, il y a une marge”, dit-il (mais il ne dit pas “string”, parce Ségolène Royal l’a déjà fait). Je veux une école sans casquettes vissées sur la tête, sans portables, ou les élèves se lèvent lorsque le prof entre dans la pièce”.

L’HOMME DONT LA JAMBE DROITE NE CESSE DE S’AGITER

Nostalgie ? Non, retour à quelques bonne vieilles valeurs dans un monde qui “change si vite”. Les parents attablés acquiessent. Nathalie (Ianetta) demande dans un éclat de rire si il ne veut pas venir chez elle donner quelques leçons à son fils Oscar. Nicolas Sarkozy rigole à son tour.
A cet instant, les assiettes ont disparu. On sert le café avec de joli truffes carrées et du sucre de canne. Sarkozy le guerrier, l’homme dont la jambe droite n’a pas cessé de s’agiter depuis une heure, se laisse - apparemment - aller à l’évocation de quelques souvenirs.
Il raconte les plaisirs simples de son enfance. Les escapades au café avec “son grand père qui l’a élevé”, le trajet en métro, le jus d’orange presque rituel de ces sorties magiques, la main dans celle du Docteur Malah. Sarkozy enfant se damnait, dit-il, pour ces moment là. “Pour aller au spectacle on réservait quatre mois à l’avance. Ma mère nous achetait des vètements neufs, pour y aller… Des vètement neufs, c’était quelque chose. Attention, hein… On n’était pas pauvres. On était des bourgeois. Ca allait. Mais c’était tout de même quelquechose“.
(…) C’est comme Jonathan Littel et ses “Bienveillantes” (qu’il a lu et apprécié même si certains passages l’ont mis mal à l’aise) : “250.000 exemplaires vendus sans un seul article de presse. Il s’est bien passé quelque chose, non ? On ne peut pas le nier“. Et il affirme : “moi j’ai vendu plus de 400.000 exemplaires de “Témoignages”. Ca c’est quelquechose, non ?”.
Retour à la littérature. Il dit que son livre préféré c’est le “voyage au bout de la nuit” de Celine. Qu’il adore Albert Cohen (…).

TANT D’ESPOIRS REPOSENT SUR MOI

Il est 14.35, retour à la politique. Nicolas Sarkozy confie qu’il ne se voit pas faire ça toute sa vie.
Surprise générale.
Deux mandats et c’est tout ?“, glisse une journaliste. “Et encore, répond le candidat, si ca ne tenait qu’à moi je n’en ferais qu’un. Mais je ne peux pas. Tant d’espoirs reposent sur moi. Des millions de gens comptent sur moi. Je ne peux pas faire ça.
Et après ? “Après j’irai dans le privé, gagner de l’argent. Je suis avocat, je peux réussir là. Mais j’ai aussi des amis qui me confieraient bien la tête d’une grande entreprise privée. L’argent, ça compte. Je n’ai pas de fortune personnelle. Ce qui compte dans la vie, c’est l’amour. De l’argent, c’est pour les siens, pour acheter une maison, un bel appartement. Offrir un appartement à ses enfants… Je ne veux pas être comme Giscard et Raffarin, un ancien le reste de ma vie à me trainer là, à me lamenter sur ce que je ne suis plus“.
14.45. Le ministre-président-candidat est reparti avec une franche poignée de main et un petit mot pour chacun. “C’était très sympa“, me dit-il en me serrant chaleureusement le coude.
Bien entendu, cher Zbiegnew c’était off. Et oui, Charles, les cuisiners de la Place Beauvau ont le tour de main… Mais on sait maintenant à quoi servent ces rencontres off… Alors pourquoi se priver de vous le raconter. A moins que vous ne vouliez pas savoir ?”

21 Comments

  1. Comment by martin on 10 December 2006 3:48

    Pourquoi avoir “censuré” ce texte, je ne comprends pas la chaine : il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Et moi je trouve que SARKO se montre particulièrement sympa avec des journalistes qui adorent se le payer, lui en foutre plein la gueule: la preuve vos caricatures. Allez ne pleurez pas trop sur votre pauvre sort de journalistes, vous aurez l’occasion de vous rattraper, d’ailleurs c’est déjà fait!!!! Bonne continuation, on vous ne la fera certainement jamais!! AH AH AH AHAH

  2. Comment by Philippe on 10 December 2006 7:14

    Et, en plus, le buzz créé par la disparition est supérieur à celui qui pouvait exister après sa parution. Bon signe pour la démocratie :)

  3. Comment by ghyamphy on 10 December 2006 8:15

    Il n’st désormais que plus évident que Nicolas Sarkozy entend exercer une emprise totalitaire sur les médias de notre pays ! La démocratie suppose des médias démocratiques qui reflète la diversité politique d’un pays sans la caricaturer !

  4. Comment by lesyeux on 10 December 2006 11:11

    très traditionnel….c’est un vrai dejeuner de fete de noel avec cirque familial offert pour les enfants très sages, sarko ds le r ôle du clown pas drôle
    mais pq y rester , s’y preter ?
    n’y a t-il point d’enfant rebelle qui n’aiment pas le cirque ?
    personne qui lance des boulettes de pain ?
    finalement quand on voit les agissements de certains jeunes dans les collèges et lycée on pense que leurs ainés et parents sont bien sages et bien dociles

  5. Comment by zaireetvoltaire on 10 December 2006 11:46

    LCI ou iTélé ?

  6. Comment by phil on 10 December 2006 12:07

    Et pan sur mon bec : I>télé bien sûr… Corrigé.

  7. Comment by Jean on 10 December 2006 12:09

    http://les-loups.hautetfort.com/files/rupturetranquille.2.swf
    le concept de rupture tranquille : )
    ah et sur le site un livre sur le loup alpha qui va paraitre bientot…

  8. Comment by phil on 10 December 2006 12:22

    @ Martin : c’est vrai que le texte en question n’est pas révolutionnaire, même s’il montre quelques traits du caractère de Nicolas Sarkozy qui ne le présentent pas forcément à son avantage. Je trouve la direction d’I>télé en effet particulièrement frileuse.

    Sarko sympa ? C’est l’oxymoron de la semaine… Mouuuahahah

  9. Comment by Fred., de L. on 10 December 2006 15:11

    On aura beau dire que ce truc là, c’est habituel, moi, ça me choque. On aura beau se montrer cynique, et se la jouer “j’ai tout vu et tout fait”, cette morgue dans le ton de Sarkozy, cette façon de “se la jouer”, comme les plus jeunes disent, ouvertement, c’est choquant. A qui pensait-il s’adresser ? Où est le respect ? Il semble demander du respect, mais en a-t-il pour ses invités ? Là, j’ai comme un doute. A lire ce compte-rendu.

    Les journalistes ont-ils encore un peu d’orgueil ?

  10. Comment by François on 10 December 2006 15:11

    Monsieur le Journaliste,

    Tout d’abord pour éviter toute interprétation et étant un ancien militant pur et dur (gaulliste, hé oui, cela éxistait) du feu RPR, je n’aime pas M. Sarkozy, cet homme de”l’immigration positive”, qu’ai venue faire en France sa famille et pourquoi ?
    De quel droit aujourd’hui “Lui” à droit de dire qui à le droit de venir en France?…
    Revenons à notre sujet: les journalistes et Sarko
    Vous êtes biens trop heureux d’être payés par une rédaction, de profiter de tous ces avantages réservés à vous et vos confrères, alors ne crachez pas trop dans la soupe, on ne peux pas être payé par un employeur et travailler contre lui, ou alors voyez et developpez le sort des millions de travailleurs devant gagner leur salaire dans le privé tous les jours.
    Apparement le déjeuner était bon et vous nous faites le coup bien connu de Sarko de la petite confidence.. Hé, Hé.
    La prochaine fois, M. le Journaliste prenez vos risques et faites vous inviter à vôtre propre compte et non pas sur le compte de votre employeur.

    J’espère sans rancune…

    Continuer de nous tenir informer, mais sous votre propre responsabilité.

    Meuileurs souvenirs et écoutez de temps en temps J.F. Kahn.

    François. Paris

  11. Comment by phil on 10 December 2006 16:11

    Bonjour François. Vous dites “On ne peut pas être payé par un employeur et travailler contre lui”.
    Mais en quoi l’article de Laurent Bazin sur ce déjeuner de journalistes avec Sarkozy met-il en cause son employeur ?
    Il ne parle que de Sarkozy et de sa manière d’aborder les journalistes, ce qu’il a mangé, ses goûts en littérature, quelques petites vacheries qu’il a lancé au cours du repas…
    Je ne saisis pas bien votre remarque.
    A mon avis, ce serait plutôt à “l’employeur - en l’occurence - de se demander si la pratique du OFF contribue à la crédibilité du monde journalistique.
    Si un politique invite un journaliste, ce n’est pas pour parler météo ou littérature, vous en conviendrez. Derrière, il y a une tentative d’influence.
    Le journaliste est là pour informer, et c’est ce qu’a fait Laurent Bazin.

    On peut certes regretter qu’il ait retiré son texte (suite à la demande de sa direction), mais on peut le comprendre aussi, il tient sans doute à conserver son emploi.
    A vous lire, François, j’ai l’impression qu’il vous semble normal qu’après avoir été invité par Sarkozy, un journaliste ne devrait pas le critiquer (c’est le sens de votre expression “ne pas cracher dans la soupe”, non ?).
    Désolé, mais je ne vois pas les choses de cette manière.
    Il y a aujourd’hui une demande forte de transparence et de vérité, et même d’éthique à l’égard de tous les pouvoirs : c’est le prix à payer pour regagner en crédibilité.

    Quant à Sarkozy, ne croyez-vous pas qu’il pourraît inviter des journalistes à ses propres frais, plutôt que sur le dos du contribuable, pour faire sa communication de candidat ?

  12. Comment by Luc on 10 December 2006 16:19

    Le “off” c’est le piège à cons “spécial journalistes”.
    J’ai pratiqué pendant 25 ans, je m’y suis laissé prendre parfois (mais je me suis soigné), je sais de quoi je parle.

    Aucun journaliste “politique” ou “économique” ne peut se passer de “off”. La fonction avouée et avouable du off est d’aider le journaliste à mettre les choses en perspectives, à comprendre les motivations sous-jacentes des décisions, les enjeux cachés, etc…

    Cela devrait en théorie les aider à produire de l’info de meilleure qualité pour le public, auquel tout le monde est d’accord pour dire qu’il est impossible de tout expliquer (trop long, trop compliqué, trop risqué parce qu’on n’a pas de preuve juridiquement recevable,…)

    Cela devrait. Dans les faits, à quoi sert le “off” ? A renforcer la connivence entre le journaliste et les “décideurs” (politiques ou économiques) car ceux-ci donnent l’illusion de faire des faveurs aux journalistes, ce qui très paradoxalement donne le sentiment à ceux-ci d’être traités en égaux parce qu’ils partagent quelques secrets (le plus souvent des tuyaux crevés) avec quelques puissants. Cela fait partie d’une panoplie dont d’autres éléments sont par exemple le tutoiement, la participation à quelques soirées festives et arrosées (en voyage en général), voire, quand on va au bout de la logique, le fait de partager un même lit de façon éphémère ou régulière selon les cas (la profession journalistiques s’est féminisée beaucoup plus rapidement que les gouvernements et les état-majors des grandes sociétés, cela simplifie les choses de ce point de vue).

    Il m’est arrivé (il y a longtemps, j’étais bien jeune et la prescription est acquise depuis belle lurette) de recevoir des mains d’un ministre en exercice (un des poids lours du gouvernement de l’époque, aujourd’hui à la tête d’un grand organisme européen) une copie d’un rapport classé “secret défense” sur la couverture duquel étaient imprimés les articles du code pénal qui rendaient passible celui qui me le donnait de lourdes peines de prison (10 ou 20 ans, je ne sais plus…).

    Le fin du fin comme “off” !
    Quelle marque de confiance ! Comment, dès lors ne pas se sentir flatté. Comment ne pas sentir s’émousser son sens critique ?

    Le “off” permet aux journalistes - dont il ne faudrait pas oublier que hormis quelques vedettes grassement payées de la télé et des environs ils exercent une profession qui s’est largement prolétarisée au fil des 30 dernières années, et que beaucoup n’ont qu’un statut professionnel très précaire - de se sentir considérés, de s’imaginer être des privilégiés, de croire faire partie de la “France d’en haut”.

    Bref, le “off” c’est une produit anesthésiant très puissant, qui agit de manière ciblés sur la conscience de classe et sur le libre-examen.

    C’est évidemment tout bénéf pour ceux qui distillent goutte à goutte ce produit qui ne leur coûte rien, et dont les effets secondaires ravissent tant les patrons de presse (marchands d’armes ou pas) que les “décideurs”, les vrais.

    Le “off” c’est le polonium de l’âme des journalistes.

  13. Comment by phil on 10 December 2006 16:53

    @ Luc : “Le OFF c’est le polonium de l’âme des journalistes”… Bien vu ! Je n’en pense pas moins. Sauf que je ne crois pas indispensable cette pratique pour permettre aux journalistes de mettre en perspective leurs infos.

  14. Comment by lesyeux on 10 December 2006 18:28

    toc toc toc…….pouvez-vous éclairer ma lanterne de simple lectrice ou consommatrice d’info ?

    puisque vous etes tout à fait conscient de la mascarade du ‘off’ , des tentatives de manip, etc etc…et du vide abyssal de l’exercice en fin de compte….pq y allez-vous ? est-ce malgré tout la petit pommade qui fait du bien , cette ‘impression d’avoir été choisi pour être ‘initié’ aux petites confidences ?

  15. Comment by Luc on 10 December 2006 19:06

    @ lesyeux :
    Le “off” n’est pas toujours prévu et planifié par le journaliste comme dans le récit ci-dessus.
    C’est souvent un peu par hasard qu’on recueille du “off”, parce qu’on pose une question et qu’une partie de la réponse est donnée “off”. C’est aussi une manière pour les politiques de faire passer ce qui fleur un peu trop la langue de bois. Quand ils voient que l’explication ne passe pas auprès du journaliste, ils ajoutent “bon, je pourrais vous en dire un peu plus, mais c’est off…”.
    Le journaliste qui répond “si c’est off je m’en fiche, moi je suis là pour répercuter des infos à mes lecteurs pas pour entendre vos confidences” se coupe de ses sources… et il craint évidemment que ses concurrents n’aient pas eu la même intransigeance et en tirent profit.

    Pourquoi les jouyrnalistes y vont ? Faut pas oublier non plus que, pour la plupart, ce sont des salariés, qui ont une hiérarchie. On leur d’y aller, ils y vont… Le journaliste qui va voir son rédac’chef en lui disant “le Ministre machin voulait me faire de soi-disant confidences pour m’amadouer, mais je ne me suis pas laissé embobiner. Je lui ai dit, non pas de off, k’en ai rien à faire, je ne vous écoute pas…” ne doit pas s’attendre à des félicitations pour sa rigueur morale et déontologique !

    @ phil :
    Mon expérience m’a appris qu’il est aussi difficile pour un journaliste de terrain de se passer totalement du “off” que de ne pas être complice de toutes les dérives qu’il favorise.
    Dans l’exemple que je donnais ci-dessus, le fait d’avoir connaissance de ce rapport ultra-confidentiel concernant un énorme marché d’armement en préparation m’a permis de comprendre les enjeux économiques, en termes d’emploi. Sans cela je devais me contenter du discours officiel des marchands d’armes et du service communication de l’armée !

  16. Comment by phil on 10 December 2006 20:10

    @ Luc : disons qu’il y a “off” et “off”. Quand tu discutes à bâtons rompus entre deux portes, avec un décideur quel qu’il soit, pas de problème, tu es dans ton boulôt de recherche et de compréhension de l’info.

    En revanche, tu sais bien que les voyages de presse, les petites bouffes (généralement bien garnies) spécialement organisées favorisent/suscitent les petites confidences et, au final, entretiennent la connivence. Ce “off” là, dont nous parle Laurent Bazin, est spécialement conçu dans une perspective de communication.

    C’est cette pratique qui est gonflante, simplement parce qu’elle vise à étouffer la part critique des journalistes. J’en parle aussi par expérience… (15 ans dans la presse régionale).

  17. Comment by lesyeux on 10 December 2006 20:17

    .”…..ne doit pas s’attendre à des félicitations pour sa rigueur morale et déontologique !……”

    sauf que cette phrase me fait bien rigoler…quand on lit et on entend les infos….que ce soit dans les JT ou sur les ondes de certaines radios, dont france inter….
    ça me fait franchement marrer….

  18. Comment by Luc on 10 December 2006 20:25

    @ Phil : d’accord, cher ex-confrère. Mais la ligne de démarcation entre les variétés de “off” ne sont pas nettement tracées. On peut glisser de l’une à l’autre sans toujours s’en rendre compte immédiatement. Il n’est d’ailleurs nullement indispensable d’être entre deux portes, et le critère “resto ou pas resto” n’est pas forcément toujours pertinent non plus. Pas toujours.

    Les voyages de presse, c’est certain, favorisent la connivence. Ils sont faits pour ça.
    Mais il m’est arrivé de recueillir des infos de première main au petit déj dans un hôtel de Washington, parce que ce jour-là j’étais le seul journaliste à m’être levé aussi tôt qu’un important dirigeant du FMI qui logeait à quelques chambres de la mienne… Cet homme-là n’aimait pas prendre son petit déj’ tout seul et il en avait “gros sur la patate”, donc envie de parler.

    Il n’y a pas de règle. L’infinité de situations possibles est telle qu’il n’est pas toujours possible au journaliste de détecter immédiatement les manips.
    Et puis il y a la pression de la concurrence : si je fiche à la poubelle des pseudo-confidences qu’on me fait et qu’un concurrent en fait un gros titre bien ronflant, qui c’est qui se fait engueuler et qui c’est qui passe pour un “journaliste d’investigation” ?

  19. Comment by céleste on 10 December 2006 22:49

    Nul!
    censurer un article qui ne raconte rien que tout le monde ne sache déjà!
    ses goûts littéraires, soigneusement préparé à l’avance avec le directeur de com, probablement, et pas n’importe quoi, Albert Cohen pour les intellos sentimentaux et Céline pour certains intellos + les fachos, plus tous ceux qui n’en piquent pas une mais qui savent que ça fait bien de dire qu’on l’aime.
    le menu: sans surprise, personne n’imagine que Place Beauveau on mange des pâtes parce que c’est la fin du mois.
    la condescendence : “la petite..”
    la prétention: “Ségolène c’est grâce à moi”
    la mesquinerie: “les magouilles de Mitterrand”
    l’autorité égocentrique : “je veux”
    la gnagnaterie : le grand père et l’amour…limote larme à l’oeil!

    et cette merveille: “on n’était pas pauvres, on était des bourgeois!” non mais quand même!

    enfin, pas le messie mais presque:” tant d’espoirs reposent sur moi!”

    et nous on censure ça, cette dégoulinade d’âneries formatées?

    Mais alors, qu’est-ce qu’on nous cache ?

  20. Comment by fetish on 11 November 2008 1:52

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  21. Comment by bjebizilux on 15 November 2008 15:03

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