Le Monde Citoyen

Média politique propulsé par l’autre rédaction

La république des voleurs

par Olivier Bonnet, 15 December 2006

cambad_lisJean-Christophe Cambadélis était ce matin invité dans La Matinale de Canal +. Face à lui, outre le (très bon) journaliste Bruce Toussaint qui anime l’émission entière, la chroniqueuse politique Caroline Roux. Pour mémoire, elle officiait auparavant sur la radio Europe 1, pour laquelle elle couvrait l’UMP, et c’est à l’occasion de son remplacement en février dernier que Jean-Pierre Elkabbach avait prouvé sa “volonté d’indépendance totale, en demandant son avis sur le choix de son successeur à… Nicolas Sarkozy ! Au cours de l’interview ont été abordées diverses questions telles que la place du mentor de Cambadélis, Dominique Strauss-Kahn, dans la campagne de Ségolène Royal. Et pour finir, l’embellie dans les sondages de Jean-Marie Le Pen, revenu à son niveau de 2002. Interrogé sur les causes de cette hausse du leader d’extrême droite, le député socialiste a incriminé Sarkozy, qui avait annoncé qu’il allait contenir le vote Le Pen, la situation actuelle prouvant son échec. Caroline Roux eut alors cette petite phrase : “on sait aussi que c’est le “tous pourris” qui fait montercaroline_roux Le Pen“. On imagine les sueurs froides qu’a dû ressentir l’élu parisien : n’a-t-il pas été condamné en 2000 à cinq mois de prison avec sursis et 100 000 francs d’amende pour “recel d’abus de biens sociaux“, puis à nouveau le 2 juin dernier à six mois, toujours avec sursis - étrange, nous croyions que le sursis servait à sanctionner la récidive, mais sans doute uniquement pour les voleurs d’autoradios… -, et 20 000 euros d’amende, pour avoir touché 94 500 euros de salaire pour un emploi fictif. Autant dire que, dans le genre à alimenter le “tous pourris“, ce bon Cambadélis se pose là ! Mais il aurait eu tort de s’inquiéter : Caroline Roux n’ira pas plus loin et l’interview se terminera sur cette queue de poisson. Rien d’étonnant au demeurant, quand on connait la complaisance avec laquelle nos journalistes traitent les politiques. Il aurait sans doute été discourtois de rappeler au député socialiste sa lourde responsabilité dans la déconsidération de la classe politique, déshonorée par de tels comportements. Mais le plus désespérant dans l’histoire reste l’incohérence du corps électoral, qui se plaint que ses dirigeants soient tous pourris en même temps qu’il réélit les moutons noirs. Inutile de rappeler qu’Alain Juppé, redevenu récemment maire de Bordeaux, a été condamné en 2004 à 14 mois de prison avec sursis pour “abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêt“. bernardiniAutre exemple : pas plus tard que dimanche dernier se déroulait une élection municipale anticipée à Istres (Bouches-du-Rhône). En présence, le maire sortant  Michel Caillat (PS) et l’ancien premier magistrat de la ville, François Bernardini. Enfin, ce dernier n’était pas directement candidat et pour cause : il est inéligible ! Ce monsieur a en effet été condamné une première fois en 1995, pour avoir fait payer par des associations paramunicipales ses dépenses politiques personnelles. Champagne, réceptions, voyages… Pour la seule association Istres Promotion, le total s’est monté à 650 000 euros. Le jugement de la cour d’appel, prononcé en 2001, est sans… appel : “investi d’une mission de service public par mandat électif, a profité de ses fonctions pour faire supporter indirectement à la collectivité publique des dépenses qui n’avaient d’autre but que de favoriser ses intérêts personnels et notamment sa carrière politique“. Honteux ? Attendez, ce n’est pas tout ! En 2004, Bernardini est à nouveau condamné, cette fois pour avoir fait payer sa dette fiscale (de 24 600 euros) au club de football d’Istres. Ben voyons, pourquoi se gêner ? Verdict: huit mois de prison avec sursis - décidément, les politiques ne prennent jamais que du sursis ! - et 6000 euros d’amende. Notons au passage un détail édifiant : pour rembourser, outre le généreux soutien du PS (à l’époque toujours solidaire de Bernardini-le-pourri), un ticket de Quinté +. Technique couramment pratiquée par la mafia : on rachète au vainqueur son bulletin puis on va toucher la somme gagnée : argent sale ou pas, le voilà blanchi ! C’est ce même homme qui, toute honte bue, a fait campagne aux côtés de Nicole Joulia (elle aussi pour cette raison exclue du PS). Style: “Votez pour elle, c’est voter pour moi“. Une Joulia qui a d’ores et déjà promis de lui rendre “son” fauteuil de maire dès que son inégibilité sera levée. Bernardini a poussé si loin la forfaiture qu’il a fait inscrire sa fille sur la liste de Joulia, le nom de Bernardini étant sur les bulletins de vote en gros caractères… Et les Istréens dans l’histoire ? Et bien ils ont élu Joulia. Malgré le soutien de l’appareil du PS à son adversaire (Hollande s’est en personne déplacé à Istres pour un meeting en faveur de Caillat). Et Bernardini entend bien reprendre la mairie en 2008. Gageons qu’il sera réélu. Il est vrai que ses opposants, protestant de son clientélisme forcené, prétendent que la moitié de la ville lui doit une faveur… Ainsi va aujourd’hui la démocratie française. Tous pourris ? Mais arrêtez donc de voter pour eux !

WordPress database error: [Table './lemondecitoyen/wp_comments' is marked as crashed and should be repaired]
SELECT * FROM wp_comments WHERE comment_post_ID = '288' AND comment_approved = '1' ORDER BY comment_date

7 Comments

No comments yet.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Leave a comment


5 questions à Nathalie Kosciusko-Morizet
Vido propulsée par politicshow

Le journal radio de LMC

Le Monde Citoyen Radio