Ils assassinent l’Education nationale
par Olivier Bonnet, 18 December 2006
Ah ça, quand il s’agit de jouer les pleureuses, de tirer la sonnette d’alarme, d’établir le diagnostic, notre classe politique toute entière est unanime : l’Education nationale est sinistrée, le niveau baisse et la violence au sein des établissements monte. Fort bien. Mais que fait-on alors ? La solution miracle de l’actuelle majorité, pour sauver l’Education nationale, est de… lui retirer toujours plus de moyens ! “Nous connaissions, depuis 2002, les suppressions massives d’emplois, la baisse considérable des recrutements, le licenciement des personnels précaires, le non-remplacement de départs en retraite… Cela se faisait sur le dos des élèves et des personnels en alourdissant leur charge et leurs conditions de travail : récupération de moyens en augmentant les effectifs des classes, en supprimant des options, en réduisant l’aide aux collégiens fragiles et l’offre de formation aux lycéens… «Gain» en 4 ans : plus de 25 000 postes d’enseignants”, analyse le syndicat UNSEN-CGT. Qui n’est pas seul mobilisé puisqu’un front unitaire regroupant pas moins de quinze organisations appelle aujourd’hui à la grève les enseignants du second degré. En cause, un projet de décret que le ministre Gilles de Robien veut imposer en force. Côté pile, il fait mine de vouloir interdire une méthode globale pour l’apprentissage de la lecture qui n’est déjà plus appliquée nulle part, ou appelle à créer des cours spécifiques de grammaire. Poudre aux yeux. Côté face, histoire d’économiser encore près de 3000 postes supplémentaires, il veut imposer (entre autres) la bivalence : les professeurs devront être capables d’enseigner deux matières différentes. Sans être évidemment correctement formés dans ces deux disciplines. Hier, durant l’édition de Soir 3, une enseignante témoignait. Professeur d’espagnol, elle s’est longuement formée aux subtilités de la langue de Cervantes ainsi qu’à la culture ibérique. Et bien demain, on pourra aussi la forcer à apprendre à ses élèves l’anglais ! Imagine-t-on qu’elle sera capable d’offrir un enseignement correct dans cette matière qui lui est complètement étrangère ? En vérité, c’est du grand n’importe quoi. Robien l’inflexible poursuit son oeuvre d’assassinat de l’Education nationale. Les riches n’auront qu’à s’inscrire dans le privé, et tant pis pour les pauvres… Et l’on ose encore prétendre que droite et gauche ne signifient rien ?
18 Comments
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Ce n’est que la mise en oeuvre de l’AGCS, accord approuvé des deux mains par un certain Pascal LAMI, qui est plus ou moins apparenté PS. Il paraît.
C’est aussi la mise en oeuvre de la Stratégie de Lisbonne. Qui, allez savoir comment et pourquoi, explique que l’économie de la connaissance passe par la privatisation de l’enseignement. Comme l’AGCS.
C’est du grand n’importe quoi. Et c’est autant grace à la gauche “de gouvernement” qu’à la droite.
Comme je répondais sur mon blog à un commentateur qui me parlait de Claude Allègre et de son mammouth, à part Mélanchon et Filoche, les socialistes sont-ils encore vraiment de gauche ?
Voilà. Dit comme ça, on s’y retrouve mieux
Ah. On dit Mélenchon.
Il ne faut peut-être pas exagéré !! , le décret à modifier est de 1950 et on est en …..2006 , je crois , un peu de modernité et d’évolution s’imposent !!
Le cabinet d’histoire me fait bien marrer !! , comme si les profs manipulaient les grandes cartes murales des années 60 !! , pour les labos idem , mes profs utilisent les TICE , et les expériences avec bec bunzen, pipettes et autres cornues sont d’un autre age !!
Normal que ces heures soient récupérées, elles ne correspondaient plus à rien de réel , on va évidemment parler d’avantages acquis , mais c’est un autre débat !!
Quant à la bivalence rien de choquant , un prof d’espagnol a eu des UV de lettres durant son cursus , c’est un littéraire , rien de scandaleux , au moins pour le collège(on connaît le niveau ! ) , pour le lycée , ok , c’est peut être autre chose
@Treuillot
Vous iriez chez un dermatologue pour un problème d’ordre cardiaque ? Je caricature naturellement mais c’est un peu ça.
Amusant : Reivilo c’est Olivier à l’envers, mais c’est pas moi !
@ treuillot : vous me faites marrer…..les études d’hsitoire ne comportent pas de matière de lettres obligatoires ! c’est une option
je sais de quoi je parle : mon beau fils prof d’ hsitoire a l’obligation d’enseigner le français depuis presque 10 ans dans les lycées parisiens où il bosse
alors qu’il s’insurgeait contre cela, on lui a répondu ” vous trouverez bien qq chose à leur raconter’…..c’est cela le projet d’éducation française ????
c’est scandaleux que l’on demande à un prof d’histoire d’enseigner le français ou lal litterature ! sinon à tirer encore vers le bas la qualité de l’enseignement
@Olivier Bonnet
Pas du tout, c’est un prénom italien ! Je suis moins amusant d’un coup…
En appeler à la modernité, c’est génial. Ca permet de justifier toutes les réformes. Deux siècles qu’on se traine certains articles du Code Civil. Même après refonte. Deux siècles pour certains points de la déclaration des Droits de l’Homme. Alors ? En deux siècles, l’homme n’a pas évolué au point de rendre caduques et “démodés” tous ces beaux principes ?
L’argument “1950>2006″ n’est pas un argument. C’est un sophisme creux, comme tous les sophismes, pour justifier n’importe quoi. Est-ce que tout le reste du commentaire est à l’avenant ? Oui. Ce n’est pas parce que les cartes ont été numérisées qu’il ne faut plus préparer ses cours (l’argument de la carte qu’il ne faut plus manipuler est risible…)
Bien d’accord avec Fred, l’argument de la date est un pur sophisme.
Voir la déclaration des droits de l’Homme qui date d’il y a bien plus longtemps et qui reste pleinement d’actualité.
Oui, l’argumentation serait fallacieuse si elle n’était pas si courte.
On voit ici chez treuillot combien l’idéologie peut laisser échapper de l’esprit les évidences les plus manifestes.
Cette politique a été mise en place sans être traiter par les journalistes.
@phil : Savez-vous que la déclaration des Droit de l’Homme est libérale ? Elle est, pourrait-on dire, la philosophie libérale. Ou les philosophies libérales, utilitaire et de droit naturel.
Je persiste : l’argument 1950 -2006 est un excellent argument : les choses ont changé que vous le vouliez ou non , la pédagogie est différente , et ces heures de décharge n’ont plus de raison d’être , d’aiileurs de nombreux profs sont d’accord sur ce point(preuve d’ailleurs du faible pourcentage de manifestants hier , environ 35/100)
De plus , je rappelle que le service d’un prof est de 35 h , et non de 18 , comme beaucoup le pensent encore ! et 35 h sur 34 semaines au mieux …..alors , pas de quoi fouetter un chat , à une heure où tous les budgets de l’état sont au rouge , cela permettra de faire qq économies précieuses.
Vos amalgames avec la déclaration des droits de l’homme sont risibles !! , vous mêlangez tout , comme d’habitude , qui songe à remettre en cause la déclarations des DROITS DE L’homme , au fait le décret sur les décharges en fait partie ??
Je vous signale cher ami que j’ai parlé de la bivalence, pas des décharges. Mais le fond du problème que vous ne voulez pas voir, c’est que la pensée dominante veut toujours supprimer davantage de fonctionnaires. Ceux de l’Education nationale étant les plus nombreux, ce sont donc dans leurs effectifs que l’on taille. Tout en se lamentant sur le fait que le niveau baisse… Comme lorsqu’on s’inquiète de la violence au sein des établissements tout en supprimant les personnels d’encadrement.
Pourquoi parler de pensée dominante ? “le bon sens est la chose du monde la mieux partagée” disait un philosophe connu (Pascal , je crois ….), vous savez bien que nous sommes en pleine baisse démographique , que le ratio élèves / PROF est un des meilleurs d’Europe et que nos résultats (PISA , OCDE ) sont totalement médiocres , il faut sortir enfin de cette logique : toujours plus de moyens, de profs, de surveillants , d’heures , je vous rappelle que l’Education Nationale est rentrée dans la logique de la LOLF , et que on essaye de raisonner en termes d’objectifs , de résultats et de souplesse d’adaptation , c’est une autre approche , qualitative et non indéfiniment quantitative .La bivalence se pratique dans nombre de pays européens , sans problèmes majeurs ,
en France , on a le culte de la spécialisation à outrance !! , de l’enfermement dans sa bulle disciplinaire , tous les professeurs de collège devraient être capables d’enseigner le français (maîtrise de la langue = objectif premier du collège )sans trop de problème, encore une fois , il faut EVOLUER
dis donc Olivier Bonnet, comment expliques tu l’augmentation du budget, continue depuis 20 ans ? Dernier rapport sur ce sujet : 50% en plus pour les lycées, 33% en plus pour les collèges, depuis 1990. Ya un truc que je ne comprends pas. Expliques moi.
Parce que naturellement, il est indexé sur le niveau des richesses nationales.
@ treuillot : vous mettez donc l’enseignement du français à bien basse échelle si vous estimez qu’on peut l’enseigner, avec la litterature (il n’y a pas que le vocabulaire et la grammaire !) sans l’avoir étudié auparavant : les profs de litterature ont pour le moins une licence , une maitrise, l’agrég pour certains, meme au collège…..c’est donc dire qu’ils n’ont pas de compétence particulière si vous affirmez que n’importe quel prof peut enseigner le francais ?
ils vont être heureux de le lire….
si le cursus universitaire qui mène au professorat admet deux disciplines…soit…mais s’improviser prof de lettres sans avoir aucune connaissance spécifiques des oeuvres litteraires ….?
eh bien ! si c’est ainsi que vous concevez l’apport qualitatif……..
Je ne parle pas de Littérature (d’ailleurs on n’en fait finalement très peu au collège , Littérature , avec un grand L ) , mais du français , qui est la priorité des priorités aujourd’hui .
Pour cela , des enseignants d’histoire , d’allemand , d’espanol , d’anglais , peuvent très bien faire l’affaire . N’oubliez pas que pendant longtemps le corps des PEGC était le plus important au collège .Mes maîtres étaient PEGC , professeurs cultivés , comme …on n’en trouve guère aujourd’hui au collège .Chacun étant spécialisé dans sa discipline , et n’en sortant guère , par commodité ….
Allons , un peu d’audace …