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Les “réformes”, vous les voulez avec un sucre, ou deux?

par Sébastien Fontenelle, 18 January 2007

“Le Monde” publie aujourd’hui, dans ses pages “débats”, une tribune assez furieusement novatrice de Michel Pébereau et Bernard Spitz, “coordinateurs des travaux de l’Institut de l’entreprise”, en forme de énième remake du célèbre blockbuster patronal: “Des Réformes, Et Vite, Ou Tu Crèves (Dans D’Abominables Souffrances Boursières)”.

Ils sont porteurs, c’est le titre de leur (importante) contribution, de cette excellente nouvelle: “Réformer, c’est possible!”

Grâce à qui?

Grâce, notamment, à l’Institut de l’entreprise.

En effet: “Afin de contribuer à éclairer le débat démocratique indispensable, l’Institut de l’entreprise a confié à l’institut LH2 un sondage interrogeant les Français sur une partie des propositions”.

Quelles propositions, exactement?

Nos deux coordinateurs ne le disent pas.

(Ils ne précisent d’ailleurs pas non plus comment étaient formulées ces propositions, et les questions interrogeant les Français sur icelles).

Mais bon, je suppose qu’il s’agissait de propositions de l’Institut de l’entreprise?

(Merci, l’Institut de l’entreprise.)

Les résultats de ce mystérieux sondage devraient faire bicher la fraction hyper-libérale du libéralisme hexagonal, puisqu’aussi bien il établit, nous révèlent Michel et Bernard, que “l’opinion française” est, devinez quoi?

“Favorable à des réformes profondes dans la plupart des domaines évoqués”.

Or, on le sait: le mot “réforme” a notamment pour fonction, sous la plume de ces gars-là, “de rendre acceptables le démantèlement d’institutions publiques et l’accélération de la “modernisation” libérale”, comme l’explique formidablement bien Eric Hazan*.

C’est ainsi (dixit Hazan) que l’ineffable baron Seillière écrivait (déjà dans “Le Monde”) en juin 2005: “Seule la mise en place immédiate et accélérée d’un programme de réformes peut rétablir notre situation économique”.

Deux ans plus tard, Pébereau et Spitz, dans leur tribune, écrivent exactement la même chose, à quelques mots près, lorsqu’ils énoncent, doctement, que: “Les conséquences de notre démographie sur notre situation économique et financière (…) impliquent des correctifs majeurs dans les politiques publiques (…)”.

En somme l’Institut de l’entreprise caquète en 2007 ce que le MEDEF caquetait en 2005.

Seule nouveauté: le fameux sondage LH2, qui révèle, divine surprise, que “les Français sont prêts à accepter des réformes, même de grande ampleur”.

Aaaaaaaaaaaalleluïa.

Ainsi: “Près de 70% des Français, y compris une nette majorité de ceux qui sont dans la fonction publique, soutiennent le changement d’affectation des fonctionnaires en fonction des besoins du service, et la prise en compte de leurs performances dans leur rémunération et leur carrière”.

Déjà, c’est pas rien.

Ca nous fait quand même deux gros tiers de la population, parmi lesquels une grosse et grasse poignée de ronds-de-cuirs masochistes, qui rêvent, un peu (beaucoup) comme dans un best-seller de François de Closets, de (re)mettre au boulot ces foutues feignasses de fonctionnaires: c’est doux, c’est chaud, merci, LH2.

Et c’est pas fini!

Oooooh non, c’est pas fini!

Tenez: “Même sur le sujet tabou de l’éducation nationale, les Français se montrent plus réformateurs que leurs dirigeants: près de trois Français sur quatre se disent favorables à évaluer régulièrement et publiquement les établissements scolaires; à donner leur autonomie aux universités et à tenir davantage compte, pour leur financement public, de leurs résultats en matière d’accès à l’emploi des diplômés; près de 80% sont aussi pour l’augmentation significative de leurs droits de scolarité, en contrepartie d’un véritable système d’aides pour les familles défavorisées”.

Vous avez compris?

Trois Français sur quatre se réveillent la nuit en se disant qu’il est plus que temps de privatiser enfin l’éducation (ex-nationale) de leur progéniture!

De mettre en place une école à, non pas deux, mais soixante-deux vitesses!

EST-CE QUE CE N’EST PAS FORMIDABLE?

Et, je vous le demande: est-ce que vous ne supposez pas que sur un tel sujet, le taux de réformateurs doit monter jusqu’à sept ou huit Français sur quatre, dans certains quartiers populaires?

Bon, je reconnais: tout n’est pas non plus complètement rose, hein, dans les révélations de l’Institut de l’entreprise.

Ainsi: “Les nouvelles frontières de la réforme dessinées par les Français restent encore incertaines sur deux sujets majeurs”.

Ah merde, merde, merde.

Salauds de conservateurs.

Y a toujours, chez les Français, vous avez remarqué, ce vieux fond de contre-réforme crypto-inquisitorial qui les empêche de s’abandonner complètement aux délices de la société marchandisée, avec cette (hideuse) conséquence que: “Dès que l’on touche à la carte hospitalière ou que l’on envisage une hausse de la CSG, le rejet est net. Plus grave encore: les retraites”.

Nooooom.

Deeeee.

Dieu.

Autant l’énoncer clairement: nous avons là quelques dizaines de millions de sauvages salauds, cramponnés à leurs (scandaleux) avantages acquis (la Sécu, les retraites) comme des fonctionnaires (fainéants) à leurs fauteuils à roulettes.

Les délogera-t-on?

Oui!

(Ouf!)

Nous annoncent Michel et Bernard.

Non par la force des baïonnettes, mais par la?

La pé?

La péda?

La pédagogie.

Bravo.

“Un travail pédagogique est indispensable”.

Observent-ils, étrangement lucides.

Indispensable et nécessaire, pour qu’au prochain sondage LH2 pour l’Institut de l’entreprise, les Français, enfin libérés de leur joug marxiste, répondent, massivement, comme un seul homme: “Au cul la Sécu, mort aux salauds de pauvres, n’avaient qu’à se payer une putain d’assurance.”

(Pébereau et Spitz le formulent en ces termes, plus délicats: “Les solutions ne seront acceptables que si elles sont globales et équilibrées dans la répartition des efforts nécessaires”.

C’est du teck massif, ou je ne m’y connais pas: touchez-moi ça, c’est du 100% patronal.)

* “LQR”, par Eric Hazan, éd. Raisons d’agir. Si tu l’as pas lu t’as rien lu.

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