Le Monde Citoyen

Média politique propulsé par l’autre rédaction

Philippe Val, Spinoziste Polyglotte: “Danke Schön, Mister Nicolas Sarkozy”

par Sébastien Fontenelle, 14 February 2007

On le voyait venir gros comme une maison (de correction), et ça n’a pas raté: ce matin, dans “Charlie Hebdo”, Philippe Val, aka Spinoval, aka l’homme-qui-murmurait-à-l’oreille-des-chelous, caresse, d’une plume soumise, le fessier de fer de Nicolas Sarkozy - qui lui a consenti la grâce, la semaine dernière, au premier jour du (grotesque) “procès des caricatures”, de lui faire porter, pour le tribunal, une lettre d’amitié l’assurant de son plein soutien à sa crâne croisade contre le fondamentalisme barbu.

Philippe Val, dont la secrète espérance est d’être enfin adoubé en benjamin turbulent (il dit parfois “bite” et “couilles”) de la grande et belle famille des intellectuels-briseurs-de-tabous, renvoie donc ce matin, dans un éditorial au goût (sucré) de macaron à la ganache, l’ascenseur (social) où Nicolas Sarkozy vient si gentiment de lui servir de liftier.

Vous m’excuserez, je l’espère, de l’énoncer un peu sèchement: tout afflige, dans les remerciements de Philippe Val à Nicolas Sarkozy.

La génuflexion du penseur du mercredi est d’une rare imbécillité. (Laquelle, d’après mon dictionnaire, se définit comme le “deuxième degré de l’arriération mentale entre l’idiotie et la simple débilité mentale”.)

Val écrit d’abord: “Témoignage de dernière minute, que nous n’avions pas sollicité, celui de Nicolas Sarkozy”.

Noter la précision: l’important, nous suggère-t-on, est de n’avoir pas quémandé une affection qui cependant met du baume au coeur.

Val: “Nous acceptons ce soutien et nous nous en réjouissons, car il prouve que dans une démocratie la gauche et la droite s’affrontent sur la base de valeurs qui ne se discutent pas, et qu’elles partagent clairement”.

Je vous avais prévenu(e)s que c’était sot.

Dans la vraie vie, naturellement, la gauche (que Val, c’est vrai, ne connaît que par lontain ouï-dire) ne partage absolument rien avec Nicolas Sarkozy, et surtout pas (exemple facile, compréhensible même par un cadre sup de “Charlie Hebdo”) le goût (pervers) de faire la sortie des écoles, pour y prélever de quoi mieux remplir de nouveaux charters de la honte.

Dans la vraie vie, la gauche, autre exemple, rit au nez de Nicolas Sarkozy lorsqu’il beugle son attachement à la liberté d’expression, et d’une main agite le manuscrit du livre-sur-Cécilia dont la publication fut naguère annulée, cependant que de l’autre elle brandit (c’est vous dire son abnégation) une pétition exigeant la prompte réintégration de l’excellent Alain Genestar, qui fut l’an dernier viré de “Paris Match” pour avoir lésé la majesté conjugale du ministre de l’Intérieur.

Dans la vraie vie enfin, la gauche vomit à longs traits, quand Nicolas Sarkozy se gargarise de son bon mot de l’automne 2005: “Racaille”…

Val, cependant (qui a c’est vrai l’excuse de ne pas du tout savoir ce que la gauche peut bien être) n’en démord pas, et répète: “Merci donc à Nicolas Sarkozy, d’autant qu’il sait que nous ne le ménagerons pas pour autant”.

Le big boss de “Charlie Hebdo” nous livre là une information d’importance: Nicolas Sarkozy n’est pas seulement d’une gentillesse renversante.

Il est, aussi, terriblement fair-play - puisque aussi bien il n’hésite pas, vent debout, à flatter une publication qui pourtant n’hésite jamais à le faire caricaturer par le si caustique dessinateur Cabu(chodonosor).

Val, sur l’air de “Kirikou”: “Sarkozy est petit, mais c’est mon ami; Sarkozy n’est pas grand, mais il est vaillant”.

Est-ce tout?

Non pas.

Le plus goûtu reste à venir.

Après avoir ainsi chanté la gloire neuve de Nicolas Sarkozy, Philippe Val, mû certainement par le souci de bien établir la délicieuse urbanité de son nouvel ami, nous rappelle que, nonobstant les “valeurs qui ne se discutent pas” (et que “partagent clairement” la gauche et l’UMP), le (gros) estomac reste fécond, d’où Sarkozy ne jaillit pas.

Val écrit: “Le Pen a jugé bon de s’exprimer en faveur de la liberté d’expression”.

Mais le patron de “Charlie Hebdo” ne s’y est pas laissé prendre: “Nous nous passons de ce soutien qui ne soutient que lui”.

Philippe Val continue ici à lécher le ministre-candidat qu’il vient déjà de remercier d’une très jolie courbette: Le Pen, efficace repoussoir il est vrai, lui permet de suggérer aussi que décidément, Nicolas Sarkozy est, par contraste, un homme de “valeurs qui ne se discutent pas” - et qu’il incarne en somme une droite normalement fréquentable.

Et de fait: Sarko et Le Pen, c’est un peu le jour et la nuit, comme nous le signifie subtilement Philippe Val.

Par exemple, quand Le Pen, dénonçant la tyrannie de la repentance, proteste que, sur l’Algérie, “notre devoir de réparation serait plutôt vis-à-vis du million et demi de Français qui ont dû partir et des millions de harkis qui ont été massacrés”?

Sarkozy, au nom il va de soi de ces “valeurs qui ne se discutent pas”, le rembarre d’un brutal: “A tous ceux (…) qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, n’emportant avec eux que leurs souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne les quittera jamais, je veux dire que si la France a une dette morale, c’est d’abord envers eux. Aux enfants des harkis, je veux dire que si la France a des excuses et des réparations à faire, c’est à eux qu’elle les doit”".

Le jour, et la nuit.

Deux visions radicalement antagonistes.

Philippe Val: “Merci donc à Nicolas Sarkozy”.

No Comments

No comments yet.

Comments RSS

Sorry, the comment form is closed at this time.


5 questions à Nathalie Kosciusko-Morizet
Vido propulsée par politicshow

Le journal radio de LMC

Le Monde Citoyen Radio