Condorcet est de retour
par Jean Véronis, 22 February 2007
François Bayrou est en train de monter de façon spectaculaire ces temps-ci. Pour la première fois, un sondage le donne gagnant au second tour dans les deux cas de figure : contre Sarkozy (52%) et contre Royal (54%). Un autre sondage indique que 55% des Français souhaitent que François Bayrou soit présent au second tour.
La presse commence à faire caisse de résonance :
Quelque chose se passe. On est en train d’assister en direct à la mise en place d’une variante du paradoxe de Condorcet, comme je le dis depuis un certain temps. Notre système électoral est ainsi fait que si les préférences majoritaires sont :
on aboutit à un second tour où la préférence est :
L’UMP le sait très bien. J’avais prédit dès janvier qu’il y aurait un infléchissement de leur stratégie et que leur «cellule de guerre» allait arrêter de dégainer l’arme atomique à chaque fois qu’elle ouvrirait la bouche. Et on a vu, effectivement que les attaques se sont espacées et adoucies. Il faut affaiblir Ségo, mais pas trop, sinon, c’est le scénario catastrophe décrit ci-dessus.
Mieux encore, un troisième sondage nous dit aujourd’hui que Royal repasse devant Sarkozy au premier tour (29% contre 28%). Résultat de sa prestation chez Jean-Luc Delarue Patrick Poivre d’Arvor, sans doute, mais le paradoxe reste inchangé. Avec un premier tour (un peu improbable, certes) :
on aboutit à un second tour où la préférence est :
L’UMP et le PS ont besoin l’un de l‘autre pour gagner l’un ou l’autre. Dingue, non ? Je prédis donc qu’ils vont s’épauler mutuellement pour être présents au second tour. Les médias les aideront, s’il est vrai qu’ils préfèrent la bipolarisation, comme le soutient Bayrou.
L’UMP et le PS vont donc continuer de s’attaquer, mais de façon modérée, et ils ne vont pas tarder à sortir les boules puantes contre Bayrou. Mais il est bien possible que recevoir les attaques concertées des deux grands partis le renforce justement, en lui donnant finalement un brevet de candidat anti-système. Santini et quelques autres barons de l’UDF à l’ancienne lui ont déjà bien rendu service en allant voir ailleurs.
Alors, il ne restera plus guère qu’à convoquer Le Pen (et peut-être à l’aider un peu à avoir ses signatures), pour qu’il serve d’épouvantail et incite les Français au «vote utile».
Quand je dis que la politique c’est du billard à trois bandes…
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Excellent - et si cela pouvait se réaliser vraiment - enfin qu’on nous change l’horizon politique et que la France émerge de sa torpeur de ces 25 dernières années !!!
autre paradoxe : être “vertueux” tout en étant “anti-systême” (quoique, d’après ce que j’ai pu entendre, FB ne se risque pas à définir sa position comme “anti-système” (on est toujours dedans))
la difficulté est la même dans beaucoup de domaines : se positionner contre quelquechose, contre une valeur, contre un fonctionnement établi…
être “contre” est contre-productif, en même temps être “contre” veut aussi dire qu’on “s’appuie sur”… partir de l’insatisfaction (gauche révolutionnaire tendance situationniste)
alors FB doit se définir “pour” quelquechose - la vertu?
la vertu comme projet politique? hum…
il y a aussi un paradoxe pour toute forme médiatique (et mon propre commentaire) :
si on parle de FB il y a le risque de le faire entrer dans un jeu politique dont il veut sortir (en apparence) > alors chacun retourne dans sa famille politique et FB reste à la marge (vertueuse)
si on ne parle pas de FB on lui permet de continuer sur le chemin qu’il a pris
d’ailleurs FB disant lui-même “c’est en train de monter” prend le risque de casser sa baraque, c’est toujours à double tranchant
à moi (citoyen) de voir si je veut considérer les choses par rapport à cette scène électorale principale, définie par les sondages*
ou si je veux considérer les choses hors champs électoral, c.a.d en faisant volontairement abstraction des sondages (ce qui est impossible*)
* je pars du principe que le sondage est “calomnieux”, c’est son effet principal, c.a.d qu’il dit quelquechose qui nous oblige à réfléchir en terme de stratégie, même si le sondage s’avère démenti par un autre, même si l’on se force à n’y pas croire
NS fonctionne aussi “à la calomnie” : il dit, à mon sens, des choses horribles, et même s’il réajuste plus tard c’est trop tard, il a dit des choses horribles, il en reste quelquechose (JMLP fait ça depuis très longtemps)
nous traversons une époque où les élections ne peuvent plus se jouer “en 1ère intention”, tout est fait pour que l’on fasse un calcul car le sondage devient un argument du débat (délire)…
comment maintenir un vote “en 1ère intention”?
aidons-nous
comment taire?
Dans le même sondage, FB est classé troisième au premier tour, loin des deux premiers. Comment pourrait-il alors arriver au second tour?
PS: “Dans le même sondage”, je parlais du premier sondage que vous citez.
[…] Nous rentrons donc dans une semaine de partage des sphères d’influence sondagières. Il y avait jusqu’ici deux Superpuissances (L’Empire sarko-Américain et l’Union des Républiques Ségolénistes et Socialistes). Voici que le Tiers-Monde (ou la Grande Bayrou ?) pointe son nez en la personne de François. Si son niveau à 20% se situe suffisamment longtemps pour que des simulations de second tour accréditent sa victoire au second tour, alors son socle électoral, jusqu’ici bas, se calcifiera. Gauss contre Condorcet… […]