Ségo: Ca change fort
par Jean Véronis, 23 February 2007
Il y avait eu Sarkozy I et Sarkozy II. Comme je l’ai déjà expliqué la rupture avec lui-même s’est faite le 16 novembre, jour de l’élection de Ségolène Royal à la primaire du PS. De façon assez déconcertante, la communication de l’UMP a flotté pendant une bonne semaine, on a essayé de tranquilliser la rupture (pour finalement la mettre complètement à la poubelle). J’avais dit à l’époque (sur France Inter) que Sarkozy s’était fait «ségoliniser». On le voyait reprendre les mots fétiches de son adversaire : pacte, respect, confiance, débat… Et ça n’a pas arrêté : dans son grand discours du 14 janvier il parlait de sentiment(s) (7 fois), d’émotion (5 fois), d’amitié, d‘amour, de sincérité. «Longtemps ce sont des sentiments que j’ai gardés pour moi, comme un trésor caché au fond de mon coeur», disait-il. Il citait Jaurès, Blum… «J’ai changé», affirmait-il (10 fois). Son image avait changé aussi : plus de tics, de gestes agressifs, main tranchante ou index tendu vers le public. Calmé, le Sarko.
Dans le même temps, il fallait reconnaître une grande constance dans le discours et l’image de Ségolène Royal. Comme je l’explique dans une interview au Temps (Suisse) parue ce matin, elle s’est bâti une image de virginité politique qui a manifestement plu à l’opinion. On a beaucoup parlé de ses tailleurs blancs, mais c’est tout une forêt de symboles qu’elle a mis en place dans son image et dans ses mots. Avec un grand soin à éviter les symboles qui peuvent rappeler une gauche dans laquelle de moins en moins de Français se reconnaissent. Jamais à la tribune avec les éléphants, jamais la rose du Parti à côté d’elle (avez-vous vu comme on l’a habilement escamotée entre le discours de François Hollande et le sien à Villepinte?), et ainsi de suite. Et ses mots étaient soigneusement choisis pour se démarquer du «système» (avez-vous remarqué que le mot «socialiste» était totalement absent à Villepinte ?). Elle avait réussi à implanter une image de fraîcheur, de renouveau politique.
Seulement voilà : les éléphants n’étaient pas contents. Et le faisaient savoir. Elle a résisté courageusement la petite gazelle, mais la charge du troupeau a été plus forte que tout. Hier, elle a cédé. Les revoici. Tous ceux que les Français qui avaient été séduits par sa «virginité» n’avaient plus envie de voir sont de retour. Laurent Fabius, Dominique Strauss-Khan, Martine Aubry, Pierre Mauroy… On ressort même Lionel Jospin du placard.
Entre-t-on dans la période Ségo II ? Je guette l’image de famille avec tout ce monde rassemblé, quand DSK sera revenu du Canada et Fabius du Darfour. Je guette ses nouveaux mots : saura-elle résister à la langue de bois rose ?
Ca n’a pas loupé : «On prend les mêmes et on recommence» a aussitôt déclaré l’UMP. C’est probablement le sentiment d’une bonne partie de ceux qui avait été séduits par Ségo I.
Je me demande si ce 22 février 2007 n’est pas le jour où elle a perdu l’élection.
6 Comments
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Bonjour !
Jean Véronis, vous devriez remplacer Alain Duhamel et même Jean-Michel Aphatie sur RTL - cela ferait du bien , une bouffée d’air dans l’analyse politique -
Merci pour votre intérêt à la chose publique
Reste plus qu’à savoir si Bayrou restera bien Bayrou tel qu’il est - et c’est un boulevard qu’elle vient de lui faire …
Merci pour cette analyse très pertinente. Effectivement c’est un tournant dans la campagne. Ok aussi avec Flo pour le beau cadeau à Bayrou.
eh oui …là elle fait fort SR….on se demande du quel coté elle va tomber, parce qu’elle perd bcp de sa crédibilité (enfin pour ceux qui croyaient en ce renouveau..)en s’entourant des ces éléphants , mâles , en plus…la parité nest manifestement qu’un discours chez elle
comme le reste ? des mots ? toux ceux que vous relevez ds vos posts
la présentation de ses nvx équipiers va en faire fuir plus d’un
Non, c’est le jour où elle peut gagner l’élection bien au contraire. Parce que ce rassemblement était nécessaire pour mettre en marche la formidable machine socialiste. Les commentaires sur le sites socialistes sont tous soulagés et laudateurs. Et les soutiens de Ségolène ne se démobiliseront pas pour cela, ils sont suffisamment lucides et intelligents pour comprendre qu’il était nécessaire d’endiguer l’hémorragie à rumeurs après les bouderies de Delanoe sur RTL, les minauderies de Jospin à la Comédie Française et l’humeur de Besson…
Maintenant tout est en place et l’alternance est à portée de main.
Continuez vos analyses, cependant, car elles sont vraiment d’une pertinence remarquable, rare sur les blogs et nous adorons les lire… Bonne continuation et merci pour vos éclairages.
@ énee…;)) ah…bon si tout le monde est content au PS c’est bien !
le problème est le suivant : si cela ne fait pas fuir les déjà convaincus, cela attirera-t-il les sceptiques, ceux qui errent, ceux qui se méfient, ceux qui doutent ? ceux dont elle a besoin quoi ! pour gagner
parce qu’avec les seuls convaincus d’aujourdh’ui ça ne suffit pas…
méfiance
ha!, si vous connaissiez mon blog !
parfois il vous concerne :
http://dubruel.over-blog.com