Total boycott
par Olivier Bonnet, 2 March 2007
Pourquoi un navire à une seule coque, âgé de 24 ans et sur lequel plusieurs inspections avaient révélé de graves traces de corrosion, a-t-il pris la mer en pleine tempête, en décembre 1999, chargé de 30 000 tonnes de fioul lourd, particulièrement toxique ? L’affréteur de l’Erika, la société Total, jure ses grands dieux n’avoir, tenez-vous bien, aucune responsabilité dans l’affaire. Les 400 Km de côte souillés, les plus de 150 000 oiseaux mazoutés, le préjudice causé à l’économie bretonne, évalué à plus d’un milliard d’euros ? C’est pas eux ! Alors d’accord, ils ne sont pas seuls coupables - l’armateur ou la société de classification italienne Rina se posent là, par exemple -, mais nier ainsi la moindre responsabilité passe les bornes de l’indécence. N’est-ce pas l’occasion idéale d’appliquer le principe du pollueur-payeur, comme le réclame au nom des parties civiles l’avocate Corinne Lepage (par ailleurs candidate écologiste à la difficile recherche de parrainages pour la présidentielle) ? D’autant qu’un calendrier farceur a voulu que Total dévoile, au moment même où débutait le procès, son compte d’exploitation 2006, qui fait apparaître le bénéfice record net de 12,585 milliards d’euros… Voilà donc une entreprise qui fait clairement son miel de l’augmentation du prix du pétrole, sur le dos du consommateur captif : alors que la facture de ce dernier augmentait de 33% sur les trois dernières années, les revenus des pétroliers (dont Total) bondissaient de plus de 50%. Et la multinationale refuse donc vigoureusement d’assumer toute responsabilité et de prendre sa part dans les réparations d’une catastrophe écologique majeure. Mais au fond, qui est alors coupable du naufrage de l’Erika ? L’ancien directeur des affaires juridiques du service trading/shipping de Total, Bertrand Thouillin, a gratifié le tribunal d’une véritable pépite : “C’est le marché qui décide, pas l’affréteur“. Expliquant qu’à l’époque, à cause d’un secteur déprimé, “il n’y avait pas de bateau neuf” et précisant que l’âge moyen des tankers de même tonnage que l’Erika était de 18 ans. 18 n’est pas 24, mais peu importe : va pour la poubelle flottante ! La faute du marché. On en est là, à tout accepter en se prosternant aux pieds du saint marché et son dieu dollar. Ajoutons que Total a été accusé d’esclavage en Birmanie et que son nouveau président, Christophe de Margerie, est mis en examen pour magouilles avec Saddam Hussein (détournement de “pétrole contre nourriture”). L’Etat peut-il quelque chose ? Le futur président imposera-t-il une taxe sur le bénéfice de Total, pour participer à la solidarité nationale et financer “les investissements structurels pour donner le choix aux consommateurs : les transports en communs, les moteurs économes, le fret ferroviaire ou encore les énergies renouvelables“, comme le suggère UFC-Que choisir ? Il n’en fera en tout cas certes rien s’il est de droite, puisque, comme toujours, ce camp est du côté du capital : le conseiller de Sarkozy, Pierre Lellouche, juge ainsi cette idée de taxe comme d’inspiration nord-coréenne ! Tandis que Ségolène Royal l’a reprise dans son discours de Villepinte. Et encore une pierre dans le jardin de ceux qui prétendent que droite et gauche sont des concepts périmés. Mais en attendant une éventuelle intervention publique, le simple citoyen, écoeuré par l’attitude du pétrolier, est aussi celui qui fait tinter son tiroir-caisse, en remplissant le réservoir de sa voiture ou les cuves de son habitation. Parce que trop c’est trop, manifestons donc notre indignation en boycottant Total.
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