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Assourdissant…

par Sébastien Fontenelle, 8 March 2007

Dites.

Ca me travaille, depuis quelques jours.

Alors je voulais vous demander.

C’est moi qui suis un peu dur de la feuille?

Ou si, réellement, tout le monde ferme soigneusement sa gueule, dans la classe politique, depuis que Raymond Barre a publiquement exhibé son hideux tréfonds?

Non, je demande, parce que là, ça fait quand même une semaine qu’il a vomi, sur France Culture, son dégueulis antisémite, et, curieusement, je ne suis pas du tout certain d’avoir beaucoup entendu, là-dessus, les dignes élu(e)s qui, par exemple, avaient si vitement agité leur petits poings, il y a trois ans, après la sinistre vraie fausse “affaire du RER D”.

J’ai même l’impression que tous ces braves gens la ferment très soigneusement.

Là, pourtant, les faits sont avérés, n’est-ce pas?

Je veux dire: on sait, au mot près, ce que Raymond Barre a déclaré - pas vrai?

Il a, pour commenter l’attentat antisémite de la rue Copernic, publiquement établi, et ce n’était pas la première fois, une distinction entre “juifs” et “Français innocents”.

Dans l’ignominie dégueulasse, il est, me semble-t-il, assez difficile de faire pire.

Mais?

Rien!

Silence!

Assourdissant!

Alors je sais bien que l’époque serait à une levée générale des scrupules.

Que des briseurs de tabous de haut vol s’exercent, quotidiennement, ou presque, à secouer le joug de la bien-pensance: je pense, par exemple, à Hélène Carrère d’Encausse, élégante académicienne, qui déplore que “les gens ne [puissent] pas exprimer leur opinion sur les groupes ethniques, la Seconde Guerre mondiale et sur beaucoup d’autres choses”, et se désole de nos retenues: “Vous allez en prison si vous dites qu’il y a cinq juifs ou dix Noirs à la télévision”…

Je pense, autre exemple, au pudique Ivan Rioufol, bloc-noteur au “Figaro”, qui regrette qu’on ne puisse pas “discuter de la Shoah”…

Puis je sais bien, aussi, que nombre d’historiens, et d’essayistes, et de philosophes, et de fins penseurs pour tout dire, nous somment, ces temps-ci, de résister à la “tyrannie de la repentance” - et que Raymond Barre ne fait que se plier à cette injonction, lorsqu’il observe, admiratif, toujours sur France Culture, que Papon “n’était pas quelqu’un à dire: je regrette ce que j’ai fait”.

Oui: je sais tout cela.

O combien.

Et je sais (enfin) le fier combat de tant de belles et bonnes âmes pour une belle et bonne “liberté d’expression” en forme de sacro-saint droit aux divagations xénophobes.

Mais tout de même: j’espérais qu’il se trouverait, encore, chez nos politicien(ne)s, deux, trois esclaves du politiquement correct, pour s’indigner de ce qu’un antisémite puisse impunément cracher sa haine à la radio.

Mais il est déjà bien tard, hein?

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