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La sixième heure

par monolecte, 9 March 2007
On peut mesurer le degré de civilisation d’une société à la place qu’elle accorde à la pratique divine de la sieste!

SIESTE, subst. fém.
Temps de repos, avec ou sans sommeil, qui se prend après le repas de midi, principalement dans les pays chauds.
Issu p. ell. du lat. hora sexta : la sixième heure du jour, c’est-à-dire la sixième des heures canoniales qui correspondait à l’heure de midi, donc l’heure la plus chaude.
TLFI

Ainsi donc, la sieste accompagne bien le cagnard. Voilà qui expliquerait en partie la réputation d’indolence des populations les plus méridionales. On comprend d’ailleurs fort bien qu’un Finnois disposant de 4 ou 6 heures de jour en hiver ait mieux à faire que de les passer à roupiller[1]. Cependant, ma physiologie, à l’heure de la digestion, me rappelle souvent que la sieste est probablement le propre de l’homme (et de la femme!).
D’ailleurs, tout le monde s’accorde sur l’importance de la sieste des tous petits. Jusqu’à la fin de la maternelle, les marmots doivent se reposer l’après-midi, manu militari, si nécessaire. Parce qu’à l’âge des découvertes, la sieste passe souvent pour une intolérable perte de temps. Mais tous ceux qui côtoient les gamins savent que zapper la sieste est une erreur grave : le petit ange se transforme en fin de journée en petit monstre exténué et rageur.
Pourtant, vers l’âge de 6 ou 7 ans, le rituel de la sieste est éliminé de la vie des enfants et l’on peut se demander si c’est vraiment une bonne chose.

Eloge de la sieste

Bref, la sieste est bien considérée, voire obligatoire pour les jeunes enfants, et brutalement, vers l’âge de raison, perd toute légitimité. Le siestard est automatiquement assimilé à une faignasse invétérée. Siester est une activité de looser, de doux rêveur, d’associal dont l’image la plus connue est celle de l’incroyable capacité de repos de Gaston Lagaffe, le nonchalant personnage de Franquin.
La dominance du modèle d’hyper-performance de la société libérale n’est sans doute pas pour aider à la réhabilitation de la sieste. Il faut travailler toujours plus, plus vite, plus fort, aussi, celui qui prend le temps de se reposer se disqualifie de fait. Et pourtant, si l’on se souciait réellement de performance, nul doute que la sieste deviendrait obligatoire en entreprise. Quoi de plus inutile et contre-productif qu’un salarié léthargique, luttant contre une douce torpeur sur le coup de la digestion? Quand j’étais salariée, je me souviens des cauchemars de début d’après-midi où il ne fallait programmer que des activités à très faibles implications intellectuelles. Alors que 30 petites minutes d’assoupissement ouvrent la perspective d’une deuxième demi-journée aussi productive que la matinée…

J’ai redécouvert la sieste avec ma fille, et du coup, cette intolérable fatigue que je me suis traînée des années durant a disparu. Je n’ai plus besoin que de 6 à 7 heures de sommeil réparateur par nuit, plus une petite sieste, et je suis opérationnelle tout le reste du temps. Avant, j’étais tout le temps fatiguée, et quand, le week-end, je tentais de rattrapper le sommeil en retard, je sortais de mes grasses matinées encore plus crevée et abattue.
En plus, quand vous êtes vraiment fatigué et que vous tirez sur la corde, le soir venu, vous êtes tellement tendu par l’effort que vous avez du fournir pour rester éveillé selon la norme, que le sommeil vous fuit. Il est probable qu’un bon usage de la sieste aurait des effets particulièrement visibles sur la sur-consommation d’hypnotiques et psychotropes dont nous sommes de grands adeptes. Réhabiliter la sieste, c’est probablement aider durablement au rétablissement des comptes de la Sécu.

Et il ne faut pas penser que réussissent mieux ceux qui dorment le moins. Je vous invite à lire l’avis du premier d’entre nous sur la question de la sieste!

Une société qui ne sait pas se reposer, ne sait pas travailler

Notes

[1] Sommeiller à demi

4 Comments

  1. Comment by céleste on 10 March 2007 10:43

    Oh comme je suis d’accord!

    Ne pas faire la sieste, ne pas savoir se reposer est un mal occidental, dicté par des impératifs économiques et sociaux Avec aussi un petit quelque chose de moral, de catho, la sieste étant souvent assimilée à la paresse
    mais qu’est-ce donc que la paresse? et pourquoi fustiger ainsi qui jouit simplement du temps qui passe

    Les indiens ont une toute autre conception de la sieste. Cet été, durant mon voyage en Inde j’avais écrit sur mon blog un texte sur le sujet; Je me permets d’en mettre un extrait:

    Nous sommes en voyage entre Coimbatore et Bangalore

    “J’adore prendre le train et le voyage est superbe. Dans notre wagon tout le monde s’est assoupi, le bébé et sa maman, le vieil homme en dhotî, les femmes en sari, la bonne sœur rebondie, l’homme d’affaires à lunettes. Ça ronfle, ça grogne, ça dort profondément, allongé ou assis, les pieds repliés sous le corps ou posés sur la banquette d’en face, les bras ballants dans l’allée ou appuyés sur les barreaux des fenêtres. Parfois, au passage d’un des nombreux vendeurs ambulants, quelqu’un ouvre un œil, se secoue et commande un café, des fruits ou des pakoras tout chauds.
    Cette extraordinaire capacité qu’ont les Indiens (et les Asiatiques en général) à s’endormir profondément en quelques minutes partout, quels que soient le confort, la température ambiante, l’état de propreté des lieux, le bruit et la luminosité, est absolument fascinante.
    Tous, pauvres ou riches, vieux ou jeunes, femmes, hommes ou enfants ne ratent jamais une occasion de piquer un petit roupillon, de s’accorder une petite sieste, de s’évader par le sommeil.
    Et nous, pauvres de nous, que nous faut-il pas pour nous abandonner dans les bras de Morphée ! Des lits, des draps (propres), l’obscurité, le silence, une température agréable, être suffisamment fatigué, ne pas avoir de soucis, et quoi encore ?

    Nos peurs, nos angoisses, nos névroses d’occidentaux trop bien nourris nous ont éloignés de l’essentiel : profiter des petits plaisirs quotidiens.

    S’alanguir au rythme d’un train, se laisser aller sur une banquette, en toute quiétude.

    India, le 27 juillet 2006 “

  2. Comment by lesyeux on 10 March 2007 22:15

    proches de nous, les espagnols siestent avant de reprendre le boulot l’am
    mais il sont des horaires différents : grande coupure en début d’am et sortie plus tardive le soir
    ils “viven”t aussi le soir tard : chez nous à 19.30 on dine comme les poules
    alors à défaut d’accepter de changer nos habitudes et là c’est pas gagné !! il n’y a pas pire conservateur que le français : il a horreur et peur du changement
    je ne vois pas quand on pourrait siester, vu le temps des pauses café, celui des pauses clopes, celui de la pause dejeuner….sans compter que tout lemond e n’a pas le meme rytme de sommeil, certains aiment siester après la pause dej , d’autres au milieu de l’am d’autres encore en fin d’am

    ce qui me gene , c’est la notion ‘obligatoire’ : le gvt, les ministères, les entreprises deviennent ainis nos nounous, (meme sice sont de mauvaises nounous) décidant ce qu’il convient que nous fassions ou que nous ne fassions pas…

  3. Comment by monolecte on 10 March 2007 22:27

    Au lycée, je pionçais après la cantine, vers 13h10, 13h20. Tout le bahut savait que ma sieste était sacrée. J’avais toujours un pote pour me réveiller 10 mn avant la reprise des cours. Mais le plus souvent, je trouvais un bon coin au soleil au printemps, un peu à l’ombre quand ça commençait à taper, entourée par mes potes qui discutaient tranquillement et je somnelais vaguement, au milieu d’eux, bercée par le son de leur voix.

  4. Comment by Bill on 12 March 2007 13:55

    Je pense que c’est la sieste est blâmée par les gens qui ne s’autorisent pas de la faire.
    Un café un café, un autre, bientot on mettra des allumettes entre les yeux pour tenir… .
    A priori c’est le même temps, 15 minutes ou allez boire un café ou faire le tour de la société aprés le repas. Chacun pourrait avoir sa méthode

    Mais non la France est rigide et tant que tout le monde ne le fait pas à l’étranger on s’y met pas.

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