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Et Dieu dans tout ça ?

par Jean Véronis, 19 April 2007

Vous avez certainement lu comme moi dans la presse les dernières nouvelles concernant Nicolas Sarkozy, qui après le discours sur Jaurès, Blum et les travailleurs, suivi d’un virage assez remarqué mêlant immigration et identité nationale, se met à revendiquer les racines chrétiennes de l’Europe et de la France, louant le «long manteau d’églises» qui recouvre notre pays.

On peut se rassurer en se disant qu’un peu désespéré, il essaie de grapiller quelques voix de l’électorat chrétien qu’il a récemment choqué avec ses propos sur le déterminisme génétique, et que tout cela n’est que flatterie vers un n-ième segment de l’opinion publique, comme on en a eu tant, à gauche comme à droite dans cette campagne. Mais quand l’on se souvient des difficiles débats sur la laïcité (le port du voile, le sexe des médecins hospitaliers, etc.), on peut se demander si c’est vraiment le moment d’agiter le goupillon et de donner ainsi des idées à d’autres… Et si l’on a en tête le débat sur le traité constitutionnel, où la France a résisté avec difficulté à la pression d’autres pays comme la Pologne, qui voulaient intégrer dans la Constitution la référence aux racines chrétiennes de l’Europe, on peut être un peu inquiet de la suite qui va être donnée au dossier s’il est élu (sachant que la Constitution ne repassera pas dans ce cas, il l’a dit, par un référendum). « La question de savoir si Dieu doit être dans la Constitution européenne ne se pose plus puisqu’il n’y a pas de Constitution », dit-il. Oui, mais, il y aura justement bientôt un nouveau projet de Constitution sur le tapis…

Mais j’arrête mon couplet anti-Sarko. A chacun de se faire sa religion avant dimanche… En tout cas, cela m’a donné l’idée d’aller voir comment les candidats utilisent les mots religion(s), chrétien(s), catholique(s), protestant(s), juif(s) et musulman(s) dans les discours. Comme toujours, je rapporte les fréquences à 100 000 mots. Voici la répartition (comme je l’ai déjà dit dans d’autres billets, je n’arrive pas à avoir les discours des autres candidats, qui sont d’ailleurs souvent improvisés et ne laissent pas de trace écrite) :

On voit que Sarkozy est, de loin, le candidat qui met la question des religions au centre de la campagne. Jusqu’ici, il parlait surtout des Juifs (tiens, y aurait-il des voix à prendre de ce côté-là ?), très peu des Musulmans (à part bien sûr les histoires d’excision et de moutons dans les baignoires). Derrière lui vient Le Pen, qui parle des trois religions, et pas mal des Musulmans (détrompez-vous, il n’en dit pas de mal, bien au contraire : depuis l’automne 2005 le FN a changé de stratégie — il y a des voix à prendre de ce côté-là aussi). En troisième position vient Bayrou, qui parle de la religion surtout pour défendre la laïcité. Les autres parlent peu des religions, voire pas du tout. Un petit point remarquable : dans tous ses discours, Royal n’a jamais prononcé les mots chrétien(s), catholique(s) ou protestant(s), ni d’ailleurs le mot religion(s). Faut quand même pas exagérer. Les électeurs de gauche peuvent peut-être avaler le sabre, l’encadrement militaire, la Marseillaise et le drapeau, mais quand même pas le goupillon !

D’ici qu’il y en ait quelques-uns qui se prennent une calotte, dimanche…

2 Comments

  1. Comment by Décryptages on 19 April 2007 22:21

    L’heure du choix.

    A en croire les sondeurs, l’incertitude et l’hésitation sont pour l’instant les grands gagnants du premier tour. Les français sont indécis depuis des semaines, des mois et leurs doutes, toujours selon les instituts, ne se dissiperont que quelques jours, quelques heures avant le scrutin. Dans le jargon de la Sofres ou de BVA, on appelle cela la « cristallisation ». Réaction chimique intime et secrète, la cristallisation de l’électorat semble avoir besoin d’un catalyseur puissant : l’isoloir.

    Pour ma part, j’ai l’impression de subir une réaction inverse. A mesure que le jour J approche, mes doutes augmentent au lieu de disparaître, ma conviction s’étiole à la vitesse des heures qui nous séparent du dimanche fatidique. A force d’entendre encore et encore les arguments des uns, les attaques des autres, les soutiens qui se croisent et qui transforment petit à petit le paysage politique français en plat de spaghettis, les appels au désespoir ou au vote utile, j’en ai le vertige. Et si je me trompais ? Et si tout ce que je raconte dans mon blog depuis trois mois n’était que ma façon personnelle d’être manipulé par tous ces discours de circonstances ? Et si je restais dans mon jardin pour tailler mes rosiers (je n’aime pas la pêche) ?

    Bref, l’angoisse est à son comble. S’il y en a beaucoup comme moi, ça promet des divines surprises et un joyeux foutoir sur les plateaux de télévision ce dimanche à 20 heures.

    Reprenons nos esprits. Comme tous les militants et sympathisants UDF, je viens de recevoir un ultime message hyper court, hyper synthétique, hyper pédagogique, reprenant les « 4 raisons de voter François Bayrou dimanche 22 avril ». Oubliez tout le bla-bla de la campagne, revenez aux fondamentaux (cela prouve en tout cas qu’en haut lieu, ils se rendent bien compte de l’état d’inquiétude des troupes et des français).

    Je cite :

    Il est le seul vote utile pour la France
    Il est indépendant du système
    Il refuse de faire des fausses promesses
    Il propose un projet équilibré et concret pour améliorer votre quotidien

    Je traduis pour ceux qui n’auraient pas tout compris :

    1- Ségolène est cuite, si vous voulez battre Sarkozy, y’a plus que Bayrou.

    2- Si vous voulez vous défouler, oubliez Le Pen et Besancenot, soyez dans le coup, le vrai vote protestataire en 2007, c’est Bayrou.

    3- Vous n’y croyez plus, vous n’avez plus confiance dans la politique pour résoudre vos problèmes, la vérité c’est que vous n’avez pas complètement tord.

    Cette campagne a été longue, très longue, trop longue. Ras-le-bol d’entendre les mêmes litanies, les mêmes postures. Vivement dimanche.

    Je vais voter Bayrou. Tout de même.

    Parce que je hais les extrêmes et les extrémistes. De droite, de gauche, ils se ressemblent tellement. Ils ont en commun de refuser la réalité, de se focaliser sur les misères et les peurs. Ils ont en commun une certaine haine de l’humanité, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ils idéalisent la pureté. Pureté d’un monde imaginaire, peuplé de gaulois depuis cinquante générations ou peuplé d’ouvriers sans entreprises et sans patrons. Parce qu’ils refusent de voir le monde tel qu’il est, ils ont en réalité en commun le refus de la réforme. Leurs solutions se résument à jeter l’anathème sur une catégorie de la population (les immigrés, les riches, les patrons), source de tous nos problèmes. L’extrémisme est un leurre, c’est le pire de tous les conservatismes déguisé en révolutionnaire.

    Parce que la France a besoin d’une politique économique libérale. En ce point, les orientations de Bayrou et de Sarkozy ne sont pas très éloignées.

    Parce que le parti socialiste reste vieux, dogmatique, langue de bois, que personne ne sait où ni avec qui il va gouverner. Parce qu’il est incapable d’impulser la modernisation nécessaire à la gauche, qu’il camoufle ses divisions, qu’il se retranche derrière une image providentielle de candidate qui ne lui ressemble pas. Parce que rien de garantit que Ségolène Royal ne fera pas alliance avec les communistes et les gauchistes de l’extrême, prélude à de nouveaux échecs et de nouveaux renoncements. Non merci.

    Parce que Dominique Voynet ne représente pas grand-chose à par elle-même et quelques potes. C’est dommage sans doute. Hulot aura dissous l’écologie politique dans Ushuaia. Un peu comme BHL aura vendu la cause du Darfour au rabais contre un bulletin Royal.

    Parce que Nicolas Sarkozy joue trop avec le feu. Il n’est ni extrémiste, ni raciste, ni eugéniste. Certes. Mais ce ne sont pas des concepts dont on s’amuse en campagne. J’étais de ceux qui s’agaçaient il y a quelques mois du discours « Sarkozy fait peur », un discours qui ressemble trop à celui décrivant les communistes avec le couteau entre les dents. Mais tout de même. Trop c’est trop.

    Parce que je crois sincèrement que le paysage politique doit se recomposer en France autour de deux grandes sensibilités : la droite conservatrice et la social-démocratie. Il y a peut-être plusieurs voies pour y parvenir. Nicolas Baverez dans la Point explique pourquoi le vote Sarkozy est la meilleure. Après en avoir dit pis que pendre, BHL penche pour Ségolène en appelant de ses vœux la désignation de DSK comme premier ministre. Je continue de penser quant à moi que seul l’électrochoc centriste fera exploser le vieux socialisme d’Epinay.

    Un vote par défaut ? En partie. Pas complètement.

    Le deuxième tour risque fort d’être une toute autre histoire …

  2. Comment by Schulmeister on 20 April 2007 17:49

    Décryptages, vous faites bien d’aller voter, parce que tailler vos rosiers un 22 avril, à moins d’habiter en Russie, ça ne me semble pas très malin.

    M. Véronis, un candidat a-t-il prononcé le mot “concordat” ? L’un d’eux sait-il qu’il aura bientôt à nommer l’archevêque de Strasbourg ?

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