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Dernière (Le) Boucherie Avant Le Premier Tour

par Sébastien Fontenelle, 21 April 2007

1.
Cette semaine, Eric Le Boucher, l’économiste ravagé qui le samedi soir crache dans “Le Monde”, sans jamais désemparer, des imprécations ultra-libérales d’une inconcevable brutalité, serait plutôt content.

Il aurait même, à la veille du premier tour de la présidentielle, un petit quelque chose comme un début de commencement d’érection, qui ne demande qu’à s’épanouir.

Motif?

“En 2002, les trois candidats des grands partis n’avaient recueilli que 42,90 % des voix au premier tour”, alors que, cette fois-ci, “les trois candidats de ces grands partis devraient obtenir 70,66 %, selon la moyenne des scores des six instituts de sondage”.

Et ça, observe Eric Le Boucher (dont la perspicacité fera dans trois millions d’années d’interminables épopées), ça veut dire que “si la réalité dimanche soir correspond à ces estimations, près d’un électeur sur trois aura rejoint ces grandes organisations”: le P”S”, l’UDF, l’UMP.

(Déjà en sixième, Eric Le Boucher touchait grave sa bille, en maths - alors que le cours d’histoire le faisait plutôt chier, avec ses longs cortèges de gueux.)

Eric Le Boucher voit dans ce ralliement annoncé des Françai(se)s aux trois grands partis (qui ont tant fait depuis tant d’années pour améliorer leurs conditions de vie) une “réhabilitation très réussie dont il faut féliciter Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou”.

(Mais surtout Nicolas Sarkozy, qui dans cette noble entreprise n’a pas ménagé son Pen.)

2.
Eric Le Boucher (avec cette mâle assurance qui fait dire à Laurence Parisot que “des comme lui, sans déconner, je sais qu’il y en a déjà un (gros) paquet dans toutes les rédactions, mais il en faudrait encore plus”) affirme ensuite que: “Cette réhabilitation a un sens”.

(Notez que ça tombe relativement bien, et que si tel n’avait pas été le cas, on en serait à se demander: “Mais putain, où il veut en venir, Le Boucher, avec ses conneries?”)

“Cette réhabilitation”, explique Le Boucher, signifie que: “Les Français ont tiré la leçon de l’échec de leur attitude purement négative du “rejet” (extrême droite) et de la “résistance” (extrême gauche) de 2002 et de 2005 (le non au référendum européen), qui n’a conduit qu’à l’immobilisme intérieur et extérieur (…)”

Eric Le Boucher, que rien n’arrête jamais, l’affirme donc (avec ce viril aplomb qui fait dire à Nicole Notat que cet homme n’est “pas seulement hyper-intelligent” mais qu’il est aussi “ultra-sexy” dans sa petite chronique moulante): le Français, qui n’est jamais que passagèrement con, se repent d’avoir crié “NON” à l’Europe néo-libérale du président Estaing et de Marie-Ségolène Royal.

Si quelqu’un avait la gentillesse de trouver au Français quelques branches de houx, le Français pourrait assouvir son envie de se flageller - car il est véritablement soucieux d’expier sa gigantesque faute, pour mieux se préparer à voter, la prochaine fois, là où on lui dira de voter.

Eric Le Boucher, lancé, affine sa pensée, qui luit comme un phare miraculeux dans la nuit des morts-vivants josébovistes, et lâche, totalement débondé, que: “Si les trois grands regagnent des électeurs, c’est par leur qualité propre, mais aussi par (…) “rejet de la résistance” (au capitalisme) qui n’a consolidé que les privilégiés”.

Hideuse “résistance”, en effet, que celle des altermondialistes (at large), qui n’ont cessé, depuis 2005, de caresser le patronat et son actionnariat dans le sens du poil, cependant que Nicolas Sarkozy (pour ne citer que lui), qui a toujours tellement oeuvré pour les déshérité(e)s, se démenait pour déjouer les sinistres manoeuvres des sectateurs du Marché.

(Ici, on l’observe: Eric Le Boucher semble être sous l’emprise d’une forte fièvre, qui le ferait horriblement délirer.

Mais ce n’est qu’une apparence: dans les faits, sa propension à nier la réalité pour la remplacer par une vérité-bis totalement fantasmagorique (où la résistance au libéralisme fait la joie des nantis) est l’un des plus vieux trucs du néo-libéralisme de combat, qui sinon serait depuis longtemps à bout d’arguments.)

3.
Dès lors, Eric Le Boucher peut, de mémoire, fidèlement, réciter sa grotesque leçon habituelle de parfait commis patronal, déjà fourguée un million de fois au lectorat du quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani(tchitchi) - et qui se divise, comme on sait, en deux grands chapitres:

1) “La crise qui persiste en France a des causes qui ne relèvent ni de l’Europe ni, du monde, mais d’elle même: son défaut d’adaptation aux réalités du XXIème siècle.”

2) “Pour défendre le modèle français, il faut le rénover (beaucoup) et non pas s’arc-bouter sur les avantages acquis.”

(Dans les deux cas, vous l’aurez noté, il s’agit, tout simplement, de faire en sorte que le “modèle français” n’en soit plus un, mais devienne, au contraire, un repoussoir supplémentaire pour les quelques rares peuplades qui pourraient encore essayer de se convaincre, les pauvres connes, qu’un autre monde est possible, où des gens comme Eric Le Boucher cesseraient de se goinfrer en commercialisant d’ahurissantes inepties.)

4.
Après avoir ainsi (longuement) posé que, soit tu votes pour une grand parti libéral, soit t’es un(e) sal(e) con(ne) arriérée, Le Boucher, dont c’était, il va de soi, le principal message, fait semblant d’être inquiet: “Encore faut-il une logique générale”.

Estime-t-il.

Or, de son point de vue, cette logique “manque beaucoup”.

Et de suggérer, par exemple, que: “L’hostilité du PS aux fonds de retraite par capitalisation est incohérente avec sa volonté de protéger le capital des champions industriels”.

Eric Le Boucher sait fort bien, quand il écrit ça, que le Parti “socialiste”, si par accident il revient aux affaires, ne fera jamais rien pour nous prémunir contre les fonds de retraite par capitalisation - ni d’ailleurs contre les fonds, en général: quand Marie-Ségolène Royal annonce, de façon à peine subliminale, que pour Matignon elle hésite un peu entre Dominique et Strauss-Kahn, la fine fleur de l’investissement texan pousse de longs miaulements de plaisir.

Mais Le Boucher ne veut pas se refuser le plaisir de lâcher, quelques heures avant le premier tour, un dernier hurlement de guerre - histoire, probablement, de mériter un peu le pognon que lui verse “Le Monde”.

Chez Le Boucher, ce genre de fièvre se traduit, systématiquement, par des bouffées délirantes - et sa chronique du jour ne déroge pas à cette règle d’airain: il écrit par exemple, très sérieusement, que Nicolas Sarkozy a, tenez-vous bien, “abandonné (le) terrain libéral en cours de campagne”, pour se replier “sur des thèmes sociaux et protectionnistes”.

Exaspéré par ce manquement (né de son imagination), Eric Le Boucher veut croire, pour se rassurer, qu’il s’agissait là d’un “mouvement de tactique électorale” - ce qui revient, c’est amusant, à espérer que Nicolas Sarkozy aurait menti à son électorat.

Mais dans le doute, le chroniqueur fou suggère tout de même au rodomont de l’UMP, je vous jure que c’est vrai, de sortir vite fait du “bain historique, corporatiste et nationaliste du gaullisme”.

(Nous venons de retrouver le nigaud, dernier de son espèce, qui pense encore que Nicolas Sarkozy est gaulliste: c’est Le Boucher.)

Et pour ce qui serait de Marie-Ségolène?

Le Boucher dresse un navrant constat: “Le PS n’ayant de logiciel qu’antique, la candidate n’était programmatiquement pas prête”.

(Comprendre qu’elle a un programme, mais de stricte obédience josephstalinienne, comme chacun(e) sait.)

Conclusion Le Bouchère: “Le pari est qu’elle s’améliore vite. Qu’elle puisse continuer d’arracher son parti de sa gangue archaïque et le conduire jusqu’à trouver comment marier, et surtout financer, innovation et solidarité”.

Si elle sait pas comment faire, elle aura qu’à lire, en plus de quelques vrais travaux économiques, les incantations (toujours les mêmes) de Le Boucher - ainsi que bien sûr les derniers bouquins des bosses de “Libération”, qui disent, grosso merdo (mais plus grosso que merdo) la même chose.

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