Laurent Joffrin Ose Toujours
par Sébastien Fontenelle, 23 April 2007
“Libération” publie ce matin, comme à chaque fois que le souffle chaud de l’Histoire nous vient sur, un éditorial gros niveau de Laurent Joffrin, directeur de “Libération”.
On ne peut qu’être pris, à sa lecture, d’une espèce d’euphorie, ou d’engourdissement, comme à chaque fois que le Talent, avec une majuscule, nous rappelle à notre sidérante insignifiance.
Laurent Joffrin l’affirme en effet: “La France a sauvé la gauche”.
Puis Laurent Joffrin affine ce phénoménal diagnostic: “Ségolène Royal approche les scores de François Mitterrand au premier tour (…). Vote utile? Pas seulement”.
Et là, on se dit: “Quand même - il a pas osé?”
Mais si.
Laurent Joffrin ose toujours - surtout au lendemain d’un premier tour d’élection présidentielle.
Parce que bon, si on refait tous nos calculs, on découvre quoi?
On découvre que sans les voix (9,60 % du total) des gens qui avaient en 2002 voté pour Hue, Besancenot, Laguiller ou Mamère et qui cette fois-ci ont préféré la jouer pépère, Marie-Ségolène Royal, à l’heure actuelle, serait en train de méditer à Ré sur les douloureux aléas de la politique politicienne.
Il n’est bien sûr pas étonnant que Laurent Joffrin fasse mine de ne pas voir ce qui sauterait aux yeux de n’importe quel médiocre élève de CM2 peu doué pour les soustractions à plus d’un chiffre: en posant, contre l’évidence des résultats, que Marie-Ségolène Royal n’a pas seulement bénéficié du “vote utile”, mais aussi d’un petit quelque chose de plus qu’il se garde bien (et pour cause) de mieux définir, Laurent Joffrin continue sa mission, qui est de tirer sa “gauche” vers la droite - et notre univers électoral vers une configuration à l’américaine, où les seules questions qui font débat sont d’accord-pour-envoyer-nos-boys-en-Irak-mais-quand-et-combien, ou d’accord-pour-gaver-le-patronat-et-ses-fonds-de-pension-mais-est-ce-qu’il-ne-faudrait-pas-faire-ça-gentiment?
Laurent Joffrin n’aime (décidément) pas la (vraie) gauche, et ne se prive pas de le lui signifier, en lui rappelant que, certes, elle vient de faire, pour une fois, l’effort de voter convenablement (”utile”), mais que pour autant, faut pas non plus qu’elle espère des remerciements de “Libé”, où l’on n’a que faire des bolcheviks.
Au reste, Laurent Joffin le reconnaît, presque naïvement: “Une droite franche affrontera au second tour une gauche qui doit faire le pari du renouveau”.
Vous retenez?
La droite est “franche”.
La “gauche”, pas complètement.
Motif: elle ne s’est pas encore suffisamment renouvelée.
Ou si vous préférez: elle est encore trop à gauche.
Laurent Joffrin ouvre alors, pour alimenter un raisonnement qu’il devrait pourtant connaître par coeur pour l’avoir déjà répété un bon milliard de fois, son dernier bouquin, “La gauche Bécassine”, et en recopie quelques morceaux - non sans lâcher au passage un petit coup de langue, ça peut toujours servir, en direction du chancelier Sarkozy.
Et voilà ce que ça donne: “La madonne des meetings (Marie-Ségolène Royal, NDLMC) ne peut pas se contenter de pointer du doigt le méchant Sarkozy. Elle doit défendre des mesures, des propositions, des décisions”.
Mais attention: “Pas celles de la vieille gauche, épuisée par la gestion et une certaine forme de civisme”.
Ah non, alors.
“Il faut”, plutôt, ” (…) mettre le service public au service du public, relancer l’entreprise pour relancer l’embauche (…)”.
Est-ce que ce n’est pas exactement ce que réclament les grandes organisations patronales, type MEDEF ou CFDT?
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