Forgeard : merci l’UMP, pour le petit cadeau !
par Olivier Bonnet, 16 May 2007
Le ministre Thierry Breton a bien fait pression pour que Noël Forgeard, patron licencié par EADS, parte avec ses indécentes obscénités : c’est ce qu’affirme le co-président allemand de l’entreprise, Thomas Enders (à gauche sur la photo). Et Sarkozy, durant la campagne, a donc fait mine de s’offusquer d’une décision prise au plus haut niveau de l’UMP ! Au jour de son investiture en tant que président de la république, on salue un véritable artiste de l’imposture. Chapeau, Sarko !
On se souvient qu’en avril dernier, le magazine Challenges avait accusé le ministre de l’économie et grand ami des patrons, Thierry Breton, d’être intervenu auprès des administrateurs d’EADS afin que Noël Forgeard (à droite sur la photo) puisse toucher sa prime au perdant de 8,5 millions d’euros. Dénégation offusquée de l’hôte récemment démissionnaire de Bercy, qui avait dénoncé une accusation “scandaleuse“. Il faut dire que l’affaire “passait” très mal dans l’opinion. Comment ? Alors qu’on s’apprête à supprimer 10 000 emplois, le responsable direct de cette situation se sauve avec la caisse ? En pleine campagne électorale, le sujet s’invite et la classe politique au complet joue l’indignation. Y compris le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, qui en fait “une question d’éthique“. A la place de Noël Forgeard, déclare-t-il, “je ferais comme Philippe Bilger, le président d’Alstom, qui avait échoué et qui avait rendu ses rémunérations“. Or le candidat de la droite est l’ex-numéro 2 du même gouvernement que Breton, et le président de son parti. Qu’il fasse mine de s’offusquer du parachute doré attribué à Forgeard alors qu’en sous-main, le ministre de l’économie ait fait pression en faveur de cette immorale rétribution, voilà qui fait désordre ! Donc Breton nie vigoureusement, ajoutant même n’avoir pas été au courant, ce qui s’appelle s’enfoncer dans le mensonge jusqu’à l’autisme. Alors même que l’Etat français détient 15% d’une entreprise oeuvrant dans le secteur ultra sensible de la défense nationale, qu’il est représenté au sein de son conseil d’administration, et que le co-président dudit conseil, Arnaud Lagardère, explique que “Toutes les décisions majeures (dans EADS, Ndlr)
étaient préalablement soumises et présentées depuis 2000 à l’Etat”, Breton n’aurait pas été au courant du versement des 8,5 millions d’euros ? Plus c’est gros, mieux ça passe… Sauf que le co-président allemand d’EADS Thomas Enders a réitéré l’accusation hier, dans une interview donnée au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung , faisant état de “pressions” gouvernementales en faveur des colossales indemnités de Forgeard : “Ce qui est exact, c’est que le gouvernement français nous a d’une certaine manière forcé la main. L’histoire de M. Forgeard chez EADS, c’est celle de l’Etat français qui a exercé une très forte influence sur EADS du début à la fin“. On ne saurait être plus clair. Mais pourquoi donc Breton-le-menteur a-t-il pris le risque politique de cette décision impopulaire ? Peut-être espérait-il qu’elle ne “fuite” pas. Sans doute a-t-il voulu éviter qu’un procès intenté par un Forgeard licencié sans indemnité, comme le souhaitait le conseil d’administration d’EADS, n’éclaire d’un jour un peu trop cru les dysfonctionnements de la direction bicéphale franco-allemande de l’entreprise. Toujours est-il que Sarkozy, s’indignant d’une décision dont on sait aujourd’hui qu’elle a bien été prise en haut lieu par ses propres amis - et l’on doute fort qu’il n’ait pas été au minimum informé, au vu de son statut de leader de la majorité -, a encore endossé les habits de l’imposteur - comme quand il se disait héritier de Jaurès ! Mais las, il est désormais intouchable, élu pour cinq ans, comme le claironne le peuple de droite triomphant avec une rare hargne. Un jour, il mangera son chapeau.
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