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Pots-de-vin pour le numéro 2 de l’Etat ?

par Olivier Bonnet, 9 June 2007

PortraitPonceletC’est une nouvelle fois grâce au Canard enchaîné qu’est sortie l’information : dans son édition de mercredi, l’indispensable hebdomadaire nous apprend qu’une enquête préliminaire est ouverte pour trafic d’influence et que le président du Sénat, Christian Poncelet, se trouve dans son collimateur. Pour mémoire, il est le numéro deux de l’Etat sur le plan protocolaire, derrière le président de la République : bigre ! Première confirmation : des sources judiciaires confirment bel et bien l’ouverture de cette information (préliminaire, rappelons-le). De quoi s’agit-il ? Un certain Jean-Claude Bertoldi, ci-devant cadre à la SOGEA (travaux publics, filiale du groupe Vinci cher à Antoine Zacharias - en fait c’est surtout ce dernier qui est cher !), mis en examen pour “escroquerie, abus de biens sociaux et faux en écritures privées“, l’accuse clairement dans sa déposition, reproduite par le Canard : “Dans le cas où, grâce à l’influence de M. Poncelet, Sogea obtient le marché, ma commission est de 80 000 euros, dont 8000 euros pour M. Poncelet“, affirme-t-il aux policiers, à propos d’un chantier dans les Vosges, dont le président du Sénat est justement l’élu. Bertoldi se dit “ami” de Poncelet. Ce dernier prétend qu’il “ne le connaît pas très bien“. Las, le cadre magouilleur était sur écoutes téléphoniques depuis plusieurs semaines et l’on s’aperçoit que ses relations avec le sénateur UMP étaient quasi permanentes ! Ca n’empêche pas Poncelet de protester : “tentative de déstabilisation (…) On veut, à des fins politiques, porter atteinte à mon honneur“, son démenti à ces “allégations mensongères” est “le plus catégorique” et il se plaint d’être “blessé“. Ah ah ah ! Ca ne vous rappelle rien ? Villepin à propos de Clearstream, Chirac pour son compte au Japon, Sarkozy sur son appartement de l’Île de la Jatte… Mais l’ennui pour Poncelet réside dans ces fameuses écoutes.

“Sous le sceau du secret”

L’on y apprend ainsi que la SOGEA était en concurrence avec une autre entreprise pour obtenir le marché de la construction du siège de la gendarmerie à Issy-les-Moulineaux. Poncelet réunit alors Roger Gonçalves, contrôleur général au ministère de l’économie, et Amaury de Saint-Quentin, conseiller de Michèle Alliot-Marie à la Défense. Après le rendez-vous, il appelle Bertoldi pour rendre compte “sous le sceau du secret” : “les choses seront réglées. Sur vos affaires motus, hein ! Sinon, c’est la rupture totale“. Il fait aussi jouer ses relations pour favoriser la SOGEA dans le dossier de reprise d’une société à Saint-Amé, dans le département des Vosges dont il est aussi président du Conseil général. Il s’adresse au téléphone à un intermédiaire : “Si tu réussis ça, on fait une bonne opération. Je suis partie prenante, mais discrètement“. Les écoutes font encore état d’interventions pour vendre des autobus entre l’Iran et le Kazakhstan, ou pour favoriser l’implantation d’un Carrefour en Roumanie. Pour se défendre, Poncelet explique n’avoir voulu qu’ “aider des entreprises françaises à s’installer à l’étranger en toute transparence“. Mettons, pour ces deux dernières affaires. Mais Issy-les-Moulineaux ? Saint-Amé ? Et que signifient dans sa bouche les expressions “sous le sceau du secret” et “motus !” ? Qu’entend-il par “je suis partie prenante, mais discrètement” ? Le sénateur UMP a beau s’affirmer, par la voix de son avocat, “très serein“, il apparaît en bien fâcheuse posture. Quoique. Cette affaire n’est pas sa première et il est toujours passé à travers les gouttes.

481px_Christian_PonceletVers un nouvel enterrement ?

Ainsi en juillet 2005, Le Monde l’accuse, preuves à l’appui, d’être actionnaire masqué d’une banque de Floride. Le quotidien détient un certificat, datant d’octobre 1997 et signé de la main d’un ami homme d’affaires franco-suisse - qu’il décore de l’ordre national du mérite en 2004 ! -, attestant de la vente d’actions pour la somme de 170 000 dollars. En réponse, Poncelet nie “détenir ou avoir détenu un seul centime à l’étranger“. Contre l’évidence. Il annonce même qu’il va attaquer le journal pour “dénonciation calomnieuse, diffamation, vols de documents et recel de vols“. Il n’en fera finalement rien et l’affaire ne connaîtra pas de suite judiciaire. Plus fort encore : sa collaboratrice personnelle, d’abord au Conseil général des Vosges puis au Sénat, a été rémunérée par France Telecom entre 1972 et 2000, sans qu’il ne mette jamais la main à la poche, en 28 ans, avant de “la licencier sans ménagement“, précise Libération : “Après arrangement financier sous l’égide des prud’hommes, l’affaire avait été classée sans suite en novembre dernier“. Dans un assourdissant silence médiatique. Pourquoi ses petites affaires avec Bertoldi ne connaîtraient-elles pas un nouvel enterrement judiciaire ? Peut-être parce qu’à 79 ans, moins de 16 mois avant la fin de son mandat à la présidence du Sénat, “on” décidera qu’il est temps de le lâcher. Après l’enquête préliminaire confiée aux policiers des affaires économiques et financières de la préfecture de police de Paris, la décision de classer ou poursuivre appartiendra au Procureur général de Paris. Un certain Laurent Le Mesles, ancien conseiller judiciaire du président Chirac

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