TVA “sociale” : cynisme et immoralité politique
par Olivier Bonnet, 20 June 2007
Ainsi donc, qui est coupable de ce que la droite n’ait pas obtenu le tsunami promis au deuxième tour des législatives ? Du côté de la gauche, on désigne son champion : Laurent Fabius, dont on pense ce qu’on veut de la sincérité, mais qui a eu l’immense mérite d’imposer le thème de la TVA dite “sociale” - à chaque fois, l’on se pince de voir accolés les deux termes ! - comme décisif argument de campagne. Et à droite ? Les commentateurs comme les politiques désignent Jean-Louis Borloo, victime de Fabius ce jour-là, le 10 juin dans le 20 heures de TF1, coupable de ne pas avoir “botté en touche”, interrogé sur la question, et d’avoir admis que, effectivement, le projet était discuté. Vade retro satanas ! De l’avis unanime, il ne fallait pas en parler. “La TVA sociale nous a fait perdre 60 députés. On ne peut pas poser cette question entre les deux tours, ce n’est pas un sujet que l’on peut traiter en une minute trente“, attaque le calamiteux ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. L’ancien ministre Renaud Dutreil, ci-devant fervent partisan du Contrat Nouvelle Précarité Embauche, y va davantage encore bille-en-tête : “Nous avons pâti au cours de cette semaine de déclarations sur la TVA sociale qui n’ont pas été comprises par les Français, qui les ont inquiétés (…) il faut que l’on tire les leçons de cette erreur majeure de communication qui nous a coûté, je pense, beaucoup de voix“. Il désigne comme coupable Jean-Louis Borloo, qui va carrément “devoir s’expliquer“. Bigre. Le premier ministre François Fillon est lui aussi accusé, coupable d’avoir évoqué l’éventualité d’une hausse de cinq points : “Les graffitis sur les affiches et les slogans de l’opposition sur les marchés, c’est la TVA à 25%“, souligne un défenseur de Borloo cité par Le Monde. Qui donne également la parole à un ministre anonyme, qui déclare : “Toute la semaine, nos candidats se sont fait interpeller par leurs électeurs sur la hausse de la TVA“. Donc voilà bien l’erreur majeure de la droite, à en croire le microcosme UMPiste aussi bien que les journalistes : il ne fallait surtout pas laisser croire que le gouvernement avait l’intention d’augmenter la TVA. Fort bien. Mais dites-moi : ce projet est-il vraiment à l’ordre du jour ? Absolument, comme le souligne Borloo: “Le président Sarkozy avait dit : Nous y réfléchirons loyalement, clairement. Le premier ministre l’avait évoquée aussi en disant que ça ne toucherait pas le pouvoir d’achat des ménages“. Petite parenthèse au passage : comment le pouvoir d’achat ne sera-t-il pas touché ? Parce que les gentils patrons, bénéficiaires de baisses de charges et donc forcément reconnaissants, ne répercuteront pas cette hausse sur les prix. Argument qui oublie très vite que leur logique est celle du profit maximum - sans leur jeter la pierre, c’est le système du capitalisme libéral et leurs actionnaires qui le commandent, pas celle de la solidarité sociale (ça se saurait !). Laurence Parisot elle-même, patronne des patrons, a reconnu qu’elle serait totalement impuissante à faire respecter cette volonté de ne pas augmenter les prix, les chefs d’entreprise faisant ce qu’ils veulent. Eternelle fable de la droite qui prétend : “mais si, vous allez voir, les patrons vont embaucher, et ils vont aussi augmenter les salaires (youpi !)“. Tu parles ! Mais passons. Donc ce projet est bel et bien dans les cartons et il est très vraisemblable que la droite décide effectivement d’augmenter la TVA (on parie ?). Mais il ne fallait pas le dire,
mon con ! Le comble du cynisme et de l’immoralité politique : laissons passer les élections, faisons élire en masse des députés de la majorité, puis ensuite augmentons la TVA. Ces cons de Les Français sont capables de s’apercevoir que tout le monde paiera les cadeaux consentis à quelques-uns (bouclier fiscal, exonération des droits de succession, franchise fiscale sur les intérêts pour l’achat immobilier) risquent de ne pas bien comprendre cette mesure. Toute l’analyse de la relative défaite de la majorité - ils ont quand même la majorité absolue, ça va hein ! - revient en fait à nous expliquer qu’il faut surtout faire ses coups en douce. Belle leçon de cynisme et d’immoralité politique. Putain, cinq ans !
3 Comments
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Le pire dans tout ça c’est que la droite en a plein ses cartons des projets dont il na fallait pas parler entre les deux tours… L’été sera chaud au parlement et il est bien probable qu’à la rentrée, tout le monde se retrouve avec juste son maillot de bain tant nous nous serons fait tondre.
Il faudra alors résister dans la rue.
la gauche a été gentille en ne parlant que de la tva sociale. la franchise médicale, l’amnistie Chirac, le contrat unique, l’augmentation du smic sous l’inflation, et autres réjouissances. à croire que la seule chose que l’opposition a retenu, c’est la mesure qu’elle avait elle même dans ses cartons. sarko à de la chance d’avoir une opposition en carton pate.